Plus que pour tout autre, il est important lorsque l’on parle de Claudine Herma nn de l’appeler Professeur e Herma nn. Normalienne et physicienne, elle fut la première femme nommée professeure à l’Ecole polytechnique… en 1992.

Claudine Hermann

Claudine Hermann

Claudine Hermann se dit féministe « modérée. Souvent les jeunes filles me demandent si je suis féministe. Si être féministe c’est vouloir que les femmes trouvent leur juste place dans la société, oui ! » Faire des études ou travailler n’est pas une question pour cette fille de pharmacienne et de financier. « Ma mère m’a inspirée. Elle était l’une des rares femmes diplômée de sa génération et était très engagée. » Désireuse de devenir enseignante dans le secondaire, c’est une amie qui lui parle de la filière prépa/Normale Sup. Elle est reçue à l’Ecole Normale Supérieure de Jeunes Filles (dite de Sèvres), y passe son agrégation avant d’y enseigner.

 

Surprise d’être la première femme professeure !
« Après ma thèse de 3e cycle à l’ENS, c’est ma responsable d’enseignement qui m’a encouragée à poursuivre par une thèse dans un laboratoire de Polytechnique.» Elle y enseignera 12 ans sur un poste équivalent à professeur 2e classe d’université avant de se présenter à un poste de professeur (équivalent 1ère classe). Sa nomination au premier tour signe la reconnaissance de son travail, d’autant qu’un homme était préconisé… « Un homme n’aurait pas attendu 12 ans pour postuler, mais la manière dont les dossiers étaient présentés laissait penser que seuls de potentiels Nobel pouvaient candidater ! Mais il faut aussi de bons enseignants et pédagogues, dévoués à leurs élèves. J’ai été surprise d’être la première femme professeure depuis 1794 – je ne m’étais jamais posé la question – et de susciter tant d’attentions et de remous ! »

 

Pour Christian Margaria, si elle était un animal, « elle serait le croisement d’un écureuil, petit animal très actif, et d’un buffle, capable de faire bouger les murs et tomber les barrières ! » Une efficacité confirmée par Colette Guillopé. « Elle sait faire en sorte que les gens travaillent ensemble et apporte des réponses simples et concrètes. »

 

Pionnière
Ces réactions lui mettent la puce à l’oreille et elle décide d’inviter à sa fête de nomination la présidente de l’association des Femmes françaises diplômées de l’université d’alors et directrice adjointe de l’ENS Fontenay-aux-Roses, Huguette Delavault. « C’est elle qui m’a appris le ‘‘métier’’ de l’engagement féministe ! » Les deux femmes ont interpelé les autorités en publiant les premières statistiques sur les filles en CPGE scientifiques et les filles en grandes écoles scientifiques.

 

Devenue un symbole
Claudine Hermann est une des créatrices en 2000 de l’association Femmes & Sciences. « C’est une personne ouverte et facile d’accès, témoigne Colette Guillopé, professeure à l’université Paris-Est Créteil qui a participé à la création de l’association Femmes & Mathématiques. Elle est excellente oratrice et sait capter l’attention des jeunes. Cela tient à ce qu’elle est un symbole dans un milieu qui reste largement masculin. Elle a ouvert la voie. » C’est aussi parce qu’elle est « la personne incontournable lorsque l’on s’intéresse à la cause des femmes » que Christian Margaria la contacte en 1997 alors qu’il est directeur de Télécom Sud-Paris. « J’apprécie la rigueur de Claudine, le fait qu’elle appuie son action sur des statistiques. Elle est remarquable et très convaincante. »

 

Lobbying
Claudine Hermann élargit son engagement au sein d’un groupe d’experts de la direction recherche de la Commission Européenne jusqu’en 2005. En 2009, elle prend la vice-présidence de l’EPWS (European Platform of Women Scientists) qui regroupe une centaine d’associations et 12 000 femmes scientifiques. Son défi : préparer des propositions pour le programme cadre Horizon 2020, « pour que l’on n’oublie pas des femmes scientifiques ! »

 

L’anecdote
Christian Margaria était présent au MESR lorsque Claudine Hermann a reçu les insignes de Commandeur de la Légion d’Honneur. « Toute sa famille était présente et c’est la seule fois où j’ai vu autant d’ambiance au ministère ! »

 

A. D-F

 

Contact : www.femmesetsciences.frwww.epws.org