Docteur en sociologie, Michel Moatti enseigne le journalisme et la communication à l’Université Montpellier 3. Il est également depuis 3 ans un auteur de polars à succès. Son dernier opus Alice change d’adresse est paru chez HC Editions en mars 2016 et un nouveau titre est prévu pour février 2017. Pas d’angoisse de la page blanche chez cet ancien journaliste dont la plume est prolixe.

 

L’écriture de romans, interaction ou schizophrénie pour le professeur que vous êtes ?

L’écriture a toujours fait partie de ma vie et je l’ai expérimentée sous trois formes : le travail de journaliste, d’enseignant-chercheur puis d’auteur. Cette trilogie me semble une évidence avec le recul. Le lien est surtout très fort avec mon approche de sociologue des médias, et mon intérêt pour la presse victorienne et l’histoire du fait divers.

Comment est né votre premier roman ?

Il est le fruit d’un travail universitaire de sociologue « fictionnalisé ». Durant 3 ans, j’ai décrypté des archives britanniques du 19e siècle traitant de la grande affaire criminelle de Jack l’éventreur. Le polar Retour à Whitechapel est né comme témoin d’une époque (description de la société victorienne de Londres) dans une démarche d’analyse sociologique (tous les personnes ont existé sauf la narratrice).

Comment a évolué votre style d’écriture ?

Je n’aurai pas pu passer d’emblée la frontière entre démarche du sociologue et travail fictionnel. J‘ai basculé du socio-roman à la pure fiction avec une étape intermédiaire, mon second ouvrage, Blackout Baby, qui est la suite du premier. Le grand écart est en revanche net avec Alice change d’adresse, une pure fiction.

Quelles sont les contraintes de la rédaction d’une fiction ?

La principale est bien entendu d’inventer un personnage, une psychologie, un environnement, un récit, une intrigue. Dans Alice j’étais 100 % dans la fiction. Mon roman à paraitre en février se raccroche à nouveau à un canevas historique, dévoilé à la fin du roman et en lien avec le passé du personnage. Je suis fasciné par le réel, la fiction est insatisfaisante pour moi par rapport au réel. La réalité apporte bien plus de profondeur aux histoires.

Vos héros sont toujours des femmes, une raison à cela ?

Ce n’est pas vraiment par choix. Spontanément, je suis plus à l’aise dans la peau d’un narrateur femme. J’entre dans le mental du personnage. J’ai un type d’écriture spontané. L’histoire et le personnage qui va la raconter, s’imposent. Il y a une sorte de compulsion à mon écriture. Le récit et le personnage veulent s’exprimer. Parfois, je suis même submergé, il me vient trop d’histoires et je dois choisir.

Vos étudiants sont-ils intrigués par votre double vie d’écrivain ?

A chaque rentrée ils googelisent leurs professeurs et découvrent donc que je suis aussi écrivain. Ils apprécient le côté artiste et décontracté de l’écrivain, mais c’est surtout le thème de mon premier roman qui les interpelle. Les meurtres de Jack ont un aspect spectaculaire. Les étudiants sont curieux d’en savoir plus, même si le mystère demeure entier… Pour d’autres étudiants très orientés recherche, écrire des polars n’est pas « sérieux ».

Comment vivez-vous votre succès d’auteur ?

Comme un conte de fée ! Le succès auprès des lecteurs, de la presse, dans des salons de Retour à Whitechapel a été une très belle surprise. Etre publié en littérature est un vrai bonheur. J’ai aussi été finaliste de plusieurs prix comme celui du Polar de Cognac. C’est une grande récompense. Je considère enfin comme un luxe le fait que ce travail, et de fait c’en est un, génère des revenus.

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Ecrire est une passion, un besoin et un désir
« J’écrivais des nouvelles avant de m’atteler au roman. Ma vie est devenue très ritualisée autour de l’écriture. J’écris en permanence et j’ai trouvé mon rythme d’un ouvrage par an. Tant que j’aurai des histoires en tête, j’écrirai. J’aime aussi mon métier d’enseignant-chercheur et je veux continuer à le concilier avec ma passion d’auteur. »