L’innovation est au cœur des préoccupations du système éducatif. Comme les entreprises, les écoles et universités sont confrontées à une concurrence mondiale (classements, attractivité des enseignants chercheurs et des étudiants). Le dynamisme des institutions se reflète par leur capacité à se remettre en question et à créer une valeur en adéquation avec les réalités professionnelles auxquelles les étudiants vont être confrontés. – Par Guillaume le Dieu de Ville,  Directeur du programme Startup Launchpad HEC-42 et cofondateur de Lingueo

 

 

Historiquement isolées, les formations s’associent pour proposer des doubles diplômes : école de commerce avec école d’ingénieurs, IEP avec universités. Les mariages des spécialistes ne cessent d’être célébrés. Plus récemment les écoles dites de la « création » les ont rejoint : école de développement informatique, de design… Les différents programmes de formation misent sur la mise en application, la complémentarité et la multidisciplinarité pour se distinguer. En ce sens le digital est un facilitateur.

 

Le digital, terre du « learning by doing »

Mis en place par Robert Papin avec la création du département HEC-Entrepreneurs, le « learn by doing » n’a cessé de faire des émules au sein des institutions de l’éducation supérieure en France. Cet apprentissage des étudiants par l’expérience est le passage d’une période d’appropriation des fondamentaux à leur mise en application. Il y a quelques années encore, les étudiants rêvaient des salles de marché ou de conseiller les plus grands. Les temps changent… Même si le contexte économique y est pour beaucoup ; cela s’explique également par la capacité à créer et à produire plus facilement ; notamment dans le digital. Lancer un service web, développer une application fait appel au marketing, à la stratégie, à la finance. L’avantage est une mise en pratique rapide. Le numérique redistribue les cartes et chacun peut à sa manière participer à cette grande transformation. Dans certains cas ils seront même disruptifs ! La généralisation du digital s’est trouvée être un terreau fertile pour cette approche pédagogique nécessitant des compétences variées.

 

La double culture et la multidisciplinarité

La majeur Digital d’HEC en est une belle illustration. Julien Levy (Directeur du centre digital) a rapidement mixé les profils. L’association avec Télecom Paristech a permis de sensibiliser chacun aux métiers des autres. N’est il pas plus facile de manager des métiers dont on a un minimum de connaissance ? Rapidement il a permis à des profils atypiques d’accéder au programme (avocats, ingénieur informatique, jeunes entrepreneurs) apportant une diversité des plus riches. Il a maintenu cette approche avec la création de certificats digital et en multipliant les partenariats : Epitech et l’école 42 pour la programmation, les Gobelins, e-artsup et stratcollege pour le design. Le directeur actuel de la majeur Digital, Stéphane Madoeuf, est allé encore plus loin en rythmant cette dernière année autour de « challenges » avec les entreprises. Les étudiants débutent l’année par une « piscine » d’introduction au code de deux semaines à l’école 42, suivie d’un hackathon, concours de développement en équipes réunissant les développeurs, des designers, des commerciaux… Les résultats sont là. En effet, les entreprises bénéficient de la capacité à innover des étudiants. Ces derniers gagnent en maturité et arrivent serein sur le marché du travail. Qui plus est, ils sont souvent recrutés par ces mêmes entreprises. Quand ce n’est pas le cas ces équipes complémentaires et polyvalentes lancent leur entreprise.

 

L’entreprenariat, avant tout une histoire d’équipe et de compétences

Depuis quelques années le nombre d’étudiants entrepreneurs ne cesse d’augmenter. Les écoles de commerce cherchent à faire émerger les « business markers » qui stimuleront le tissu économique de demain en créant de l’emploi et des nouveaux modèles d’affaires (sans parler de la communication associée !). Seulement voilà, être étudiant et monter son entreprise n’est pas de tout repos. Je peux témoigner de cette période certes excitante mais difficile que nous avons traversée avec mon associé Arnaud Portanelli lors de la création de Lingueo en 2007. C’est fort de ce constat que nous avons créé avec Julien Levy, Stéphane Madoeuf et Nicolas Sadirac (Directeur de l’école 42) le programme HEC-42 Startup Launchpad. L’idée n’est pas de former à l’entreprenariat mais de mettre en place un environnement méthodique pour former la bonne équipe et pour passer de l’idée à l’éclosion d’une entreprise. Plus de 120 étudiants (40 projets), issus d’HEC, de 42, des écoles d’ingénieurs Paris-Saclay, de e-artsup et de stratcollege, ont été sélectionnés par un jury professionnel composé de capital-risqueurs, de représentants d’accélérateurs, de professeurs et d’entrepreneurs, sur la base de leur projet et de leur complémentarité. Le programme, très complet, a duré 9 semaines. Leurs premiers clients trouvés, ils ont pour la plupart rejoint des incubateurs, accélérateurs et sont en phase de financement. L’avenir des grandes écoles et des universités passera, selon moi, forcément par la mixité des compétences.