Stéphane Diagana

Premier champion du monde d’athlétisme masculin français sur 400 mètres haies durant l’été 97, Stéphane Diagana a su concilier les exigences des études et d’un haut niveau sportif pour obtenir un DUT de biologie appliquée, puis un diplôme de l’ESCP Europe en 2004, quelques semaines avant sa retraite sportive.

Pourriez-vous revenir sur toutes ces années où vous avez mené de front carrière sportive et études supérieures ?
Après avoir obtenu mon Bac C, j’ai eu l’opportunité de suivre des études scientifiques à l’IUT de Créteil (ex-Paris 12). L’université était toute proche de l’Insep de Vincennes que j’avais intégré en septembre 1988 où je m’entrainais.
C’est la première fois que mes études ont été aménagées, en 4 ans au lieu de 2, ce qui m’a permis d’obtenir mon DUT de biologie appliquée dans les industries agro-alimentaires. Pour poursuivre en école d’ingénieurs, il aurait fallu que j’aille à Lyon, loin de l’Insep et de mon entraineur Fernand Urtebise. C’est pour cela que j’ai interrompu mes études de 1994 à 1998.
Justement, en 1998, alors que vous êtes à l’apogée de votre carrière, un an après avoir été sacré champion du monde du 400 mètres haies à Athènes, vous décidez d’intégrer l’ESCP Europe. Pourquoi ce choix ?
Après un tel break, il me semblait difficile de rentrer tardivement sur le marché du travail, surtout dans le secteur de la recherche ! Et puis mes goûts avaient changé, mes perspectives d’après-carrière sportive aussi. J’ai alors envisagé une formation assez large en ESC, de type « management et stratégie » qui ouvre à la création d’entreprise. En fait, l’entrepreneuriat ressemble beaucoup à l’aventure sportive. On est un peu seul à croire à son projet au début, il faut constituer une bonne équipe autour de soi, puis avancer quelque soit l’environnement qui n’est pas toujours facilitateur… Là encore, l’ESCP Europe était proche de l’Insep, j’ai eu un très bon accueil et pu bénéficier d’un réel savoir-faire car je n’étais pas le premier athlète de haut niveau accueilli dans leurs murs. De plus, j’avais la chance d’avoir mes études financées par une entreprise, Danone, et de pouvoir les « étaler » sur cinq ans et demi avec des aménagements très souples. Je n’ai pas hésité un instant !
Concrètement comment cela s’ est passé pour vous à l’ESCP Europe de 1998 à 2004 ?
C’est une question d’organisation. Il faut accepter de ne pas être à 50/50 tout le temps. Il faut s’adapter et cela est possible si l’athlète, l’entraineur et les professeurs comprennent et jouent le jeu. Il y avait déjà des solutions d’e-learning, mais pas aussi développées qu’aujourd’hui. J’avais aussi des compagnons d’entrainement qui poursuivaient des études durant les stages et ne passaient pas leur temps derrière la console de jeu… Cela aide et crée une dynamique de groupe ! Avec le recul, je pense que la poursuite des études m’a apporté un équilibre et permis d’être performant sur le plan sportif.
Quels conseils pratiques pourriez- vous donner aux sportifs de haut niveau pour préparer leur reconversion ?
Il faut essayer de garder l’idée de reconversion en fil rouge dans sa tête pour ne pas se réveiller au dernier moment en fin de parcours ou sur blessure grave. Certes, on a dix ans de sport devant soi, des revenus, des sponsors… Mais si on laisse en friche durant toutes ces années ses capacités à apprendre, à formuler des raisonnements, à écrire et synthétiser, tout devient beaucoup plus compliqué lorsqu’on doit s’y remettre. Il faut au moins se former sur tous les savoirs indispensables à la vie d’un sportif professionnel pour ne pas tout déléguer aux autres sans savoir. Le sportif qui a un palmarès et une notoriété n’a pas nécessairement besoin d’un diplôme, mais surtout de compétences !
B. B.