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Petit roman autobiographique et schizophrénique à l’usage des « Dr Normalien », amoureux des belles mathématiques et de l’excellence académique qui redoutent d’affronter leur « Mr Startuper », leur double entrepreneur anticonformiste et pragmatique.

L’équipe de Dizzit en 2015 : Miguel, Mathieu, Thibaud, Arsène et Loïc © Dizzit 2015, photo : Anouck Oliviero

L’équipe de Dizzit en 2015 : Miguel, Mathieu, Thibaud, Arsène et Loïc © Dizzit 2015, photo : Anouck Oliviero

Nous avons tous une double personnalité. Un Ying et Yang, un double maléfique, appelez-le comme vous voulez. Pour certains dont je fais partie, c’est le souhait d’être à la fois son propre chef mais d’envier les gens des grands groupes. C’est d’être fasciné par la recherche fondamentale, et exaspéré par sa lenteur, sa déconnexion parfois hallucinante avec le monde réel ou son absence d’application industrielle viable à court terme.
Mon parcours a ainsi été une succession de débats et consensus entre le Dr Normalien et le Mr Startuper qui commence à la fin de la prépa. Il faut choisir une école. Et quand on a le choix entre l’ENS Cachan, une très bonne place à l’ENSAM (qui permet de choisir son centre), et quelques-unes du Concours CentraleSupélec, qui milite pour quoi ? Et bien Dr Normalien fonce vers l’ENS Cachan, et Mr Startuper aussi ! Car en bon pragmatique, l’école Normale, pour lui, c’est un salaire pendant 4 ans, et le bénéfice du renom d’une école qui ouvre toutes les portes (en France tout du moins). Au passage, c’est toujours vrai, ne le négligez pas.
Mais ça, c’était avant le drame bien entendu : le moment où Mr Startuper a expliqué à Dr Normalien (et à la directrice de l’ENS Cachan) qu’il était hors de question qu’il se présente à une agrégation dont il n’aurait jamais besoin, dont les places se comptaient sur les doigts de deux mains (et deux pieds : 19 pour être précis), avec en plus un fort risque d’échec. Ce crime de lèse-majesté assumé (un normalien non-agrégé ? quel scandale !), fit d’ailleurs jurisprudence pour les promos futures. Les deux compères partirent donc dans un Master dégoté par Mr Startuper : le traitement d’image. Discipline ludique, en pleine expansion, et sûrement bien revendable par la suite. Pour arriver là, Dr Normalien s’est assuré du sérieux du cursus, et il fera quand même en sorte de terminer Major (faut pas pousser Mémé dans les orties quand même).
Et puis il y a une cette histoire de thèse. Parce que pour le moment, Dr Normalien, il usurpe son titre, et ça, ça craint. On ne peut pas dire que Mr Startuper fut vraiment emballé sur le moment. Mais « la vie, c’est surtout des rencontres » comme nous le dit Otis, et durant ces 4 ans, il y en a eu. Des camarades de labo maintenant bons potes, des profs, des thésards, des esprits brillants et passionnés. Et aussi la rencontre du monde étudiant, mais vu de l’autre côté de la barrière : celle du chargé de TD. Une expérience unique.
Y-a-t-il une vie après la thèse ?
Bonne question. Alors ça dépend des domaines. Dans la robotique ou les sciences de l’ingénieur, oui. Les débouchés sont nombreux. Alors nos deux personnages se sont vite mis d’accord pour aller dans l’industrie, et spécifiquement dans l’aéronautique de défense chez Sagem Safran. D’abord comme ingénieur R&D en traitement d’image, puis comme ingénieur Système sur des projets de viseurs d’hélicoptères militaires, la confrontation d’un profil académique avec les méthodes de travail et les exigences extrêmement contraignantes de cette industrie fut passionnante. Et un beau jour de mars 2014 : Mr Startuper marqua un grand coup. On démissionne du groupe Safran, on s’associe dans une société/ startup qui vend du conseil et un software de vente stratégique, et au passage, avec ces mêmes associés, on lance une nouvelle startup : Dizzit, une application mobile qui permet de partager des carnets d’adresses. C’est difficile à croire, mais cela n’existait pas ! Donc une appli (en apparence) toute simple qui permet d’avoir un carnet partagé avec son équipe de Basket pour avoir les coordonnées de tous les joueurs, un avec sa femme contenant les numéros des baby-sitters, et un carnet partagé avec ses collègues contenant les numéros de ses prestataires et clients. Et le jour où une stagiaire arrive, en un clic, vous lui donnez accès aux numéros de téléphone et adresses mails de TOUS ses collègues ET du carnet partagé en question. Malin non ? Bref, trouver son chemin entre ses différentes envies n’est pas toujours chose aisée, mais avoir le choix est une chance, ne pas en profiter est un crime. Donc allez-y, soyez libre, ne vous cherchez pas d’excuses, et si la route vous manque, faites-là !

 

Par Thibaud Debaecker,
ENS Cachan B4 – 2003/2006 CEO de Dizzit

 

Contact : thibaud@dizzit.cohttp://dizzit.co

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