les 30 ans de la promotion 82

 

Relever les défis du nucléaire, tell e est la mission de la direction de l’énergie nucléaire au sein du CEA . Pour Christophe Behar, qui pilote ce pôle depuis 2009, l’énergie nucléaire a un rôle essentiel à jouer, complétée par les énergies renouvelabl es afin de diminuer la dépendance aux énergies fossiles. Ce diplômé de Centrale Paris (82), à la vie professionnell e bien remplie, souvent sous les feux de la rampe, cul tive plu sieurs passions. Plongeur, pêcheur à la mouche, il avoue être de ceux qui prennent des truites et les relâchent.

Réacteur de recherche Osiris situé sur le site CEA de Saclay

Réacteur de recherche Osiris situé sur le site CEA de Saclay

Le nucléaire, facteur de progrès
A sa sortie de Centrale, option thermique, Christophe Behar entre tout d’abord au CEA. Après un passage chez Thomson CSF, puis chez Valeo, il y revient en 1989 et prend, en 2009, après 10 années passées à la direction des applications militaires du CEA, la tête de la direction de l’énergie nucléaire (DEN). On ne fait pas du nucléaire pour le plaisir de faire du nucléaire : cette énergie est la seule solution pouvant produire massivement de l’énergie électrique en base et apporter des réponses aux problématiques énergétiques, en complément d’autres sources d’énergie, comme les énergies renouvelables, et en supprimant si possible notre dépendance à l’énergie fossile.
L’augmentation de la population mondiale, qui devrait passer de 7 milliards de personnes à 9 milliards à l’horizon 2030-2050, engendre une croissance massive des besoins énergétiques, alors que les problèmes du réchauffement climatique, de la raréfaction des énergies fossiles et de l’autonomie énergétique deviennent chaque jour de plus en plus importants « Il est clair, précise-t-il, que toute activité humaine engendre un certain risque, l’accident de Fukushima n’est pas anecdotique ; à chaque fois que l’homme doit faire des choix, il doit mettre en balance le gain attendu et le risque qu’il accepte de prendre. J’ai moi aussi des idées écologiques mais je pense que l’industrie nucléaire est très certainement une très bonne solution pour produire de l’énergie à un coût raisonnable en répondant aux contraintes citées précédemment, tout en envisageant une évolution du mix énergétique. Ce type de raisonnement m’a conduit à penser que le nucléaire et le CEA étaient un domaine dans lequel je souhaitais travailler. J’ai eu le même type d’interrogation quand j’ai travaillé sur les programmes militaires, cela m’a amené à réfléchir à la dissuasion. »

 

La DEN, structurée autour de 3 enjeux
Reconnue comme une entité ayant un très haut niveau scientifique et technologique, qui lui donne une crédibilité extrêmement importante en France ainsi qu’à l’étranger, la direction de l’énergie nucléaire du CEA a développé de nombreuses collaborations avec des organismes de R & D partout dans le monde. La DEN, forte de 4 500 personnes, dotée d’un budget annuel de 1,3 milliards d’€, dont 700 millions d’€ pour les programmes d’assainissement et de démantèlement et 600 millions d’€ pour le soutien aux industriels et la préparation du futur, a pour mission de relever les différents défis du nucléaire actuel et du nucléaire du futur. C’est ainsi que ses missions s’articulent autour de quatre grands volets, soutenir l’industrie électronucléaire française, préparer le nucléaire du futur, assainir et démanteler les installations nucléaires en fin de vie, former au niveau international les experts et ingénieurs dont l’industrie nucléaire a besoin (500 personnes du pole sont ainsi amenées à délivrer des enseignements tous les ans).

 

les 30 ans de la promotion 82
« J’ai gardé un excellent souvenir des années passées à Centrale Paris. Je me souviens de discussions avec Daniel Gourisse qui avait travaillé sur la séparation isotopique. Je fais partie du comité d’orientation d’une filière de 3ème année de Centrale. Je trouve qu’il est essentiel de former des ingénieurs ayant un métier technique dans les mains. Pour préparer le futur, j’ai besoin de sang neuf, de gens qui soient bons techniquement, qui connaissent et aiment la technique. En France, on a besoin d’ingénieurs, le métier de la technique n’est pas valorisé comme il devrait l’être. Mon message aux jeunes centraliens est le suivant, je pense qu’il faut avoir une assise scientifique et technique forte, car cela permet ensuite de tout faire, dans tous les domaines. »
Passion
En dehors de sa passion pour le nucléaire, Christophe Behar aime faire beaucoup d’autres choses. « J’ai une vie professionnelle très remplie, et j’aime faire du sport, pêcher, plonger – souvent en Bretagne, où j’ai une maison -, voyager, sortir, lire, faire de la moto. Je voyage partout dans le monde, j’essaie de prolonger de quelques jours mes voyages professionnels quand je le peux. Je vais réfléchir à la plongée en lac glacé en Russie… »

 

… Sur le Brésil
Le Brésil va avoir à faire face à des besoins énergétiques très importants. Nous serons probablement amenés, à un moment, à coopérer avec cette grande nation, mais comme d’habitude dans le domaine du nucléaire, cette coopération devra être parfaitement encadrée et se faire dans le respect parfait du traité de non prolifération.

 

A ces quatre grandes missions s’ajoute une cinquième mission de valorisation des compétences acquises et des outils technologiques, auprès des autres pôles du CEA et des industriels. En matière de soutien aux industriels, la DEN assure la R & D pour les réacteurs nucléaires actuels, autour de trois grands axes, l’augmentation de la durée de fonctionnement du parc, l’amélioration des performances et l’amélioration du niveau de sûreté de ce parc.

 

Piloter la DEN, « une tâche passionnante parce que vivante »
« En qualité de directeur opérationnel, j’ai à gérer des intérêts qui sont souvent divergents, des constantes de temps à la fois très longues et très courtes, je dois souvent adopter une position de compromis, travailler sous contraintes budgétaires, d’effectifs, suivre des orientations, assurer la responsabilité des programmes, rendre compte des résultats, tout en étant souvent sous les feux de la rampe. A ces problématiques s’ajoutent celles qui incombent aux employeurs, d’emploi, de sécurité, de sûreté, ma fonction fait converger toutes les contraintes que l’on peut trouver dans une entreprise. » Une tache pas toujours simple, mais « passionnante parce que vivante », que Christophe Behar accomplit en s’appuyant sur son état major de 110 personnes composé de patrons de directions d’objectifs et de directions fonctionnelles (gestion et ressource humaine).

 

Astrid : un réacteur en rupture pour la période 2020
La DEN prépare le futur avec le développement des réacteurs de 4ème génération, les réacteurs à neutrons rapides, RNR. « Avec les RNR, nous traitons la problématique d’autonomie énergétique, de la rareté de la ressource en uranium, nous traitons en partie la problématique de gestion des déchets, en réduisant la radiotoxicité des déchets ultimes ». Le premier prototype de réacteur à neutrons rapides, Astrid (Advanced Sodium Technological Reactor for Industriel Demonstration) devrait fonctionner aux alentours de 2020 et permettre de valider des options technologiques très innovantes, voire même en rupture très forte par rapport à ce qui été fait auparavant. Ce projet international, doté à hauteur de 650 millions d’euros dans le cadre du grand emprunt est extrêmement fédérateur et fait travailler ensemble de nombreux industriels français et étrangers.

 

Préparer la relève
Avec ses 4 500 personnes, dont plus de 200 doctorants et postdoctorants répartis sur plusieurs sites, la DEN rassemble un volume important de personnel extrêmement qualifié, qui constitue aujourd’hui un socle très important du CEA. L’organisme compte à peu près 16 000 personnes qui travaillent dans des domaines extrêmement variés. « Pour préparer la relève, Il est essentiel de former des ingénieurs et des techniciens. Nous recrutons plutôt des jeunes diplômés, dans toutes les écoles ainsi que dans les universités, que nous allons former, nous avons besoin de chercheurs et d’experts, d’ingénieurs, d’administratifs au sens large, de personnes qui savent gérer des projets et des programmes. Les scientifiques peuvent évoluer en fonction de leurs aspirations en restant dans leur domaine d’expertise ou en changeant de filière. »

A.M.

 

Contact :
calamarbehar@aol.com