Gilles Amado, professeur émérite en psychosociologie à HEC s’interroge sur les leviers de la communication dans les groupes humains. Au sein de l’entreprise, il a observé que la communication au sein des groupes d’analyse de pratiques métier est plus aisée et sincère avec un réel impact sur l’efficacité dans le travail.

 

 

Amado Gilles © HEC Paris

Amado Gilles © HEC Paris

Depuis plusieurs années, on voit émerger dans les entreprises des groupes d’analyse de pratiques métiers transversaux, dont tant les thèmes de travail que le type de relations diffèrent de ceux qui priment dans les équipes de travail fondées sur la hiérarchie. « Les groupes et les échanges se concentrent autour de ce que les membres ont de commun (l’activité, le métier, la fonction). Dès lors que l’on parle travail et non pas relations interpersonnelles, on se rend compte que ces relations vont justement mieux. » Ces groupes tournés sur eux-mêmes permettraient donc de mieux appréhender ce qui se passe sous la réalité du travail.

 

L’efficacité via la transgression
L’intérêt des échanges dans ces groupes est qu’ils s’expriment en dehors de toute hiérarchie, donc sans risque et plus librement. « On ne pourra jamais anticiper un imprévu lié au contexte de travail. Pour réaliser les prescriptions de la hiérarchie, les gens inventent donc, transgressent pour le bien du travail et des organisations. Bien souvent, une personne qui transgresse n’ose pas en parler, et pense être seule à faire ainsi. Dans ces groupes, les membres partagent un objectif et des valeurs communs, coopèrent en mutualisant les façons de faire, évoquent librement la manière dont ils ont adapté les prescriptions, ce qu’ils ont inventé pour être performants. »

 

Leçon de management
« La communication est efficace à condition qu’il n’y ait pas de compétition interpersonnelle dans le groupe de praticiens » nuance le professeur. On retomberait alors dans le contexte de relations et de communication qui s’exercent  traditionnellement dans des équipes hiérarchisées.« Je dis souvent à mes élèves que pour bien manager il faut accepter de ne pas tout savoir et de ne pas tout contrôler. A ce titre, je suis convaincu qu’en augmentant l’interaction entre les gens d’un même métier, on augmente les compétences professionnelles et donc la qualité du travail. Ces échanges entre personnes qui se comprennent et s’enrichissent mutuellement, sont aussi très positifs pour diminuer le stress et donc l’absentéisme. »

 

Lutte contre le stress
Diminuer le stress est devenu un enjeu majeur dans les entreprises. « Le stress en milieu professionnel tient à la fois à l’organisation du travail et à une résonance subtile avec l’histoire personnelle de chaque individu. On peut toujours dire que les gens ne sont pas motivés. Or, ,c’est justement parce qu’ils le sont, veulent bien faire et que les organisations les conduisent de plus en plus à bâcler le travail, qu’on observe que les travailleurs sont dans une situation de solitude, de fragilité, de culpabilité de ne pas se sentir au niveau. Former des groupes d’analyse des pratiques permet de créer de la solidarité, des échanges sur la manière de faire. La coopération est à l’ordre du jour. Mais il ne faudrait pas penser que les groupes d’analyse des pratiques sont susceptibles de colmater les carences éventuelles du management et de l’organisation du travail. » Gilles Amado nous propose de développer une intelligence rusée, celle de la déesse grecque Mètis, une intelligence pratique située dans une action, afin de nous adapter et trouver les solutions pour travailler autrement.

 

La 5e édition de l’ouvrage de référence « Dynamique des communications dans les groupes », de Gilles Amado et André Guittet, est parue en 2010 aux Éditions Armand Colin. La 1ère édition a été publiée en 1975. Les auteurs y abordent une question qui nous touche tous et dans tous les aspects de nos vies, en faisant référence aux théories cognitiviste, psychologique, anthropologique, psychanalytique, et linguistique.

 

A. D-F