Jeudi 24 Novembre 2011, le café du pont neuf accueillait Rachida Dati, maire du 7ème arrondissement de Paris, pour un débat sur les problématiques relatives au logement dans la capitale.
Serge Federbusch, président du parti des Libertés, animait la rencontre.

Le public de la salle étant majoritairement composé de fidèles ou admirateurs de l’ancienne garde des sceaux, avec toutefois également quelques journalistes, le ton était direct, partisan, et volontairement subjectif. Les applaudissements ont salué à maintes reprises les critiques qui, régulièrement, pointaient du doigt la politique de gauche de la mairie de Paris.
« Il faut sortir de l’idéologie et du clientélisme pour donner des solutions pragmatiques »
déclarait Serge Federbusch. « L’opposition a des idées contrairement à ce qui est dit. (…) C’est le rôle de l’opposition de montrer que malgré la politique de communication qui est très bien huilée, et c’est la seule chose qui fonctionne, la réalité est bien pire ».

La rencontre s’est principalement focalisée sur deux sujets :

  1. La question du logement social
  2. Le manque d’infrastructures

 

La question du logement social

Le problème du logement social est intimement lié au problème du coût élevé de la vie dans Paris, qui rend par conséquent très difficile l’accès au logement, notamment pour les populations les plus défavorisées. « Les prix augmentent quatre fois plus vite à Paris que pour le reste de la population » remarquait Serge Federbusch en inaugurant le débat.
Par conséquent, lorsque vivre à Paris coûte cher de manière générale, offrir un loyer faible à ceux qui ont déjà des difficultés à joindre les deux bouts est une nécessité. Or, le président du Parti des libertés constate que « le nombre de demandeurs de logements sociaux ne cesse d’augmenter », alors que l’offre reste, quant à elle, trop faible. Mais la critique mise en exergue par Rachida Dati et Serge Federbusch n’est pas tant quantitative que qualitative. Selon eux, l’incohérence des mesures prises par la gauche réside principalement dans le manque d’accompagnement des habitants des logements sociaux. « Quand on construit un logement social on investit mais on ne gère pas derrière. (…) Ce n’est pas que je suis opposée au logement social mais tels qu’ils sont actuellement… (…) On fait du logement social mais on ne fait aucun équipement qui va avec. (…) Si vous mettez du logement social dans le 7ème arrondissement, alors mettez-moi des crèches, (…) sinon on maltraite les gens !» s’est exclamé Rachida Dati.
Au passage, Serge Federbusch lançait quant à lui, cynique, à propos des barres en béton : « Les gens sont pour en théorie mais quand c’est près de chez eux ils sont contre ».

Le manque d’infrastructures

Deuxième grande question qui a fait débat ce soir-là : le manque d’infrastructures offertes aux Parisiens. Rachida Dati a ainsi mis en avant un réel besoin d’insertion notamment « pour les mamans, les bébés, … » avec selon elle 15 000 enfants en attente de crèche dans la capitale. Une des explications à ce problème pour la maire du 7ème arrondissement, c’est le taux d’absentéisme très élevé chez le personnel de crèche à Paris car beaucoup habitent en banlieue. La solution qu’elle propose : « Pourquoi ne pas donner un appartement réservé dans un immeuble à une nounou qui garderait tous les enfants de l’immeuble ? » Au passage, elle a fait remarquer qu’elle avait demandé à la mairie de Paris des plages horaires plus larges pour les crèches, mais qu’elle n’avait eu que des réponses peu satisfaisantes.
Autre problème soulevé concernant les infrastructures : celui des loisirs offerts aux enfants. Selon l’ancienne garde des sceaux, dans le 18ème arrondissement, 300 enfants seraient refusés chaque année dans le conservatoire. « J’essaie de donner aux enfants du 7ème des loisirs gratuits (…) J’ai mis les cours d’échec gratuits pour les enfants, les cours de golf… » a-t-elle déclaré.
En réaction à ces propos, on a pu entendre un petit rire narquois dans la salle, et une main s’est également levée. Le détenteur de cette main, acteur du sport scolaire et associatif dans le 7ème, a fait état d’un constat peu joyeux à ce sujet : 10 000 scolaires n’auraient plus de stade dans cet arrondissement. « C’est absolument un scandale ! » s’est-il exclamé, « J’ai vécu trente ans en Allemagne, je peux vous dire  que c’est quelque chose d’impensable ! (…)  Est-ce que vous avez le pouvoir d’arrêter les catastrophes du maire de Paris ? » Ce à quoi Rachida Dati a répondu en lâchant un « Nous les maires d’arrondissement on a très peu de pouvoir ».
Une autre main s’est dressée un peu plus tard, celle d’une professeure des universités cette fois, qui a pointé du doigt les bibliothèques municipales. « On dit que Paris est une ville touristique mais c’est aussi une ville étudiante. (…) Les bibliothèque datent de 100 000 ans avant JC (…) Elles ouvrent à des heures improbables (…) et elles ferment quand les étudiants ne sont pas encore sortis de cours ! » Ce à quoi Rachida Dati, ne perdant pas de vue son objectif de discréditation de l’Ennemi, a répondu : « Les bibliothèques dépendent de la ville de Paris… »
Et Serge Federbusch d’ajouter : « Il y a un débat syndical à avoir. Donc je pense que la mairie ne veut pas s’engager dans un débat avec les syndicats » avant d’enchaîner sur une ultime polémique : « Il y a aussi la question des priorités budgétaires (…) Quand vous dépensez des milliers  d’euro pour faire un stade de rugby alors qu’il y a le stade de Charlety qui ne sert à rien… »

Pendant ce temps, à ma gauche, un homme du public, probablement révolté par les propos de la maîtresse de conférence, avait passé le plus clair de son temps à fulminer, empêchant d’ailleurs ses voisins de table, moi y compris, de bien entendre ce qui se disait à l’autre bout de la salle.
Décidée à faire valoir le droit à la démocratie et à donner la parole à un point de vue différent de celui exprimé tout au long de la soirée, je décidai de l’interviewer.
Préférant garder l’anonymat puisqu’il appartenait un parti politique opposé aux idées de Rachida Dati, il s’est présenté comme un habitant de toujours du 7ème arrondissement.
« Tout ce qui a été dit ce soir à 70% ne tient pas debout. C’est un discours politique de bas étage. (…) Le facteur dominant sur la situation parisienne de l’ensemble des arrondissements c’est un problème financier, c’est le problème de l’immobilier à  Paris. Or nier la situation immobilière particulière de Paris, c’est refuser de se confronter à la réalité »

Il a ensuite évoqué les années 50, douce époque où régnait dans le 7ème arrondissement une vraie mixité sociale. « Parce qu’il existait à l’époque le régime des loyers de la loi de 1948 (…) Ces loyers étaient très modiques mais tout le monde en profitait, les classes aisées comme les classes moins fortunées. » Selon lui, c’est la vente à la découpe apparue quelques années après qui aurait amené les gens de conditions sociales différentes à se retrouver dans des immeubles distincts, donnant du même coup naissance à une vraie ségrégation sociale. De là viendrait alors le constat que désormais « le 7ème arrondissement est un arrondissement bourgeois, de vieille famille ».
Une théorie difficilement vérifiable mais qui a au mois le mérite d’apporter un éclairage différent à cette problématique du logement, pour laquelle il n’existe pas de solution toute faite.

D’où l’intérêt d’en débattre…

Claire Bouleau
Twitter @ClaireBouleau