Un an quasiment jour pour jour après la publication de la circulaire du 31 mai 2011, dite circulaire Guéant, qui compliquait l’accès au statut de salarié pour les étudiants étrangers, et quelques mois après la création d’une deuxième circulaire, en janvier 2012, le Journal des Grandes Écoles a recueilli quelques témoignages…

Zeinab Ben Slimane, porte-parole du Collectif du 31 mai

Quelle est l’origine du collectif du 31 mai ?
Le mouvement est né en septembre 2011 (le temps que la circulaire soit appliquée et qu’elle ait des retombées), au départ parce que des étudiants étrangers ont réalisé qu’il y avait un problème avec cette circulaire. Par la suite des Français également se sont joints à eux, pour les aider dans leurs démarches. Nous sommes à peu près une quinzaine de personnes actives mais dès que nous avons besoin de plus de monde, des volontaires nous aident.

Quelle était la situation pour les étudiants étrangers avant la circulaire du 31 mai 2011 ?
Ils devaient répondre à certains critères pour être embauchés : bien correspondre au poste, être payés au moins 1,5 fois le SMIC et posséder un diplôme en adéquation avec l’emploi. L’entreprise devait montrer qu’il n’y avait pas une personne française avec les mêmes diplômes, les mêmes compétences qui aurait pu avoir le poste.

Qu’est-ce qui a changé avec la circulaire du 31 mai ?
La circulaire a été signée pour limiter l’immigration professionnelle et baisser le chômage en France. Mais nous nous sommes rendu compte que le texte était assez ambigu et que du coup les pratiques au sein des préfectures et vis-à-vis de la main d’œuvre étaient très arbitraires.

Quelles modifications la nouvelle circulaire de janvier 2012 a-t-elle apportées ?
Elle a été écrite pour changer les choses et permet donc le réexamen des dossiers. Or, on se rend compte qu’il y a toujours des imperfections : il y a des réexamens qui ne sont pas faits, des obligations de quitter le territoire qui sont mises en place, il y a toujours une divergence des pratiques entre les préfectures et les délais sont toujours aussi longs. Du fait de la complexité des procédures, les entreprises se lassent et abandonnent de plus en plus les diplômés.

Le collectif du 31 mai est-il satisfait par cette nouvelle circulaire ?
Nous sommes satisfaits relativement parce qu’il y a des personnes qui peuvent faire un réexamen mais il y en a qui ne peuvent pas. Finalement il y a encore des soucis pour un très grand nombre d’étudiants.

Quelles sont vos revendications ?
La principale, c’est l’abrogation de la circulaire. Ensuite, que l’on mette en place des critères bien précis, bien clairs qui soient applicables au niveau national. Et que soit rédigé un texte en présence de toutes les parties prenantes. Le problème avec cette circulaire, c’est qu’elle touche non seulement les étudiants mais aussi leurs entreprises, les établissements de l’enseignement supérieur français (on a déjà enregistré une baisse des inscriptions), …

 

Thierry Marchal Beck, président du Mouvement des Jeunes Socialistes :

Au-delà de l’aberration, c’est l’exemple typique de l’hérésie de la politique du chiffre. On recherche le chiffre pour le chiffre et on en oublie les à-côtés. Si les autres pays dans le monde faisaient cela avec les étudiants français, ce serait une perte de richesse pour l’économie française.

 

Benjamin Lancar, président des Jeunes Populaires :

C’est un texte qui a suscité beaucoup d’inquiétudes, qui a provoqué des situations injustes donc je pense que cette nouvelle rédaction va dans un meilleur sens. Je maintiens que bien sûr il faut qu’on ait une maîtrise de notre immigration mais en même temps je pense que c’était une ineptie économique de former des gens et de leur dire de partir. Et en plus c’est contradictoire d’avoir fait un énorme travail d’attractivité du territoire via la réforme de l’université, via nos grandes écoles et puis après d’envoyer ce genre de message.

 

Pierre Aliphat, délégué général de la Conférence des Grandes Écoles

L’effet général de la nouvelle circulaire de janvier 2012 est positif avec cependant des disparités suivant les lieux. Le nombre de cas à traiter est très concentré en Île de France. Donc oui cela a évolué positivement mais les dégâts sur l’image de la France dans son accueil des étrangers seront certains.

 

Claire Bouleau
Twitter @ClaireBouleau