Comment étudier en cours un enjeu de société en préservant une forte interactivité malgré un groupe important ? Le défi était autant de trouver le scénario pédagogique adapté pour engager les étudiants que le travail demandé aux étudiants : réinventer l’entreprise sans plastique, rien que ça. Pendant deux jours, Céline Louche et Jennifer Goodman, professeures à Audencia, ont accompagné 105 étudiants à relever le challenge.

 

Introduire des situations complexes dans les cours

La vie moderne est impensable sans plastique, mais il y a un hic. Certaines caractéristiques qui le rendent si utile, comme son faible coût, sa légèreté et sa solidité, le rendent également difficile à éliminer. Des millions de tonnes de déchets plastiques finissent dans les océans. Ses particules entrent dans la chaîne alimentaire et finissent dans nos assiettes. C’est un problème à grande échelle, une réponse globale s’impose.

Laisser les étudiants construire leur propre contenu de cours

Pour lutter contre les idées reçues, s’immerger dans le sujet, les étudiants ont dû répondre à un sondage. Une façon d’identifier les savoirs qu’ils ont eu besoin d’acquérir sur le sujet.

Par le débat et des jeux de rôle, ils ont confronté les points de vues et préoccupations de différentes parties prenantes : entreprises, ONG, financiers et décideurs politiques. Cet exercice a précédé l’intervention d’un « envoyé spécial » annonçant la signature d’un nouvel accord international sur une réduction significative de la production de plastique et une tolérance zéro pour les déchets plastiques.

Chaque groupe avait pour consigne de concevoir une solution réalisable, évolutive et cohérente dans un secteur d’activité et une région géographique.
Les solutions apportées devaient inclure leur déploiement, leur coût, leurs bénéfices et leurs impacts. Les étudiants ont mené des recherches sur le sujet, et ont laissé parler leur créativité issue d’un travail collectif. L’équipe pédagogique a apporté des connaissances en amont sur les impacts de la pollution du plastique et sur les évolutions réglementaires. Sans oublier les concepts clés tels que l’économie circulaire, l’innovation, ou la notion d’impact social.

Un des groupes d’étudiants avait un rôle particulier et essentiel au déroulement de la journée : l’équipe de journalistes. Briefée en amont, leur mission était d’aller à la rencontre des quinze groupes. Ils les ont questionnés sur l’avancée de leurs réflexions, leur ont apporté un regard critique mais bienveillant et les ont mis en lien les uns avec les autres. Ils ont publié des interviews via les médias sociaux. Par l’observation, l’équipe a participé à l’analyse des dynamiques suscitées par les jeux de rôle : émotion, négociations, blocages, capacité d’écoute…

Rattacher l’objet d’étude à sa place dans la société

Travailler autour du défi du plastique exigeait que les élèves réfléchissent à la situation dans son ensemble. Ils ont naturellement pris en compte les objectifs de développement durable, définis par les Nations Unies en 2015. Les innovations proposées consistaient à créer un lien social entre les différentes communautés et la chaîne de valeur du plastique, à repenser le rôle des entreprises dans la société et leur potentiel à éduquer, à changer les modes de consommation et à rendre les consommateurs acteurs de la transition.

A la suite d’une présentation, les projets ToyTech et BiteME ont été sélectionnés par le public via un vote en ligne. Le premier propose une alternative à la production de jouets en plastique par le biais de kits de construction créatifs, le second vise à remplacer les gobelets en plastique.

En plus de stimuler la discussion et la pensée créative pour résoudre les défis présentés en classe, le cours a sensibilisé les élèves à leur propre utilisation du plastique. Le point de départ d’une réflexion globale sur nos propres impacts et les moyens d’y remédier.

Propos recueillis par Aline Polipowski, responsable de projets pédagogiques, Audencia