Les avancées récentes de l’intelligence artificielle et de la robotique sont souvent interprétées comme une prise de pouvoir des machines sur l’humanité. Cette vision caricaturale est en partie due à notre histoire culturelle et religieuse où l’artefact est synonyme de transgression des dictats divins. La réalité est toute autre.

 

Les créatures artificielles ont toujours représenté les étendards des progrès scientifiques et technologiques

Ainsi, au siècle des Lumières, la mécanique horlogère, la haute-technologie de l’époque, a servi de base démonstrative aux théories matérialistes et aux nouveaux modèles scientifiques. Les grands automates androïdes, conçus entre autres par Jacques de Vancanson en France et Jaquet-Droz et Leschot en Suisse, ont été des prototypes d’études et des supports de vulgarisation du matérialisme. Ces automates ont permis de mieux comprendre le fonctionnement du corps humain, la réalisation de prothèses médicales et de machines qui ont révolutionné l’industrie textile.

Les robots et l’IA préfigurent le changement de monde qui s’annonce

Aujourd’hui, les robots et l’IA sont à l’avant-garde des technologies de pointe. Comme les grands automates androïdes qui annonçaient la révolution industrielle et sociétale à venir, ils préfigurent le changement de monde qui s’annonce. Un grand nombre des innovations amenées par ces technologies peuvent sembler anodines car elles ne font que faciliter notre quotidien. Nous pouvons ainsi demander à l’assistant virtuel sur notre smartphone d’acheter et livrer un bouquet de fleurs, de nous donner la météo du jour, de réserver une voiture ou un billet d’avion. Les applications les plus spectaculaires semblent quant à elle relever du divertissement : le meilleur joueur de Go n’est plus humain mais un programme doté d’algorithmes bio-inspirés gavé de données. Pourtant, des applications plus importantes voient également le jour, en particulier dans le domaine de la santé. On imagine très prochainement des auxiliaires robotiques pour le maintien à domicile des personnes âgées, des prothèses technologiques afin de palier certaines déficiences, des exosquelettes pour permettre de marcher à nouveau.

Nous sommes déjà tous des hommes augmentés

Dans un futur proche, nous allons passer de cet « homme réparé » à « l’homme augmenté ». En effet, la frontière est ténue entre ces deux perspectives. D’une certaine manière, nous sommes déjà tous des humains augmentés : nos capacités d’information et de communication sont décuplées par nos prothèses technologiques, notre durée de vie s’accroit avec les progrès médicaux, etc. La science-fiction a imaginé que cette évolution nous transformerait en « cyborg », un terme né en 1960 dans le contexte de la recherche spatiale. Celui-ci provient de la contraction des mots « cybernetics » et « organisme » pour signifier un être hybride fusionnant l’humain et la machine. Loin de l’image caricaturale d’un humain couturé et bardé d’implants mécatroniques, les technologies s’intègrent aujourd’hui dans les objets quotidiens près du corps, comme les vêtements, les lunettes et les montres. Dans un avenir plus lointain, la convergence des cybertechnologies, des nanotechnologies et des biotechnologies permet d’envisager la création de systèmes à l’échelle microscopique qui ouvrent de nouvelles perspectives et dont les répercussions sont encore difficiles à appréhender. Certains y voient une « singularité technologique » en référence à l’horizon des événements d’un trou noir.

Les grands changements sont toujours synonymes d’inquiétude

Les grands changements sont toujours synonymes d’inquiétude. Si certaines d’entre elles peuvent apparaître disproportionnées ou inappropriées, d’autres sont tout à fait légitimes. Ainsi, un nombre croissant de chercheurs, dont je fais partie, ont récemment signé une pétition internationale contre les « armes autonomes » et un engagement sur les principes éthiques pour le développement de l’intelligence artificielle. L’année 2017 marque le bicentenaire de la publication du roman « Frankenstein ou le Prométhée moderne ». Le monstre imaginé par Mary Shelley n’est plus aussi spectaculaire face aux super-héros à répétition des blockbusters, mais il nous rappelle néanmoins la nécessité d’une réflexion éthique et humaniste.

Pour en savoir plus :

Auteur de Immortalité numérique – Intelligence artificielle et transcendancehttp://www.jcheudin.fr/

Icare se sent pousser des ailes