Bien plus qu’un concept, la Responsabilité sociétale de l’entreprise (RSE) est devenue un élément clé sur lequel il faut compter durablement. Les ingénieurs l’ont bien compris en mettant ces questions sociales et environnementales au cœur de leur formation.

Dans notre monde globalisé ou le consommateur plébiscite dans sa vie quotidienne une approche responsable, humaine et durable des acteurs économiques qui l’entourent, les dirigeants et leurs collaborateurs ne peuvent échapper à la réflexion sur l’application de la Responsabilité sociétale de l’entreprise (RSE). L’époque n’est plus à la sensibilisation. Désormais, les entreprises sont pressées d’intégrer les préoccupations sociales, environnementales et économiques dans leurs activités et d’interagir avec leurs parties prenantes. Initiée par les instances internationales et les citoyens-consommateurs, la RSE est progressivement devenue un enjeu stratégique pour les entreprises, avec une implication variable selon leur taille et secteurs d’activités. Si pendant longtemps, le mot ingénieur pouvait difficilement être associé aux questions éthiques, philosophiques et au développement durable, l’heure est au réveil des consciences. Christelle Didier, maître de conférence à l’Université catholique de Lille, a longtemps enseigné la RSE et l’éthique professionnelle aux ingénieurs des grandes écoles (Mines de Douai, Centrale Lille, Polytech’Orléans…). Pour elle, la façon d’envisager la RSE a évolué positivement depuis quelques années : « En 2005, le réseau Alliance pour la responsabilité sociale des entreprises, m’a chargé de faire un état des lieux sur la formation à la RSE dans l’enseignement supérieur. À l’époque, c’était pour le moins chaotique. Certes, les écoles faisaient venir des conférenciers pour parler d’éthique ou de développement durable, mais rien n’était vraiment structuré. Tout dépendait de la singularité du ou des professeurs. Aujourd’hui, il y a une manière d’appréhender cette notion beaucoup plus partagée. Les grandes écoles ont compris que la RSE n’est pas une mode, mais une transformation profonde des paramètres sur lesquels les ingénieurs doivent s’appuyer pour raisonner et décider. »

 

« Une transformation profonde des paramètressur lesquels les ingénieursdoivent s’appuyer pour raisonner et décider »

Le mariage de l’intérêt et de la vertu
La plupart des grandes écoles ont compris que la RSE est une version pragmatique de l’éthique des affaires et proposent des formations centrées sur des aspects de hautes technologies moins énergivores, la protection de l’environnement ou l’éthique managériale. Pour Christelle Didier, si la formation scientifique est essentielle, les cours d’éthique ont le mérite d’apprendre aux futurs ingénieurs à travailler de façon juste et responsable et à disposer d’une marge de manœuvre professionnelle plus vaste. « L’essentiel, assure-t-elle, c’est que les ingénieurs arrivent sur le marché du travail en ayant à l’esprit que la RSE fait partie des paramètres qui comptent. Faire de la bonne technologie rentable oui, mais avec une préoccupation pour les questions sociales et environnementales plus forte que par le passé. C’est dans ce cas seulement que l’intérêt et la vertu se rejoignent. »Si l’experte reconnaît que la version américaine de la RSE se veut plus libérale et au cas par cas, elle défend la RSE façon « french touch » qui valorise le développement durable dans toutes ces facettes. Et de rappeler que la RSE est un champ qui demande de la transversalité et du dialogue entre les disciplines. L’enjeu de ces prochaines années pour les ingénieurs sera de réussir ce pari.

F.B