«En oeuvrant pour les autres, c’est aussi pour eux-mêmes que les jeunes oeuvrent, dans la mesure où ils se familiarisent avec l’exercice des responsabilités et développent des contacts et des réseaux.» Roselyne Bachelot-Narquin, Ministre des Solidarités et de la Cohésion sociale.

Roselyne Bachelot-Narquin

Quels vont être les nouveaux vecteurs d’action que vous allez mettre en place dans la lutte contre les violences faites aux femmes ?
La lutte contre les violences faites aux femmes se situe au coeur des préoccupations du Gouvernement. Les actions déjà menées depuis 2005, malgré des résultats positifs, doivent être poursuivies. Je présenterai ainsi dans le courant du premier trimestre un troisième plan de lutte contre les violences faites aux femmes pour la période 2011-2013, qui sera élargi aux questions des violences au travail et à la prise en compte de l’impact des violences sur les enfants, notamment les risques de reproduction des violences agies ou subies. Nous devons aussi travailler sur l’association de l’ensemble des partenaires tant associatifs qu’institutionnels concernés par cette problématique. Les textes régissant la Commission nationale contre les violences envers les femmes seront modifiés permettant à l’ensemble de la collectivité de prendre part à cette démarche. Enfin, l’amélioration du recueil et de l’analyse des données statistiques des violences faites aux femmes va être affinée par l’extension des missions de l’Observatoire national de la délinquance et de la réponse pénale (ONDRP), contribuant ainsi à améliorer l’efficacité de nos politiques publiques.

Quels sont les objectifs attendus du label de Grande Cause nationale 2011 attribué par le Premier ministre au thème « Pas de solitude dans une France fraternelle » ?
Dans notre pays, il existe une solitude non choisie qui touche toutes les catégories de la population. Cette solitude isole et marginalise, car elle tue socialement. Il est donc de notre devoir de la combattre. C’est pour cela que le Premier ministre a choisi de faire de la solitude la Grande cause nationale pour l’année 2011. Nous devons nous employer à restaurer, chaque jour, davantage de fraternité et de solidarité aux côtés de nos concitoyens les plus seuls. Je pense aux étudiants ou aux jeunes actifs, isolés de leurs familles. Je pense aussi aux femmes qui élèvent seules leurs enfants, et souvent dans une situation de précarité morale et matérielle. Je pense enfin à la personne âgée dépendante qui doit vivre seule alors même qu’elle perd son autonomie. Ces personnes isolées doivent être accompagnées, pour les réconcilier avec la société, restaurer leur dignité et les rendre de nouveau actrices de leur propres destinées. Il faut développer un lien social et c’est justement le coeur de mon engagement et de mon action politique depuis toujours. L’objectif de cette grande cause nationale, c’est celui de garantir et de préserver le bien-vivre ensemble au sein de la cité, en proposant à chacun une place au sein de notre pacte républicain.

« Dans notre pays, il existe une solitude non choisie qui touche toutes les catégories de la population. Cette solitude isole et marginalise, car elle tue socialement. Il est donc de notre devoir de la combattre.»

Comment les élèves des grandes écoles peuvent-ils s’impliquer et soutenir vos différentes actions en faveur de la solidarité et de la cohésion sociale ?
Dans la réponse apportée aux situations de handicap, de dépendance, c’est le lien à l’autre et, pour la dépendance, le lien entre les générations qui se joue. De ce point de vue, il est important que les plus jeunes s’engagent pour aider les personnes vulnérables, pour favoriser la participation citoyenne et pour faire vivre la cohésion sociale. Parallèlement à leur investissement dans leurs études et formations, ils peuvent donc rejoindre, en tant que bénévoles, des associations impliquées sur le terrain au plus près des personnes âgées, des personnes handicapées ou de nos concitoyens les plus fragiles socialement.

Certaines écoles, suivies depuis quelques années par des universités, intègrent au sein même des apprentissages l’engagement de leurs étudiants dans un projet individuel ou collectif à caractère humanitaire ou social. C’est le cas par exemple de l’école EFREI (école française d’électronique et d’informatique) à Villejuif, dont certains élèves ont mis en place en 2005 un atelier d’initiation aux outils numériques pour personnes âgées, une action rendue pérenne depuis grâce à la création d’une association dédiée et animée par des élèves bénévoles. Je pense également à l’Université Paris 3 qui propose à ses étudiants en option une « action d’intérêt collectif » validée par un rapport et une évaluation. Cette option permet aux élèves de consacrer environ 60 heures de leur cursus à un engagement volontaire en faveur de personnes en situation de fragilité : enfants hospitalisés, jeunes en difficulté, personnes handicapées ou âgées.

Ce type de démarches a l’avantage de susciter le désir et de structurer le potentiel d’engagement citoyen et solidaire des jeunes qui sont souvent réticents à adhérer à une association et encore moins à un syndicat ou un à parti politique. En oeuvrant pour les autres, c’est aussi pour eux-mêmes que les jeunes oeuvrent, dans la mesure où ils se familiarisent avec l’exercice des responsabilités et développent des contacts et des réseaux. S’impliquer, c’est aussi contribuer à la prise de décision publique. C’est pourquoi j’invite naturellement les élèves des grandes écoles à prendre une part active au débat national sur la dépendance, en participant aux débats interdépartementaux qui seront ouverts au public et qui se dérouleront dans chaque région entre les mois d’avril et de juin. Ils peuvent également poster leurs contributions et leurs réflexions via le site internet www.dependance.gouv.fr.

 

Patrick Simon