La Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) se définit comme la contribution des entreprises au développement durable dans une recherche de performance globale à la fois économique, sociale et environnementale. Démarche volontaire – bien qu’encadrée par un contexte légal et institutionnel contraignant en France[1] – elle embrasse toutes les dimensions de la vie de l’entreprise : elle représente ce faisant un objet d’inclusion ainsi qu’un levier possible de croissance économique pour les entreprises. Par Mélanie JaeckCédrine Joly, Magalie Marais et Maryline Meyer, Professeurs à Montpellier Business School

 

Retour sur la définition d’un concept « caméléon »

La RSE se définit comme la transposition du développement durable et de ses trois piliers –économique, social et environnemental – aux entreprises et à leur management. Elle questionne la mission des entreprises, et sa traduction en pratiques, autour de la conciliation, parfois délicate, d’objectifs multiples où il ne s’agit pas seulement de compenser les impacts négatifs de ses activités mais de créer des espaces propices à la création de valeur partagée entre différentes parties prenantes.

Des politiques RSE en quête d’authenticité

Les politiques de RSE engagées par les entreprises ont ainsi été souvent décriées, notamment suite à des accusations de « green-washing » ou au caractère contestable de certaines initiatives menées, notamment concernant leur utilité sociétale. Ces politiques sont désormais en quête d’authenticité pour être replacées au cœur même de la mission des entreprises. Il s’agit d’éviter les enjeux triviaux ou cosmétiques pour s’engager sur « ce qui compte vraiment » aux yeux des parties prenantes. Des politiques de RSE « authentiques » intègrent et recherchent ainsi des synergies entre performance économique, sociale et environnementale à tous les niveaux de l’entreprise. Elles recouvrent une dimension démocratique et systémique pour instaurer un dialogue pour tous et avec tous. Plusieurs entreprises ont initié des politiques de RSE intégrées à leur identité (ex : Nature & Découverte, Danone, L’Oréal). L’engagement des membres de la direction, condition indispensable pour susciter l’adhésion des collaborateurs, sera alors déterminant pour accompagner ces changements.

La RSE pour une transformation en profondeur des entreprises

La RSE transforme le monde de l’entreprise. Elle agit comme un levier pour celles-ci, leur permettant de mieux répondre aux besoins des parties prenantes. Que ce soit de l’investisseur à l’employé ou du consommateur aux institutions gouvernementales, la RSE est une approche qui incite les entreprises à modifier leur structure, leur culture et, in fine, leur stratégie. Ainsi, la RSE amène à imaginer et à construire des entreprises ancrées dans un projet de société, autour d’un but, qui ne soit pas défini par le seul chef d’entreprise mais co-construit en synergie avec différents acteurs. Innover par et pour la RSE, représente ainsi un terreau fertile pour renouveler des pratiques et découvrir de nouvelles manières de faire, c’est-à-dire pour l’innovation, que celle-ci soit technologique (produits ou procédés de production) ou managériale (processus, outils, structure ou organisation).

Vers plus de croissance économique  

La RSE peut ainsi devenir un levier de performance économique et de croissance pour les entreprises sincèrement engagées dans cette démarche. L’étude de France Stratégie[2] de 2016 montre, à ce sujet, un écart de 13 % de performance économique entre les entreprises qui font de la RSE et celles qui n’en font pas. En revisitant leur business model à la lumière des exigences de la RSE, les entreprises – de la PME au grand Groupe – peuvent se donner de nouvelles chances d’innover, de réduire leurs risques et gagner des parts de marché à moyen-long terme. Cette démarche pourra ainsi séduire de nouveaux segments de clients – de plus en plus concernés par des préoccupations sociales ou environnementales – mais également des investisseurs cherchant à sécuriser leurs investissements pour se prémunir de crises ou de scandales potentiels.

Une ambition à la hauteur de ses enjeux

Tout n’est cependant pas simple : s’inscrire de manière « authentique » dans la RSE n’est pas exempt de tensions, notamment entre objectifs économiques et objectifs sociaux. Le jeu en vaut cependant la chandelle et embrasser une démarche de RSE fondée sur un choix éthique pourrait même représenter, pour de nouvelles générations en quête d’autonomie, de solidarité et de responsabilité, une condition sine qua non à la survie et au développement des entreprises. A bon entendeur !

 

 

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c.joly@montpellier-bs.com, m.marais@montpellier-bs.com, m.meyer@montpellier-bs.com

 

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[1] Concernant les normes relatives à la RSE, la norme ISO 26000 (AFNOR) encadre et certifie les entreprises les plus engagées dans ce domaine. En termes réglementaires, la loi de Nouvelles Régulations Economiques (NRE) de 2001 ainsi que les Lois Grenelle 1 et Grenelle 2 imposent des contraintes aux entreprises de grande taille à rendre des comptes sur leurs pratiques de RSE dans une recherche de transparence.

[2] http://www.strategie.gouv.fr/sites/strategie.gouv.fr/files/atoms/files/fs_etude_rse_finale.pdf