Egalité des chances : comment les acteurs privés s’engagent-ils pour que les élèves défavorisés accèdent aux études d’excellence ? était le thème abordé ce lundi 5 décembre à la Maison des Polytechniciens. Organisée par Financière de l’Echiquier, la conférence a ravi le public en faisant venir 7 intervenants de qualité.


 

Didier le Menestrel, président et créateur de Financière de l’Echiquier, n°2 des sociétés de gestion de portefeuille indépendantes en France, a inauguré la soirée par un court discours, avant de laisser rapidement la parole à Bénédicte Gueugnier, directrice de la Fondation Financière de l’Echiquier, qui a présenté l’activité de la Fondation : 3 personnes à temps plein, un budget de 500 000 euro alloués à 95 projets en France, un soutien apporté à des associations comme Le Rocher ou Adage, tout ça autour de deux thèmes principaux : éducation et insertion professionnelle.
Parmi tous ces projets toutefois, l’un retient particulièrement l’attention : la Maison de l’Echiquier, une initiative qui a deux ans seulement mais qui semble déjà fructueuse. Le principe ? 13 jeunes filles parisiennes issues de milieux modestes et actuellement en classes préparatoires sont hébergées gratuitement dans la Maison de l’Echiquier, un grand appartement du XVIIe. Sur place, elles sont épaulées par une maîtresse de maison et bénéficient également d’un soutien académique et pédagogique par des salariés de Financière de l’Echiquier eux-mêmes anciens élèves de prépas. C’est le cas d’Olivier de Berranger, gérant d’échiquier OBLIG et ARTY et parrain d’Aliénor : « Pour nous, les salariés, c’est un moyen de s’impliquer concrètement dans un projet ». Enfin, les jeunes élèves profitent également d’un accompagnement humain et de sorties culturelles proposées par une bénévole de la Fondation.

 

Alix Peillon, chargée de développement à la Fondation Financière de l’Echiquier justifiait lors de la conférence le choix de la cible, des filles parisiennes : d’une part, à Paris on constate qu’il y a moins de places pour les filles que pour les garçons en internat. D’autre part, Paris est une ville chère où se trouvent des classes préparatoires de haut niveau. La Fondation Financière de l’Echiquier travaille au quotidien avec des associations de tutorat comme Frateli et avec des lycées de classes préparatoires. « L’implication du privé dans l’éducation nationale est assez nouvelle » remarque Alix Peillon, ajoutant que cela peut surprendre le corps enseignant, mais que la plupart du temps l’équipe a reçu un accueil très chaleureux de la part des professeurs. « Ce que nous voulons être : une solution pour celles qui pensaient que la prépa était inaccessible » dit-elle pour conclure. Et Bénédicte Gueugnier de compléter : « Nous n’oublions jamais que l’essentiel leur appartient ».


Deuxième initiative mise à l’honneur ce soir : « Un grande école pourquoi pas moi ? ». Un projet né en 2002 sous l’impulsion de Chantal Dardelet Directrice exécutive d’ESSEC IIES (Institut de l’Innovation et de l’Entrepreneuriat Social) et responsable du pôle égalité des chances : « Quand l’ESSEC a démarré en 2002 ce programme je pense qu’on ne soupçonnait pas l’ampleur de la problématique » se rappelle-t-elle. « Aujourd’hui on est face à un constat d’homogénéité de certaines sphères » Comment l’expliquer ? Chantal Dardelet relève 4 grands freins à l’accès des élèves modestes aux grandes écoles :
1. Un problème d’information
2. Un manque de confiance en soi
3. Des questions financières et matérielles
4. L’influence du milieu dans lequel ils vivent sur leurs résultats scolaires

« Face à ça ou bien on baisse les bras ou bien on remonte les manches. Je fais partie de ceux qui ont remonté les manches ! » Et en effet, moins de dix ans plus tard, 82 écoles ont rejoint le projet. « Compte tenu de l’ampleur du sujet il y a de la place pour tout le monde ».
A l’ESSEC, «Une grande école pourquoi pas moi ? » prend la forme d’un système de tutorat grâce auquel des lycéens rencontrent 3 heures par semaines des élèves de l’ESSEC. Ils analysent ensemble l’actualité, débattent, etc. Pour la responsable du pôle égalité des chances, il s’agit de mettre en place un accompagnement non pas scolaire mais davantage sur ce qui est souvent omis : les codes sociaux, l’accès aux informations…

Le bilan presque une décennie plus tard est bon mais la mission est loin d’être accomplie : « Si on s’arrête maintenant c’est désastreux. Il reste beaucoup à faire. J’ai un peu d’inquiétude pour tout vous dire en cette période de crise. (…) Les entreprises ont un rôle à jouer. (…) Je pense qu’en s’y mettant tous on arrivera à faire bouger les lignes ».


Après elle, c’était au tour d’Odon Vallet, président de la Fondation Odon Vallet, de présenter les efforts qu’il a entrepris. Il y a quelques années, subitement héritier d’une immense fortune, il a « consacré 100% de [s]on patrimoine à cette fondation ». Comment ? En aidant de jeunes étrangers (béninois, vietnamiens,…) brillants dans leurs pays à venir étudier en France tout en se gardant d’opter pour une démarche trop élitiste : « Il veut faire Saint Cyr, c’est très bien. Il aurait voulu faire prof, ça aurait été très bien aussi. Je ne cherche pas du tout à les influencer. » Outre les sommes mises en jeu, Odon Vallet consacre à ses petits protégés beaucoup de temps et fait tout pour être un maximum renseigné sur le système éducatif français afin de pouvoir les aiguiller en connaissance de cause. « J’essaie de connaître la carte scolaire aussi bien que Mitterand et Chirac connaissaient la carte électorale du pays (…) Le système français a le gros avantage d’être en partie gratuit ou peu cher. Par contre, il a l’inconvénient d’être trop compliqué. Il va se simplifier avec la crise» Selon lui, deux modifications sont à prévoir dans un futur proche :
– La suppression des classes préparatoires où ne se trouvent que peu d’élèves
– Le regroupement des classes prépas avec le système universitaire
« Je pense qu’on va vers la simplification et le regroupement des forces. C’est ce que Monsieur Wauquiez a dit, c’est ce que Madame Pécresse dit aussi ».


Pour terminer, le mot de la fin était donné à Azouz Begag, ancien ministre délégué chargé de la promotion de l’égalité des chances et lui même véritable symbole de la méritocratie, ayant grandi dans un bidonville. « Dans les années 60, on pouvait se projeter 40-50 ans plus tard. Aujourd’hui on se projette en 2012-2013. C’est dans cet écart de projection que les peurs se sont installées. » Ce qu’il faut pour lui, ce n’est pas aider les jeunes à « réussir », terme qu’il trouve trop fort, mais leur permettre de « donner du sens à leur vie ».
C’est sans aucun doute ce que tentent de faire chaque jour les trois initiatives présentées ce soir-là…

 

Claire Bouleau
Twitter @ClaireBouleau