Ami lecteur qui parcourez ces lignes, puissions-nous espérer que vous le faites plus ou moins confortablement installé dans un bus, un métro ou un tram. Si ce n’est le cas, nous souhaiterions ici vous convertir à la lecture dans les transports en commun. Car lire au cours de vos déplacements relève du même engagement que de prendre ces transports en commun pour préserver la planète.
En effet, lire contribue à dissiper ce qui nous pollue la tête. Précisons d’emblée que nous considérons ici la lecture de livres et non celle des journaux gratuits, même s’il ne s’agit nullement pour nous de condamner tous ceux qui dévorent ces canards.
Cependant, la lecture de ces quotidiens présente des inconvénients. Tout d’abord, à l’exception de quelques infos insolites vous y retrouvez dedans la même chose qu’entendu à la radio le matin ou vu à la télé le soir. Or, nous avons choisi de nous réchauffer à d’autres soleils, loin des frimas des faits divers. Surtout, vous remarquerez que le lecteur de journal est encerclé par les regards de ses voisins qui tentent de lire par-dessus son épaule, avec l’espoir qu’il finisse par descendre au prochain arrêt pour s’emparer de sa gazette. Le lecteur de journal est l’animal traqué de notre jungle métropolitaine. Prenez un livre cette fois. Vous pouvez en profiter en toute quiétude. Si des yeux se penchent sur votre ouvrage, ils n’iront pas au-delà de la couverture pour en relever le titre et l’auteur. Aussi êtes-vous bien dans votre bulle de lecture, plaisir solitaire au milieu d’un transport plus ou moins bondé. Plaisir pas si solitaire puisque les références notées pourront servir à se procurer cet ouvrage. Ainsi, vous participez à faire connaître un auteur. Sans vous il n’en serait pas là.

Mais revenons à vous, cher lecteur, car notre souci est avant tout votre bien-être. Pour vous évader de la monotonie de votre trajet quotidien rien de mieux qu’un livre. Maintenant que vous l’avez ouvert, lisez la première phrase puis la deuxième et ainsi de suite. Laissez-vous aller en roue libre. Et tant pis pour les fâcheux qui penseront que vous avez un petit vélo dans la tête à vous voir rire, frémir ou même pleurer selon ce que vous venez de lire. Ca y est, vous êtes parti. Ce ne sont plus les secousses du transport mais les vagues qui balancent votre navire. A la proue, vous scrutez l’horizon. Fini les incidents de trafic, désormais seuls les récifs peuvent vous empêcher d’atteindre votre île au trésor, votre paradis que nous vous laissons, cher lecteur, imaginer à votre guise.

Pour finir de convaincre les indécis, remarquons aussi que le lecteur de livre bénéficie dans la foule d’un petit espace supplémentaire grâce à son volume. En cas de très forte affluence, un livre numérique tombera devant vous. Plus fin, il prend moins de place dans le sac mais contient davantage. Plus de crainte de famine pour la cigale qui pensait avoir encore assez de pages pour tenir tout le voyage sans en entamer un nouveau. Il permet en plus de simplifier le tournage des pages, d’un simple geste du doigt, car la lecture dans les transports en commun bondés est aussi un sport. Il est même très complet puisque vous devez faire basculer la page en la saisissant d’une main tout en assurant votre équilibre précaire. Travail des mollets, bicepstriceps et abdominaux, fessiers en cas de nécessité. Lisez, bougez au moins trente minutes par jour. Alors s’il s’agit de votre santé plus de raison de discuter.

Mais pas seulement. Au-delà de votre esprit, vous obtenez à force un corps de rêve, parfait. D’ailleurs on vous observe. Regardez discrètement votre voisin(e) en face de vous. Il/Elle tient aussi un livre et vous sourit. Pas besoin que ce soit un Harlequin pour penser que vous avez une chance. Nos lectures en disent aussi un peu sur nous-mêmes. Peut-être pourrez-vous mettre vos lectures en commun et passez à des transports amoureux. La séduction par le livre ce n’est pas mythique. A bon lecteur, salut.

Jean-Baptiste Vaissman, HEC (promo H 2013) pour le Prix Littéraire des Grandes Ecoles