Rencontre avec les grands groupes énergétiques mondiaux

Énergie, environnement et services forment le triptyque grâce auquel les groupes énergétiques mondiaux entendent relever les défis du XXIe siècle. Leur ampleur et l’urgence à y répondre, sont synonymes d’opportunités exceptionnelles et durables pour de jeunes diplômés.

Jean-Luc Karnik, directeur général de l'IFP School

Jean-Luc Karnik, directeur général de l'IFP School

Les grands groupes ont transformé leurs business model pour répondre aux tensions croissantes sur les marchés énergétiques mondiaux et à leurs conséquence environnementales. On parle désormais d’entreprises du secteur de l’énergie et des utilities agissant au carrefour de l’énergie, de l’environnement et des services. « Les groupes pétroliers et gaziers comme Total Chevron ou Repsol, s’intègrent en amont afin de capter une partie de la rente et se développent dans d’autres énergies afin de pouvoir faire une offre globale à leurs clients, explique Jean-Luc Karnik, DG de IFP School. De la même façon, GDF SUEZ et EDF se sont développés dans le gaz et l’électricité afin de proposer une offre duale, et se sont intégrés en amont afin d’avoir accès à la ressource énergétique. » Avec l’ouverture européenne des marchés de l’énergie, on a assisté à une structuration des acteurs. Cette course à la croissance semble arrivée à son terme en Europe tandis que les grands noms de l’Hexagone se déploient dans les pays émergents. La prudence reste de mise dans le nucléaire après l’accident de Fukushima. Son récent développement mondial qualifié de renouveau, pourrait avoir vécu. « Cela dépendra des pays et des choix politiques, nuance Jean- Luc Karnik, mais aussi économiques comme aux États-Unis avec la découverte d’un potentiel colossal de gaz de schiste. »

 

Le secteur de l’énergie offre un boulevard pour les jeunes, les opportunités sont d’une richesse insoupçonnée. L’énergie c’est la vie, un enjeu majeur (disponibilité, climat, coût, sécurité) et elle est partout !

Des acteurs plurisectoriels
« D’un secteur monoactivité, nous sommes passés à un secteur plurisectoriel, confirme Martine Cazier, DGA de l’ECP, avec des groupes présents dans plusieurs énergies. La création d’une option avec Supélec répond à cette pluridisciplinarité. Elle aborde les sources énergétiques, les enjeux économiques, géopolitiques et de sécurité, et les destinations des énergies (résidentiel, transports, industrie) via les électifs. Chaque élève suit aussi une spécialisation en énergie thermique, procédés, énergie électrique ou hydrocarbures, et dès la rentrée 2011 une nouvelle sur les systèmes électriques. »

 

Et internationaux
Compte tenu des stratégies de développement des groupes et des enjeux mondiaux, les parcours internationaux sont très courants. Cela ne veut pas pour autant dire que les diplômés français intègrent des groupes étrangers. « Cela reste rare, confirme Martine Cazier, car compte tenu de leurs besoins, les groupes français sont des recruteurs majeurs de nos diplômés. Selon notre dernière enquête emploi menée début 2011, un quart des élèves ont débuté hors de France et 70 % déclarent travailler en anglais. Nous avons aussi eu l’heureuse surprise de découvrir que 78 % ont été embauchés avant d’avoir quitté l’école ! » L’option énergie est la seconde plus choisie à Centrale après l’option finance. Le placement des diplômés illustre la variété des acteurs du secteur. Ils exercent tant dans la conception de moteurs, centrales ou usines, la production, la distribution que la fourniture de solutions d’optimisation. On les retrouve chez GDF SUEZ, EDF, Areva, ERDF, Total mais aussi Air Liquide (grand consommateur d’énergie), ou chez les prestataires de services et solutions que sont Vallourec, Schlumberger, Schneider Electric. Dans l’ingénierie, les ingénieurs sont aussi recherchés chez Technip ou CGG Veritas (leader mondial de la géophysique).

 

L’approche globale et systémique, voire de modélisation, de nos diplômés est une vraie valeur ajoutée pour aborder un secteur complexe, dans lequel l’anticipation est la clé d’une gestion optimisée des process et des énergies.

Martine Cazier, directeur général adjoint de l’École Centrale Paris

Martine Cazier, directeur général adjoint de l’École Centrale Paris

Oil & gas : un secteur d’avenir
Cette attractivité se lit aussi dans le développement de l’IFP School. Elle diplôme 600 élèves par an et a formé 17 000 personnes dans le monde en 2010 en formation continue. « Les métiers traditionnels de l’énergie restent porteurs, constate Jean-Luc Karnik. La demande est forte chez les pétroliers qui développent leurs réserves partout dans le monde. D’autant qu’ils ont beaucoup recruté dans les années 70 et doivent renouveler leurs compétences. Les compagnies nationales évoluent avec l’ambition de devenir des acteurs internationaux, comme les trois grandes compagnies chinoises, le russe Gazprom ou le malais Petronas. Le norvégien Statoil a déjà opéré cette transition. L’industrie pétrolière est de plus en plus sophistiquée et son développement est fondé sur une innovation permanente. J’ajoute qu’elle a une parfum d’aventure, est très internationale et que chaque projet est unique. »

 

Traquer la calorie
La fourniture d’énergie s’accompagne désormais de services de gestion ou d’efficacité énergétique. Soit les groupes sont des spécialistes comme le leader mondial Schneider Electric, soit ils possèdent une branche dédiée comme GDF SUEZ. « Tous les acteurs énergétiques mettent l’accent sur l’efficacité énergétique dans leurs processus et chez leurs clients, développe Jean-Luc Karnik. Elle fait d’une pierre deux coups en desserrant la contrainte extérieure (être moins dépendant aux énergies) et environnementale (consommer moins c’est émettre moins de GEF). Car plus de 80 % du bilan énergétique mondial est toujours composé des énergies fossiles. » La recherche autour des questions énergétiques est multiforme : le CEA et IFP Énergies Nouvelles s’intéressent au captage et au stockage du CO2 comme Total ou CGG Veritas ; le CEA travaille aussi à l’élaboration de piles à combustibles tandis que les entreprises cherchent à optimiser les moteurs dans l’automobile, le spatial et l’aéronautique, et l’industrie. Par ailleurs, la gestion intelligente des réseaux énergétiques au travers de smart grid, champions de l’éco-efficacité, est en fort développement chez les industriels comme les acteurs des services. Le potentiel est considérable alors que les experts s’accordent à dire que les efforts en économies d’énergies contribueront pour moitié dans la lutte contre le changement climatique.

 

Renouvelables, un développement à géométrie variable
L’Union Européenne a pour objectif d’atteindre les 20 % d’énergies renouvelables dans la consommation énergétique d’ici 2020. « Le développement des groupes dans les renouvelables est à géométrie variable, constate Jean-Luc Karnik. Tous les pétroliers s’intéressent aux biocarburants, à la biomasse car la production peut se faire en volumes significatifs et sans repenser totalement les process industriels. Ensuite, selon les groupes ils s’impliquent dans l’éolien, le photovoltaïque (comme Total), le captage et le stockage de CO2 (afin d’assurer la pérennité de leurs business en plaçant ces installations près de leurs raffineries). BP s’est lui recentré depuis deux ans sur son core business oil & gas, biomasse et efficacité énergétique afin d’améliorer sa rentabilité. » De leur côté les électriciens intégrés ,se concentrent sur l’énergie hydraulique (20 % du mix énergétique de GDF SUEZ), la biomasse, l’éolien, la géothermie, et lorsqu’ils ont une branche environnement, ils s’ouvrent à l’énergie thermique ou électrique produite à partir des déchets ou des boues d’épuration.

 

 

A. D-F

 

 

Contacts :
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