Les poissons rouges auraient aujourd’hui une capacité d’attention supérieure d’une seconde à celle des humains. La faute à qui ? Eh bien peut-être aux écrans multiples de notre vie qui déclenchent un prurit de zapping perpétuel. Ces démangeaisons intempestives ont tué la concentration de l’étudiant. Par Philippe Bastien – Responsable du Master2 de l’ISTEC Marketing, Evénementiel & Communication

 

Nous ne savons plus nous concentrer plus de 8 secondes sur un même sujet. Par contre, une étude Microsoft a montré que les jeunes sont aujourd’hui devenus multitâches. La nouvelle équation pédagogique n’est pas encore résolue. Celle qui saura créer la conversation entre un étudiant en quête d’expériences et un pédagogue soucieux de l’engagement de son « public ».

Qu’est-ce qu’un bon étudiant ?

L’étudiant se comporte comme un consommateur en quête d’engagement.
Il vaut mieux l’admettre en préalable, sauf à commettre un hors-sujet, l’étudiant n’a a priori aujourd’hui pas beaucoup plus de considération pour un cours en amphi qu’il n’en a face à une canette de soda. La salle de cours est pour lui un lieu de consommation et d’expérience où, les unes après les autres jusqu’à plus soif, il décapsule les concepts du savoir.

Il ne sait plus prendre de notes et au mieux recopie l’écran du vidéoprojecteur voire le prend en photo. L’expérience du parcours de « consommation » du savoir doit elle aussi aujourd’hui s’affranchir des contraintes et efforts à fournir pour parvenir à la satisfaction. Le curseur des aspirations cognitives s’est nettement déplacé sur la pyramide Maslow.

Le temps où l’étudiant « travaillait » son cours est bien révolu. Il faut bien le reconnaître il ne rentre pas en cours pour apprendre. Ce n’est pas de savoir dont l’étudiant a soif mais bien d’expériences de connaissance.

Le « bon » étudiant est en effet celui qui se sent engagé dans la co-création du contenu de cours.

Qu’est-ce qu’un bon prof ?

La solitude du pédagogue face à la télécommande du savoir.
Plus que jamais il faut bien se le dire. En matière pédagogique, la forme c’est le fond qui remonte à la surface. Avec une attention moyenne de ses étudiants soutenue au mieux pendant 40 minutes et des séances toujours découpées en tranche d’une heure, le pédagogue est acculé dans les cordes du fond de cours. Pour un bon tiers de son temps d’enseignement, il est mis au défi de sauver de la noyade ses étudiants du fond des écrans de leurs laptops ou des abîmes consultés à la dérobée de leurs smartphones.
Le soda de la canette du cours a tôt fait de s’éventer et les bulles du savoir de se dissoudre… pour ces consommateurs assoiffés de rencontres et d’expériences.
Le bon pédagogue doit devenir entremetteur. Il est un passeur d’expérience(s). Puisant son inspiration dans la tradition africaine, c’est un griot de la vie moderne. C’est un créateur d’avenir.

Dans mon Master

Au travers du programme TOPICS by ISTEC les étudiants du Master2 en Marketing Événementiel & Communication vivent une année aussi intense qu’originale, riche en expériences et en responsabilités.

Le mode scolaire traditionnel d’assimilation des connaissances a pu ainsi glisser vers une découverte d’expériences progressives sur un mode quasi professionnel mêlant créativité, initiative et engagement. Le cours est désormais un rendez-vous « professionnalisé » où s’engage la conversation non seulement avec le professeur mais plus encore entre étudiants, sur le mode collaboratif pratiqué en agence de communication.

Pas de déclarations d’intention, pas de bonne résolution… que des preuves !
En fait, c’est l’ensemble des codes de leur univers scolaire habituel que je me suis appliqué à « brouiller » pour mieux les mettre en mesure d’éclaircir la vision la plus nette possible de leur avenir, de reconstruire leur contexte pédagogique pour mieux en maîtriser le contenu.

Ainsi la classe est éclatée pour l’année en 8 pôles de compétences au service de la réalisation d’un projet d’événement : Communication, Branding & Design, Sponsoring, Relations Publiques, Speakers, Réseaux Sociaux, Régie et Logistique.
Les « Managers » de pôle sont choisis par leurs camarades après un processus de recrutement fondé sur leur candidature spontanée et l’appréciation de leurs pairs.
Les différents cours et séminaires se transforment en séances de coaching. Le partiel et la note de contrôle continu se mutent en compte-rendu d’activités. Les évaluations « professorales » sont complétées d’une évaluation périodique des étudiants par les patrons de pôle, leurs camarades.

Il faut livrer !
Production de contenu, curation des nouvelles tendances sociétales, recrutement d’incarnations, production et médiatisation constituent le quotidien de ces étudiants engagés pour leur formation.
Pendant 6 mois les étudiants se retrouvent pilotes « à la tête » d’un projet à dimension nationale. Le cadre collaboratif qui leur est proposé leur permet de vivre leur dernière année d’enseignement sur un mode totalement compatible et complémentaire avec leur expérience d’alternance en entreprise.

Et alors l’équation éducative est ainsi devenue plus claire pour chacun.

[Dans mon cours] Appliquer une pédagogie par compétences