Quatre polytechniciens participent au prestigieux Hult prize qui récompense des initiatives d’étudiants du monde entier en entrepreneuriat social et solidaire. L’équipe a lancé son projet sur une plateforme de financement participatif pour collecter des dons et se qualifier parmi les finalistes.

 

Le « Hult prize », c’est l’une des cinq meilleures idées qui changent le monde, selon l’ex-président américain Bill Clinton et TIME Magazine. Créée en 2010, ce prix récompense des initiatives de start-up en entrepreneuriat solidaire et sociales proposées par des étudiants à travers le monde. Chaque année, plus de 10 000 participants présentent un projet lors de cette compétition. Le Hult prize est soutenu par la Fondation Clinton, par le Hult International Business School et est organisé en partenariat avec la Clinton Global initiative. Le thème de cette édition 2015 est « La voie de l’accès à l’éducation de 10 millions de jeunes enfants (de 0 à 6 ans) dans les bidonvilles ».

Quatre élèves de l’École polytechnique, Léo Garnier, Adeline Sok, Guillermo Arregui Bravo et Saúl Mingote Madrid, se sont lancés dans ce concours. Avec une idée : l’éducation par la radio. Les étudiants de l’X ont imaginé un concept selon lequel les jeunes enfants recevraient leurs leçons par le biais de la radio. Ces émissions seraient réalisées par une équipe mixte, composée d’experts dans l’éducation préscolaire et d’habitants du quartier. Ainsi, le rôle de « professeur » pourrait être facilement endossé par le parent ou la nourrice en charge de la garde de l’enfant. Il pourrait ainsi interagir avec l’enfant lors de la diffusion de la leçon à la radio.

Ce concept a un déjà un nom : « e-WaweCommunity ». L’avantage de cette solution est le coût limité. «Un dollar environ pour l’achat d’une radio », indique Léo Garnier. Autre atout, « Aujourd’hui dans les bidonvilles, les parents s’intéressent principalement à la télévision. Cela permettrait donc de réserver la radio à un seul usage : l’éducation pour les enfants », explique l’élève polytechnicien.

A plus long terme, l’équipe imagine le développement d’un label. Si la majorité des très jeunes enfants des bidonvilles sont gardés par les grands-parents, frères ou voisins, il existe aussi des structures appelées « Baby care center ». Seulement, « ces centres ne prennent en charge que la garde des enfants mais ne leur offrent pas d’éducation tels que des jeux et des exercices d’éveil », précise Léo Garnier qui ajoute que « l’éducation dans les bidonvilles ne commence pas avant l’âge de 6 ans car les parents n’ont ni l’argent ni le temps pour une éducation pré-scolaire ». L’idée de l’équipe : proposer leur solution d’éducation par la radio à ces « Baby care center ». « Nous proposons de créer un label qui garantirait une formation des éducateurs des centres ainsi qu’un service de suivi de l’apprentissage des enfants », détaille l’élève. Le modèle économique repose sur un principe : les centres devront payer 10 % de leurs bénéfices à e-WaweCommunity pour être labellisés et ainsi recevoir la formation et le matériel. « En Inde, cela représente 0,9 dollar par mois et par enfant. Et nous comptons sur le mécanisme de concurrence qui se mettra en place entre les centres labellisés pour que les familles ne prennent en charge qu’une partie du coût », poursuit Léo Garnier.

Le 15 mars 2015, l’équipe de Polytechnique a présenté son projet e-WaweCommunity devant un jury à l’occasion de la finale régionale du Hult prize qui se déroulait à Londres. En parallèle, cinq autres finales régionales ont eu lieu à Boston, Dubaï, San Francisco, Shanghai et Sao Paulo. Au total, six équipes – une part région – se sont qualifiées pour la finale mondiale qui aura lieu à New York en septembre 2015. Les quatre élèves polytechniciens n’ont pas été sélectionnés mais il leur reste encore une chance. Le concours se poursuit en même temps sur internet : les équipes ont la possibilité de lancer leur campagne de financement participatif en ligne. C’est chose faite pour l’équipe de l’X qui a lancé sa campagne sur la plateforme Indiegogo le 1er avril. Les huit meilleures campagnes seront désignées le 8 mai 2015. Ensuite, le jury en sélectionnera une seule pour rejoindre les six finalistes à New York en septembre prochain. Le lauréat gagnera 1 million de dollars pour lancer sa start-up.

 

Samantha Gaudfrin