De nombreuses écoles telles que Sciences Po ou Polytechnique lancent des programmes post-graduate afin de former les dirigeants de demain et d’en faire des acteurs de la transformation. L’EDHEC Business School a ainsi été l’une des premières écoles à lancer, dès 2003, une chaire Leadership et Compétences Managériales, aujourd’hui dirigée par Sylvie Deffayet. Mais comment font-elles pour détecter ces potentiels d’exception pendant les études ? Quels traits de caractère permettent aux étudiants de se démarquer ? – Par Violaine Cherrier

 

 

Quel est l’objectif d’un Graduate Program ?

« C’est de l’innovation pédagogique au service du développement du leadership », comme l’explique Sylvie Deffayet. La première question à vous poser est donc celle-ci : quelles sont les ressources dont je dispose pour diriger ? Le leadership se développe avant tout en mode réflexif ! « Le Self Leadership Agility permet à chacun d’exercer une influence en s’appuyant sur les ressources internes dont nous n’avons pas toujours conscience. C’est un apprentissage sous l’angle de la posture d’autorité. » Objectif : faire grandir en compétences, en autonomie et en maturité votre interlocuteur interne.

 

LES 3 ANGLES DU REFLECTIVE MANAGEMENT : UN TRAVAIL SUR LA POSTURE
La Posture : comment je me tiens quand j’exerce l’autorité ?
1. Cognitivement : qu’est-ce que je me dis, crois à propos de moi dans le rôle, à propos des autres…
2. Affectivement : quels sont les points qui me mettent en colère ou, au contraire, m’enthousiasment… = qu’est-ce que je sens et ressens ?
3. Physiquement : adopter le corps de l’autorité car le corps parle à 80 % avant les mots.

 

À partir de mes problématiques managériales, qu’estce que je vais faire et qu’est-ce que ça va m’apporter ? Voilà les questions qui empêchent souvent les leaders de dormir et auxquelles un Graduate Program aide à répondre. Comment ? En mettant en place des dispositifs d’identification de leurs ressources personnelles à travers un travail de groupe. Une véritable Learning Team. À la clé : normaliser les problématiques auxquelles les managers sont confrontés tous les jours en cherchant de l’aide auprès de leurs pairs. « Nous sommes dans une culture de la réactivité et de l’action. Le leader, c’est celui qui sait s’arrêter et se mettre en mode réflexif : qu’est-ce que je veux faire, qu’est-ce qui est essentiel pour moi, comment cela s’écrit-il, comment est-ce intelligible pour moi… Car il est tout à fait possible pour chacun de l’exprimer simplement avec puissance. »

À quel moment détecter les potentiels ?

Le leadership n’est pas l’apanage des seuls managers ! La vie des associations étudiantes le prouve : le leadership se vit à tous les niveaux et à tous les âges. En effet, en tant que président ou membre d’une association, vous êtes, vous aussi, amenés à manager entre pairs – et même entre amis – et à trouver le moyen d’exercer votre leadership dans un contexte particulier et volatile. « Tout est question de relations de pouvoir. Cette question de leadership est partout. »

« Le leadership ne s’enseigne pas mais il peut s’apprendre. »

 

Qu’est-ce donc qu’un dirigeant ?

« Un dirigeant se sent à sa juste place en tant que dirigeant, il aime y être et trouve la bonne distance avec ses équipes. Ce dernier point reste très difficile à trouver. La question de la place et de la distance est permanente. » Permettre aux leaders d’ajuster leur place à travers des méthodes éprouvées, voilà la clé de l’efficience en entreprise. Première étape pour devenir un dirigeant d’exception.

 

Quels critères retenir ?

Le leadership n’est pas qu’une question de charisme ou d’autorité. C’est d’abord une relation et non une qualité. Par conséquent, il engage un leader et un follower qui, de part et d’autre, ont leurs ressources propres, leurs représentations propres et qui, dans la relation d’autorité s’accordent plus ou moins. De ce fait, le mythe du leader tout puissant fait long feu. Le leadership du manager repose sur l’acceptation par le follower du pouvoir qu’il exerce. Ce qui est important, c’est l’envie de diriger des équipes, de mener des projets plus qu’un don à l’autorité qu’on aurait ou qu’on n’aurait pas. La bonne nouvelle c’est que si on a envie, il est possible de développer son propre style en commençant par aller à la rencontre de ses ressources internes, de ses talents particuliers qui feront de nous un leader singulier et puissant !

 

UN DIRIGEANT, UN CONTEXTE
« À l’EDHEC, nous travaillons avec des arbitres internationaux de football. Howard Webb, arbitre britannique qui a arbitré entre autres la finale de la Coupe du Monde 2010 en Afrique du Sud et policier de profession, est venu donner une conférence chez nous cette même année. Lors d’une question d’un journaliste, sa femme avait fait de l’humour en déclarant qu’elle trouvait qu’à la maison, il avait moins d’autorité que sur le terrain. Donc tout est une question de contexte. Il est essentiel de décaler ses croyances pour avoir une autre vision du monde. »

Comment devenir un dirigeant d’exception ?

Le leader est au service de l’équipe. Une tendance poussée par le mouvement des entreprises libérées. On assiste aujourd’hui à une réelle convergence sur le fait de changer les paradigmes et les croyances. « Nous n’utilisons que 15 % du potentiel d’un individu en entreprise, ce qui est dommage. Le servant leader est comme un chef d’orchestre qui permet à chacun de jouer le meilleur de lui-même pour jouer une oeuvre collective d’exception. »

 

C’EST QUOI ALORS UN LEADER D’EXCEPTION ?
« Il existe autant de définitions que d’individus. Steve Jobs était un dirigeant d’exception mais il apparaissait comme humainement détestable. Donc tout dépend de ce que vous mettez derrière ce terme. Un jeune qui monte sa startup est un leader d’exception. Le leadership peut se développer très tard à l’image d’Eleanor Roosevelt qui s’est révélée à 50 ans. »

 

 

Chacun peut donc avoir son temps et son moment à condition qu’on lui ouvre une porte et qu’on lui donne l’occasion d’y réfléchir. « Notre rôle aujourd’hui est de permettre à chacun d’être débrouillard dans le brouillard selon l’expression de Michel Hervé (Le pouvoir au-delà du pouvoir). » À qui le tour ?

 

POLYTECHNIQUE ET GOOGLE LANCENT LA LEAD ACADEMY : UN PROGRAMME UNIQUE POUR PRÉ- PARER LES LEADERS DE DEMAIN
La LEAD Academy s’adresse aux hauts potentiels, pressentis comme futurs dirigeants dans leurs entreprises, ainsi qu’à des dirigeants de startups en fort développement. Cette formation sur les économies du futur est centrée sur les bouleversements majeurs du monde qui rompent les chaînes de valeur traditionnelles et façonnent de nouveaux modèles de croissance. Son ambition : anticiper les mutations en matière d’innovation, de régulation et d’environnement, et disposer d’outils méthodologiques qui leur permettront d’impulser l’innovation au sein de leur entreprise et d’en faciliter l’évolution face aux transformations rapides du paysage économique. « L’École Polytechnique est heureuse de partager avec PwC et Google la conception du programme de la LEAD Academy qui permet aux futurs leaders de répondre aux nouveaux défis économiques, techniques et sociétaux. Ce programme de formation, ambitieux et unique en son genre, bénéficie de l’expertise des chercheurs et enseignants-chercheurs de nos laboratoires qui sont reconnus dans le monde entier pour l’excellence de leurs travaux. La LEAD Academy prépare les dirigeants en devenir à s’approprier les technologies de rupture qui façonnent la nouvelle économie. »
Frank Pacard, Directeur de l’Enseignement et de la Recherche de l’École polytechnique http://www.exed.polytechnique.edu/fr/formation/programme-lead-academy