L’hypnose est à la mode : qu’il s’agisse de l’hypnose de spectacle façon Mesmer, de l’hypnose médicale pour accompagner les interventions chirurgicales ou encore de l’hypnose pour travailler nos dépendances : tabac, sucre, écrans… Comment ce phénomène a-t-il pu pénétrer les murs d’une Business School ? Le service d’accompagnement des étudiants de Grenoble Ecole de Management (GEM) a eu l’idée de faire intervenir un hypnothérapeute pour coacher ses étudiants. Et les retours sont excellents ! Une conférence et de nouveaux ateliers sur le sujet sont proposés dans les semaines qui viennent. Interview de Grégory Rogier hypnothérapeute professionnel à Grenoble par Isabelle Galli, responsable du Centre Développement Personnel & Managérial (CDPM) à GEM

 

Grégory Rogier, dès l’annonce du premier atelier Autohypnose : « gérer et jouer avec ses émotions » on a constaté un engouement rare de la part des étudiants. Comment expliquez-vous cela ?

Cela peut facilement s’expliquer par l’immédiateté des effets de l’hypnose. Dans un atelier d’hypnose qui fonctionne, les étudiants vont expérimenter immédiatement quelque chose de probant. Les participants entrent dans un état de conscience si spécifique à l’hypnose, ce qui en soi est déjà une expérience, et ils vont vivre quelque chose d’émotionnellement fort. Pour ceux qui n’auraient pas encore participé à un atelier, cet état est visible dans le type d’hypnose spectaculaire que l’on peut voir à la télé. Alors, évidemment, et comme je ne cesse de le rappeler, l’hypnose n’est pas magique et ce que l’on voit en spectacle reste du spectacle, mais cela donne une idée quant aux possibilités de cette pratique.

En quelques mots, pouvez-vous nous décrire le déroulement d’une séance collective ?   Et affirmeriez-vous que l’hypnose en séances collectives présente un avantage par rapport à l’accompagnement individuel ?

En atelier je commence par expliquer les grands principes de l’hypnose et son fonctionnement, puis les étudiants vont très vite expérimenter et alterner tout au long de la séance de la théorie à l’expérimentation. C’est ainsi qu’à la fin de la séance, les étudiants ont non seulement assimilé des techniques d’auto hypnose et différentes façons de s’en servir, mais ils ont également amorcé un travail sur eux. Et l’effet de groupe est très important pour l’efficacité de la séance et au-delà même de la séance.

Les sources de stress pour les étudiants sont nombreuses, qu’il s’agisse du changement d’environnement, d’une forte inquiétude quant au choix d’orientation, de l’intensité du rythme scolaire… Comment l’hypnose peut-elle aider l’étudiant à mieux gérer son niveau de stress ?

En période d’examen, j’ai beaucoup de demandes d’étudiants qui se trouvent déjà dans un état de stress critique alors que l’assimilation de cet instrument qu’est l’autohypnose fonctionne très efficacement pour la prévention du stress et pour la gestion de l’émotion en général. Il y a énormément de façons d’aborder le stress avec l’hypnose, selon les causes et le niveau de stress : on peut aller revisiter un souvenir problématique, voire traumatique, on peut créer de nouveaux comportements, car l’hypnose permet réellement d’aller amplifier les émotions utiles jusqu’à renforcer les connections neuronales pour favoriser les comportements choisis positifs au détriment des comportements nuisibles. L’hypnose est un instrument en pleine expansion et on en repousse les limites quotidiennement en même temps que l’hypnose nous permet de dépasser nos propres limites. La science, la recherche reconnaissent la validité de ce phénomène. L’hypnose est convoitée aujourd’hui par le milieu médical. Cela nous accrédite et nous assure l’autorité nécessaire pour donner tout le meilleur de cet instrument bien loin des croyances et du paranormal qui pouvaient encore faire de l’ombre à cette pratique.

d’un atelier de mindfulness proposé par le CDPM de GEM (crédit photo Pierre Jayet)

Quelles sont les demandes que vous voyez le plus émerger de la part de nos étudiants ?

J’ai beaucoup de demandes d’étudiants pour la prise de parole en public autant pour perfectionner cette capacité déjà présente en eux que pour la développer. De façon récurrente, les demandes tournent autour de la gestion du stress et des émotions … Et en individuel, les demandes concernent des choses plus personnelles assez diverses.

Est-ce une démarche que les étudiants peuvent intégrer dans leur quotidien de façon autonome ou doivent-ils assister à une séance chaque fois ?

L’idée serait une formation complète à l’autohypnose. C’est la proposition que j’ai faite à GEM. L’autohypnose s’apprend très vite et s’intègre de façon simple et naturelle dans notre vie de tous les jours. Pour moi la forme la plus aboutie de l’autohypnose c’est cette façon de jouer au quotidien avec les fluctuations de son état de conscience, son état mental autant que physique. Choisir instantanément l’état idéal à chaque moment de sa vie. Cela demande un peu d’entraînement au départ puis s’acquiert assez vite. L’étudiant sort d’un atelier d’1h30 avec quelques outils utiles et directement utilisables, à condition de les réutiliser rapidement après la séance.

Travailler ses croyances limitantes, développer la confiance en soi, affiner son intelligence émotionnelle : l’hypnose semble aujourd’hui faire partie intégrante de la palette des outils de développement personnel. C’est pourtant une pratique qui est loin d’être anodine, n’est-ce pas?

L’hypnose a une histoire tumultueuse. Qui remonte peut-être à la nuit des temps puisque l’on voit dans la grotte de Lascaux des peintures rupestres qui représentent des sorciers mettant en transe leurs sujets pour les guérir. Les croyances ont bien évolué mais la pratique n’a peut-être pas tant changé. Et puis il y a eu le mesmérisme, appelé aussi magnétisme animal, autre époque autres croyances, autres hypnoses. Aujourd’hui, l’hypnose est une approche plus scientifique. L’hypnotiseur est cet expert des fonctionnements humains qui peut nous guider à la frontière entre conscient et inconscient. Et si ce n’est ni l’hypnose ni l’hypnothérapeute qui nous fera changer, l’idée est quand même de créer le contexte où le changement est possible. C’est aussi bien souvent une exploration un peu merveilleuse de ces zones inconscientes qu’un certain type de psychologues nous ont tant appris à craindre.

Y aurait-il une façon pour nous enseignants, coachs d’encourager les étudiants dans la pratique de cette démarche ?

Je pense que le meilleur moyen est de leur faire expérimenter ! Que les enseignants apprennent l’hypnose pourrait vraiment être un plus pour l’enseignement en général. L’hypnose c’est capter l’attention, c’est créer un imaginaire qui va provoquer de l’apprentissage, c’est jouer avec l’émotion stimulante pour créer des chemins, sous la forme de connexions neuronales autant que pour donner un sens et une direction, une valeur à cet apprentissage. L’hypnose permet vraiment de travailler à un niveau conscient et inconscient et ainsi d’apprendre sans s’en apercevoir et d’assimiler sans effort. Un vaste sujet !

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