Philippe Lambinet (Supélec 79), PDG et co-fondateur de Cogito Instruments, invite les ingénieurs à prendre part à la révolution technologique qu’est l’intelligence artificielle.

 

En quoi consiste votre technologie révolutionnaire ?

C’est un domaine complètement nouveau car il ne s’agit pas de programmer des machines, mais de leur donner la capacité d’apprendre. J’étais à Supélec dans les années 70, à l’époque où l’on est passé de la logique câblée aux microprocesseurs. C’était déjà une grande avancée car on a vu arriver la machine programmable. Aujourd’hui, nous vivons une révolution via la machine à apprentissage. Notre singularité, c’est notre capacité à affiner l’apprentissage de la machine pendant qu’elle travaille via notre produit, le CI9120. Cette technologie a été en développement pendant de nombreuses années, mais Cogito a été créée pour la transformer en produit et la commercialiser.

 

Être président d’une start-up, ça change quoi ?

En tant que dirigeant, il faut avant tout avoir une vision cohérente qui comprend les aspects marchés, produits, économiques, technologiques et humains afin de les communiquer simplement. Pour être un stratège d’entreprise, il faut être capable de faire des choix et de prendre des risques pour faire de cette vision une réalité. Mon expérience est un avantage, j’ai vu beaucoup de choses qui ont marché et d’autres pas du tout. On apprend beaucoup de ses erreurs. Cela permet une prise de risque plus contrôlée.

 

Quel management déployez-vous ?

Dans ses équipes, il faut marier des backgrounds différents donc des gens d’expérience et des jeunes qui sont plus rapides et qui prennent des risques. Je suis très content quand il y a des désaccords avec mes collaborateurs. Dans les grands groupes, le consensus est forcé par la hiérarchie. Dans une start-up, l’autorité hiérarchique n’a aucune importance, c’est l’autorité du savoir et des bonnes idées qui compte. J’ai vécu la grande société donc je peux dire sans hésiter que «  Small is beautiful » ! Le fait d’être peu nombreux est un avantage car on est beaucoup plus efficace. D’autant que nous travaillons en bonne intelligence avec le tissu des petites sociétés locales autour de Genève et que nous sommes proches de Grenoble, un très bon terreau d’ingénieurs.

 

Comment recruter alors que cette technologie n’est pas encore enseignée ?

Dès la rentrée, nous irons à la rencontre des écoles et des universités pour initier des programmes d’enseignements et de recherche. Cela fait partie de notre plan stratégique. C’est un domaine complètement nouveau qui va croître très vite. À l’avenir, Supélec devra former les étudiants aux bonnes méthodologies pour enseigner aux machines. Nous allons d’ailleurs embaucher dès l’an prochain pour réaliser nos futurs produits. Nous recherchons des gens avec une grande ouverture d’esprit et qui apprennent vite.

 

Votre conseil aux ingénieurs ?

Multiplier les expériences dans de petites entreprises ou des grands groupes, en France ou à l’étranger, technique et managériale. Ces changements de carrières donnent une expérience plus large et permettent de comprendre d’autres points de vue que les siens. La monoculture est contre productive.

Contact : p.lambinet@cogitoinstruments.com

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