Du trésor à l’UE en passant par le ministère des Finances, CHRISTIAN NOYER a aussi été vice-président de la BCE. Formé en droit, à Sciences Po puis à l’ENA, il est depuis 2003 le GOUVERNEUR DE LA BANQUE DE FRANCE. Son parcours unique a eu un impact réel sur la vie des concitoyens, des entreprises et le bon fonctionnement de son pays. Passionné par son métier, il nous présente une institution indépendante dont les missions sont primordiales pour la stabilité financière de la France et pour préparer son avenir.

 

Christian Noyer, Gouverneur de la Banque de France depuis 2003 © Marthe Lemelle

Christian Noyer, Gouverneur de la Banque de France depuis 2003 © Marthe Lemelle

Quelles sont les missions de la Banque de France ?
La Banque de France, qui a certes pour actionnaire unique l’État français, n’est pas l’un de ses services. Au sein d’un ensemble de type fédéral, l’Eurosystème, la Banque de France, banque centrale indépendante, participe avec la Banque Centrale Européenne (BCE) et les autres banques centrales nationales (BCN) à garantir la stabilité des prix dans la zone euro. C’est la mission primordiale que leur assigne le Traité. La Banque de France assume aussi, dans ce même cadre, l’émission et la circulation de la monnaie fiduciaire dans notre pays. Le Conseil des gouverneurs de la BCE – dont je fais partie en tant que Gouverneur de la Banque de France – prend les décisions de politique monétaire pour l’ensemble de la zone euro ; à charge ensuite pour chaque BCN de les mettre en oeuvre dans son pays. La Banque de France participe également au maintien de la stabilité financière, qui est d’ailleurs nécessaire à la bonne transmission de la politique monétaire. Cela se fait au travers de la supervision des banques, des compagnies d’assurance et des mutuelles par l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), qui est adossée à la Banque de France et présidée par le Gouverneur de cette dernière. Depuis la mise en place du Mécanisme de supervision unique (MSU) en 2014, instauré dans le cadre de l’Union bancaire européenne, la supervision bancaire se fait aussi – comme la politique monétaire – dans un cadre européen, sous l’égide de l’Autorité bancaire européenne et de la BCE. Mais la stabilité financière s’obtient également par la surveillance des infrastructures de marché, des systèmes et moyens de paiement ainsi que par des analyses et propositions portées dans de nombreuses enceintes internationales, notamment celles chargées de la régulation financière aux niveaux européen et mondial. Autant de missions imparties à la Banque de France. Enfin, la Banque de France est en charge de missions au service de la collectivité nationale comme le traitement du surendettement des ménages, la médiation du crédit pour accompagner les entreprises dans leur relation avec leur banquier, ou encore la tenue des comptes du Trésor public.

 

Pouvez-vous illustrer l’impact de vos actions dans ce cadre ?
En matière de politique monétaire, nous sommes l’un des principaux acteurs européens du programme d’assouplissement quantitatif qui a débuté le 9 mars dernier, à la fois en termes de volume et de catégories d’actifs (obligations souveraines et supranationales, covered-bonds, asset-backed securities, etc.).  Autre exemple, pour ce qui est de la supervision prudentielle, nous avons mené l’an dernier, avant la mise en place de l’Union bancaire, une évaluation des actifs bancaires d’une ampleur sans précédent. Cet exercice a constitué un véritable défi, qui a nécessité la mise en oeuvre de moyens considérables au sein de l’ACPR et du Contrôle général, mobilisant jusqu’à 800 personnes à certaines périodes. Je citerai aussi, bien sûr, notre grande proximité avec le tissu économique français – puisque nous cotons environ 250 000 entreprises – nous permet de jouer un rôle de vigie, en assurant un suivi de la situation économique en France, ce qui constitue également une source d’informations précieuse pour la définition de la politique monétaire à Francfort.

 

Comment la politique monétaire soutient-elle la France pour préparer son avenir ?
Depuis le début de la crise, toutes les grandes banques centrales ont joué un rôle crucial pour soutenir les systèmes bancaires et financiers, en fournissant toutes les liquidités nécessaires, et redonner confiance aux acteurs économiques, y compris aux investisseurs. Aujourd’hui, grâce à nos choix de politique monétaire, notamment de baisse des taux à un niveau proche de zéro et de rachats de titres, nous soutenons la reprise dans toute la zone euro et bien sûr en France. Celle-ci bénéficie en particulier de la baisse du taux de change de l’euro. Dans le même temps, nous exhortons les États à réduire leurs déficits publics et à engager des réformes structurelles sans lesquelles la politique monétaire que nous menons ne saurait produire tous ses effets.

 

Quel message voulez-vous adresser aux étudiants sur les attraits du secteur, et en tant que futurs acteurs ayant un fort impact sur l’économie et la société ?
Je leur dirais que les métiers des banques centrales sont passionnants car nous intervenons sur une grande diversité de sujets : les analyses économiques et monétaires, les opérations de marché – la Banque de France a d’ailleurs une salle de marchés particulièrement dynamique –, le suivi des risques macro-prudentiels, la supervision des banques, assurances et mutuelles… J’ajouterai que la Banque de France offre également l’opportunité de carrières internationales, avec des détachements sur les grandes places financières étrangères, ainsi qu’au sein d’institutions majeures telles que le FMI, la BCE ou la BRI.

 

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans l’exercice de votre métier ?
J’ai vécu des périodes passionnantes en tant que banquier central : par exemple, lorsque j’étais vice-président de la BCE au moment de la création de l’euro. Tout était à faire, rien n’était acquis. Ou encore lors de la crise financière de 2008. L’action des banques centrales a alors permis de sauver le système financier et de réduire l’impact économique de la crise. De façon plus générale, et même dans des circonstances moins dramatiques, les sujets sur lesquels nous intervenons, les débats que nous conduisons, sont d’autant plus intéressants intellectuellement qu’ils peuvent souvent avoir des conséquences concrètes sur la vie des citoyens. Enfin, de façon plus anecdotique, c’est un métier qui implique de fréquents déplacements. J’ai ainsi pu rencontrer des personnalités remarquables et côtoyer des cultures différentes.

 

Un dernier conseil aux plus jeunes sur une qualité personnelle ou une expérience qui leur serait utile pour apporter la meilleure contribution dans leur métier et s’y épanouir ?
Gardez les yeux ouverts ! Vous qui êtes encore à une époque de votre vie où tous les choix sont possibles, ne réduisez pas vos champs d’action, restez ouverts au monde ! C’est, de mon expérience personnelle, cet enrichissement humain et intellectuel qui m’a permis de rester, aujourd’hui encore, passionné par mon métier.

 

LE SAVIEZ-VOUS ?
Avec un stock d’or de 2 435 tonnes, la banque de France se situe au 4e rang mondial en termes de réserves publiques, derrière les États-Unis, l’Allemagne et l’Italie. Elle est le premier fabricant de papier monnaie et le premier imprimeur en euros de la zone euro. Pour 2014, son résultat avant impôts s’élève à 4,8 milliards d’euros. Elle verse plus de 2 Mds€ au titre de l’impôt sur les sociétés, et un montant similaire de dividendes à son actionnaire l’Etat.

 

A.D-F