Pour ce dossier, Grandes Ecoles et Universités Magazine est allé à la rencontre du monde du théâtre, et de ses associations étudiantes incontournables. Les étudiants que nous avons interviewés ont chacun leur parcours et une sensibilité particulière par rapport à cet art de la mise en scène. Ils nous ont permis d’entrer dans leur univers artistique, nous ont fait part de leurs projets… Ils ont accepté de se livrer sur cette passion et sur ce que cet art leur apporte à la fois sur scène et au quotidien. Pour certains, leur investissement dans une association de théâtre ou la simple pratique théâtrale est allé jusqu’à changer leur avenir professionnel.

 

Rencontre avec…

 

Ambroise et sa troupe de Théâtre

Ambroise et sa troupe de Théâtre

Ambroise Collon, Mines de Paris
« On m’avait dit que je n’y arriverais jamais… j’adore cette phrase, ça me motive toujours davantage ! » Ambroise, 21 ans, est actuellement en deuxième année aux Mines de Paris. Il revient sur ses deux années de prépa à Sainte Geneviève, où il a réussi à ouvrir la voie pour les troupes de théâtre amateur.
Quel projet as-tu mené à bien en prépa ?
« Le projet que j’ai monté à Ginette est aujourd’hui l’une de mes plus belles fiertés : nous avons réussi à créer une troupe de théâtre ! Au début nous étions deux amis dans cette aventure, nous proposions des séances pendant lesquelles nous assurions l’échauffement au début, puis nous passions aux exercices de mises en scène. Notre objectif n’a jamais été de nous imposer en tant que metteur en scène. Au contraire nous misions justement sur cette ouverture et la bonne entente collective pour assurer la pérennité de la troupe. Lorsque mon coéquipier a décidé de s’investir davantage dans ses études et de quitter la troupe, ça a été dur car c’était l’un des piliers du projet… néanmoins, notre motivation est restée inébranlable et nous sommes parvenus à monter un vrai spectacle : Les Saynètes de Jean-Michel Ribes. Ce spectacle fut la représentation d’un très beau système l’entraide. D’autant que nous avions absolument tout fait : les costumes, les décors, la mise en scène… nous avions sincèrement la sensation d’avoir crée quelque chose d’unique et nous en étions très fiers. »
Que retiens-tu de cette expérience ?
« Ce que j’ai principalement appris, c’est créer quelque chose d’unique, se réinventer sans cesse, et transmettre une passion. D’ailleurs, ce sont des compétences auxquelles je fais appel aujourd’hui dans le cadre de mon association puisque je suis responsable du Gala des Mines ! »
Anne-Sophie Mathieu

 

Françoise Odin, créatrice et responsable de la section Théâtre-études d’INSA Lyon
C’est en 1991 que Françoise Odin crée la section Théâtre-études de l’INSA de Lyon. Ce système permet aux étudiants de l’école d’ingénieurs de cumuler leurs études et une ouverture sur le monde artistique. Cette section représente entre six et huit heures de pratique théâtrale par semaine.
Comment se justifie l’existence d’une section théâtre au sein d’une école d’ingénieurs ?
Il s’agit pour ces futurs ingénieurs de « se mesurer à la rigueur particulière qui réside dans la pratique artistique », tout en appréciant la liberté liée au jeu théâtral. Cela les pousse également à « faire preuve d’ouverture créative. »
Quelles perspectives pour les élèves sortant de cette section ?
Françoise Odin distingue trois catégories d’élèves à la sortie : « La plupart restent parfaitement cohérents avec leurs études d’ingénieurs et maintiennent le théâtre au rang de loisir. Quelques uns deviennent de véritables professionnels du théâtre et intègrent les milieux artistiques. Enfin, certains étudiants se situent entre les deux, c’est l’exemple d’un groupe d’étudiants sortis de cette section qui a créé il y a une douzaine d’années l’association artistique : Rêve de foin. Le théâtre fait toujours partie de leur vie aujourd’hui. »
Y -a-t-il un projet mené avec les élèves dont vous vous sentez particulièrement fière ?
La section Théâtre-études de l’INSA de Lyon est membre de l’Association Internationale du Théâtre Universitaire. La troupe est régulièrement conviée à des festivals internationaux et joue sa pièce dans la langue du pays qui la reçoit. « C’est toujours une grande fierté car cela montre que l’on reconnait la qualité de nos spectacles, et c’est un échange culturel formidable. »
Focus : Création en 2001 du Master Spécialisé « Directeur technique du spectacle vivant. » Etabli suite au partenariat entre l’INSA de Lyon et l’ENSATT, il a pour objectif de former des Directeurs Techniques experts en lumière et son, scénographie, costumes… Ces ingénieurs seront capables de répondre techniquement aux exigences artistiques du théâtre, et d’organiser un spectacle sur un plan technique.

 

 

Fanette Lermé

Fanette Lermé

Fanette Lermé, étudiante à INSA Lyon
En 2ème année tu as choisi la section Théâtre-études de l’INSA de Lyon, pour quelles raisons ?
« C’est précisément pour la section Théâtre-études de l’école que j’ai choisi l’INSA Lyon. Je fais du théâtre depuis que je suis petite et j’y ai vu l’opportunité d’allier ma passion et mes affinités avec les matières scientifiques. J’ai donc suivi les cours de cette section, d’abord en option jeu, puis l’année suivante j’ai rajouté l’option «lumière et son» afin d’acquérir une dimension plus technique. »
Qu’est ce que cette section t’a apporté ?
« De façon générale, le théâtre m’a apporté une ouverture d’esprit unique. La section, et plus particulièrement l’option jeu, m’a permis de prendre conscience de mon corps dans l’espace, de ma façon de me déplacer, et celle de m’exprimer. Cela me sert énormément sur un plan relationnel. Par exemple, aujourd’hui j’arrive à déceler les motivations et les enjeux d’une conversation rien qu’en observant l’attitude corporelle de mon interlocuteur. Enfin, l’option «lumière et son» m’a permis d’avoir un regard plus technique, et de comprendre que le jeu d’acteur est en réalité magnifié par le son, la lumière et la machinerie qui entourent les acteurs. J’ai développé une sensibilité artistique différente. »
Aujourd’hui tu suis le master spécialisé de directeur technique du spectacle vivant, tu vois donc toujours ton avenir professionnel en rapport avec monde artistique ?
« Tout à fait. Il est vrai que j’adore être sur scène et jouer, mais je n’y voyais pas mon avenir professionnel. A l’inverse, ce master m’offre la possibilité de regrouper dans un même métier : le monde artistique et la mécanique. J’ai désormais la possibilité de travailler plus tard dans un milieu que j’aime et d’être au service de cet art qui m’est si cher : le Théâtre ! »
Anne-Sophie Mathieu

 

Ronan Heuzel, 21 ans, Président de l’association Art Maniac de ESCP Europe
Comment vis-tu la présidence d’Art Maniac ?
« Je reconnais que la présidence d’une association peut s’avérer parfois difficile à porter. On a le sentiment d’assumer beaucoup de choses. J’essaie donc d’être très organisé et surtout, en tant que responsable général, je me dois de déléguer, car c’est un travail d’équipe. Nous avons donc fixé des pôles avec respectivement un responsable. Chaque groupe a pour fonction de gérer un aspect particulier de l’association et du spectacle sur lequel nous travaillons. Ce système participe à la cohésion de l’association. »
Quelles sont les difficultés surmontées et les innovations mises en place ?
« La principale difficulté a été de gérer le nombre de personnes intéressées par l’association à la rentrée. Nous avons du mettre en place un système de sélection avec des auditions. Toutefois, notre but n’étant en aucun cas de sanctionner ou d’écarter les personnes non retenues, nous avons crée un pôle ‘‘atelier théâtre’’. Ensuite nous les avons mis en relation avec la metteur en scène avec laquelle Art Maniac travaille depuis maintenant dix ans. C’était important pour nous de laisser sa chance à chacun et de leur permettre également de s’épanouir grâce au théâtre. Une autre innovation mise en place : c’est la création d’un ‘‘pôle anciens’’ ! On essaie de retrouver les anciens membres de l’association afin de constituer un véritable réseau. »
Cette expérience oriente-elle ton avenir professionnel ?
« Cela va faire bientôt deux ans que je fais parti d’Art Maniac, et effectivement je me retrouve face à un véritable dilemme. Je suis tombé littéralement amoureux du théâtre, et aujourd’hui je me pose sérieusement la question de devenir comédien. D’ailleurs, je passe actuellement le concours d’entrée aux cours Florent. J’ai passé le premier tour d’admission, et si je suis pris à l’issue finale du concours, je pense faire le choix de la passion et suivre cette voie ! La deuxième option qui s’offre à moi serait de m’orienter vers le monde du cinéma. C’est pourquoi j’ai choisi de suivre le Master de management des médias de l’ESCP Europe. »
Quel souvenir gardes-tu du spectacle de l’an dernier, dans lequel tu interprétais le rôle principal ?
« Effectivement, l’an dernier nous avons joué Hamlet, et j’ai eu sensiblement les mêmes sensations que celles que j’ai aujourd’hui en tant que président d’Art Maniac. Le personnage principal influence énormément l’atmosphère générale de la pièce par son énergie. Les autres personnages sur scène, ceux qui attendent en coulisse, et les spectateurs, tous ressentent ce qui émane de l’interprétation du premier rôle. D’autant que Hamlet est une figure emblématique du théâtre ! Mais au-delà du stress, je me rappelle les moments de plaisir, et le bonheur que ça a été de jouer cette pièce. C’était un véritable challenge artistique ! »
Quel est le projet d’Art Maniac cette année ?
« Cette année, nous jouerons Lysistrata d’Aristophane : En Grèce Antique, Lysistrata est une belle et astucieuse athénienne qui parvient à convaincre les femmes des cités grecques de déclencher une grève du sexe afin de dissuader les hommes de poursuivre le combat. Cette pièce met en scène de nombreuses problématiques actuelles, notamment sur les violences faites aux femmes. Nous sommes aujourd’hui en contact avec Amnesty International (un mouvement mondial et indépendant rassemblant des personnes qui oeuvrent pour le respect, la défense et la promotion des droits humains) afin de créer un partenariat, car nous sommes sincèrement dans une dynamique artistique humaine et sociale. »

 

Art Maniac
Créée en 1991
22 comédiens/comédiennes
Une metteur en scène professionnelle
Pôles associés : Impro’glio, l’atelier théâtre Sketch’Up, l’association humoristique
PIÈCE de l’année : Lysistrata d’Aristophane
6 représentations
Du lundi 13 au 18 Mai 2013
Théâtre du Passage vers les Etoiles, Paris 11e

Anne-Sophie Mathieu

 

Cécile Usai, 23 ans, Trésorière de l’association «Théâtre à Dauphine »
Quelles sensations aimes-tu lorsque tu joues sur scène ?
« Quand je suis sur scène ce que je préfère, c’est être dans la peau de quelqu’un d’autre. On doit l’espace de quelques heures, changer sa manière de penser pour laisser la place au personnage que l’on interprète et le exister. Sur la scène, on apprend à se détacher totalement de soi-même et à explorer un nouvel univers. »
Le théâtre aura-t-il une place dans ton avenir ?
« Parfaitement. Le théâtre aura même une place de choix ! Aujourd’hui je veux sincèrement que mon travail soit en lien avec l’univers artistique. Depuis trois ans déjà, j’ai comme projet professionnel de m’occuper de l’administration d’un théâtre ou d’une troupe de théâtre. C’est donc très naturellement que j’ai choisi de suivre les cours du Master de Management des organisations culturelles de Dauphine. Par ailleurs, mon poste de trésorière au sein de l’association Théâtre à Dauphine me conforte dans l’idée que c’est réellement dans cette voie que je souhaite m’engager. »
Un projet qui te tient à cœur cette année ?
« Effectivement, parmi les nombreux projets de l’association, j’en gère un qui me tient particulièrement à coeur. Cette année nous allons mettre en scène Récits de femmes de Dario Fo et Franca Ramé. Le texte parle de la condition de la Femme dans la société et s’intéresse tout spécialement à la place qu’elle occupe dans le couple. Ce projet a une signification particulière pour moi car d’une part je le gère de A à Z, je vais à la fois jouer et m’occuper de la mise en scène, et d’autre part j’aime l’idée que mon spectacle va permettre de véhiculer le message des auteurs et faire découvrir une nouvelle vision aux spectateurs. »

 

 

Association Théâtre à Dauphine

Association Théâtre à Dauphine

Simon Bomo, 22 ans, Président de l’association «Théâtre à Dauphine
Comm ent perçois-tu le jeu de comédien ?
« Je pense que sur scène il y a trois dimensions à prendre en compte. D’abord, il est primordial de s’amuser et de profiter. Ensuite, il y a une véritable connexion qui s’opère avec le public et que je trouve particulièrement touchante. Il s’agit, par le contact que l’on a avec les autres comédiens sur scène, d’instaurer une troisième voix : celle des spectateurs. Enfin, le jeu de comédien me procure un sentiment d’accomplissement. »
Qu’est ce que t’apporte l’association Théâtre à Dauphine ?
« Cette association nous permet de prendre conscience que les choses sont possibles si on met tout en oeuvre pour y arriver. Grâce à Théâtre à Dauphine, j’ai l’opportunité d’arriver à faire quelque chose qui me ressemble et de m’en donner les moyens. »
En tant que président quelles sont les difficultés surmontées ?
« La plus grosse difficulté que j’ai eu à surmonter est sans doute de rassembler tout le monde autour du théâtre. En effet, ce qui fait la spécificité de Théâtre à Dauphine, c’est justement que l’association est ouverte à tous, sans sélection à l’entrée. Par conséquent, les motivations diffèrent d’une personne à l’autre. »
Quels sont les projets de l’année ?
« L’association a six projets en cours cette année (ce qui permet notamment de répondre aux demandes de chacun des membres). Personnellement, il y en a deux dans lesquels je suis particulièrement investi. Tout d’abord, le projet phare de l’année qui rassemble toute l’association. En effet, les trente membres de Théâtre à Dauphine vont jouer Palace de Jean-Michel Ribes.  part, je m’occupe avec quelques membres de l’association d’un autre projet. Il s’agit de réécriture et de mise en scène des textes de Shakespeare et Müller. »
Anne-Sophie Mathieu


 

Hanaë

Hanaë

Hanaë Bossert-Mougeot, 21 ans, coordinatrice de Rideau Rouge au sein du BDA
Hanaë est actuellement en 4ème année à Sciences Po Paris. Le théâtre semble avoir toujours occupé une place de choix dans sa vie et orienté son parcours. Son investissement au sein des associations Rhinocéros et du Bureau des Arts via l’organisation du festival Rideau Rouge lui ont permis de développer un véritable intérêt professionnel pour cet art de la scène, par le biais du management culturel.
Qu’est-ce que l’art théâtral t’apporte sur un plan humain ?
« Il est crucial dans la prise de conscience de la notion de ‘‘groupe’’. Lorsque l’on joue une pièce, on compte les uns sur les autres pour mener à bien un projet. Il s’agit d’un engagement mutuel où chacun tend vers le même objectif. Je pense que c’est cette atmosphère qui crée des liens si forts entre les membres de la troupe. On se retrouve en coulisse, on passe des journées entières tous ensemble à répéter… Sur un plan plus personnel, le théâtre m’a appris un certain sens de l’écoute et de l’empathie. Je sais aujourd’hui que je peux être un support pour les autres. Lorsque l’on joue on apprend également à faire confiance et à se donner totalement. De plus, monter sur scène face à un public, c’est aussi s’accepter, et oser se montrer tel que l’on est. »
3 mots pour décrire ce que tu ressens lorsque tu joues sur scène ?
« Encore ! Encore ! Et Encore ! C’est vrai, je ne m’en lasse pas. On se délecte de la légère angoisse ressentie juste avant de monter sur scène, puis on se sent bien sous la chaleur des lumières et le silence de la salle. Généralement spots que c’est à peine si je distingue encore le public. A ce moment précis, plus rien ne compte, à part la pièce. »
Quel est ton rôle au sein de l’association Rideau Rouge
« Mon rôle est officiellement de coordonner les différents responsables, mais dans la pratique tout le monde est prêt à mettre la main à la pâte et à donner un coup de main à celui qui en a besoin ! J’aime beaucoup cette idée de Festival de théâtre amateur et étudiant. Rideau Rouge permet chaque année de promouvoir la culture théâtrale en donnant l’opportunité à cinq troupes de Paris et de province de présenter gratuitement leur pièce sur une scène parisienne devant un jury de professionnels. C’est un évènement très agréable où l’on se retrouve entre amateurs curieux et passionnés de théâtre. Il n’y a rien de trop formel et le jury se montre tout à fait accessible aux visiteurs, ce qui participe à la bonne ambiance générale. Cette année, il aura lieu à l’espace Jemappes et on vous attend nombreux ! »
La pièce de théâtre que tu as préféré jouer ?
« Je pense que le rôle dans lequel j’ai pris le plus de plaisir, c’est en jouant la pièce de Xavier Durringer Histoires d’hommes. »
Ton dramaturge favori ?
« Il faut faire la différence entre pièces lues, vues et jouées, je pense. Les textes qui m’ont marqué dans chacun de ces aspects sont, sans trop que je sache dire pourquoi, sont ceux de Camus, Tchekhov et Claudel. Classiques mais efficaces. »
Anne-Sophie Mathieu


Festival Rideau Rouge ‘‘en chiffres’’
Année de création du festival : le 14 novembre 2000
L’équipe Rideau Rouge c’est : 8 personnes au service d’une même passion
Date et lieu de l’évènement de l’année : du 28 au 30 mars 2013, à l’espace Jemmapes
Le Festival Rideau Rouge du BDA rassemble : Cinq troupes de Théâtre amateurs sur une grande scène parisienne, face à un jury de professionnels !

 

PRIX DECERNÉS
Meilleure interprétation féminine pour le CELSA.
Meilleure interprétation masculine pour Paris III Sorbonne.
Meilleure mise en scène pour Paris III Sorbonne.
Coup de coeur du public pour le CELSA
Prix du Jury pour Paris III Sorbonne !