Christian Lerminiaux a présidé la CDEFI durant 3 ans.

Après 3 ans à la tête de la CDEFI, Christian Lerminiaux quitte ses fonctions. Bilan et perspective.

Directeur de l’UTT pendant 10 ans, Christian Lerminiaux a d’abord été VP recherche de la CDEFI avant d’en prendre la tête de la Conférence des Directeurs des Ecoles Françaises d’Ingénieurs. « J’ai toujours considéré que le rôle de la CDEFI est pluriel, bien qu’initialement la Conférence ait été créée pour défendre les écoles d’ingénieurs. »

Christian Lerminiaux s’est ainsi attelé à de nouvelles ambitions. Il s’est d’abord attaché à faire en sorte que les écoles d’ingénieurs se sentent part d’une communauté. « Cela a été un de mes grands défis car au départ la CDEFI était composée d’écoles du ministère de l’enseignement supérieur auxquelles se sont ensuite jointes des écoles des ministères techniques puis des écoles privées. »

La CDEFI assure en outre la valorisation du diplôme d’ingénieur et du rôle de l’ingénieur dans la société, la technologie, l’économie. La promotion du diplôme d’ingénieur se comprend aussi dans la perspective de l’ouverture sociale. « Il faut être réaliste, jusqu’à il y a 10 ans, beaucoup de jeunes pensaient que ces écoles étaient réservées aux enfants venus de milieux favorisés. Or, notre enjeu est d’attirer les bons étudiants, quelles que soient leurs origines sociales. » Fruit des actions de promotion et d’ouverture, la hausse des candidatures est continue depuis 5 ans. « Il ne s’agit pas de cesser nos efforts. La CDEFI doit rester engagée pour faire savoir toujours plus largement les vertus et mérites du diplôme d’ingénieur ; surtout qu’il offre de réels et attractifs débouchés professionnels. » Avec 34 000 diplômés par an, les écoles d’ingénieurs forment 1/4 des diplômés de grade master en France.

La CDEFI a gagné en légitimité

La 4e mission voulue par Christian Lerminiaux lui tient très à cœur. Il a souhaité une CDEFI légitime pour s’exprimer sur les sujets de l’enseignement supérieur non directement liés aux écoles d’ingénieurs. De fait, la Conférence est devenue un interlocuteur de référence des ministères et institutions. « Notre expérience justifie cette légitimité, elle peut et doit être utile à d’autres composantes de l’enseignement supérieur. Ainsi, nous avons des choses à transmettre sur la sélection. L’objectif étant de pratiquer une orientation sélective afin que chaque étudiant soit orienté vers la formation qui lui correspond et que les établissements alignent un nombre de places relatif aux opportunités professionnelles à la sortie. »

Relations écoles/entreprises, tout reste à faire

Christian Lerminiaux porte un regard particulier sur les relations écoles/entreprises. Il a en effet travaillé 14 ans dans l’industrie technologique. « D’un part je pense qu’il est important de varier les angles de vue durant une carrière, et d’autre part, j’estime que pas assez de responsables et enseignants-chercheurs d’établissements, sont réellement au fait de l’entreprise. Il faut y avoir travaillé pour comprendre ses ressorts, enjeux et surtout ses besoins réels. Car en tant que formateurs de « matière grise », notre mission est de préparer des ingénieurs « utiles » à l’entreprise. »

Outre d’être un levier pédagogique, cette connaissance intime des attentes et enjeux de l’entreprise est aussi pour le président, un levier financier encore largement sous-exploité par les écoles. « Je crois que les entreprises sont partantes pour contribuer plus largement au financement des études de leurs futurs collaborateurs, mais qu’elles ne sont pas sollicitées de manière appropriée et stratégique. » Les écoles d’ingénieurs pourraient donc être beaucoup plus proches des entreprises pour un travail en commun sur la formation et l’évolution des compétences dont elles ont besoin, mais aussi de la recherche, « nous pouvons faire mieux même si la recherche partenariale est le point fort des écoles d’ingénieurs. Nous devons notamment mieux accompagner les PME, cœur de l’emploi en France, à mieux anticiper et intégrer les technologies de rupture. »

A la recherche d’un nouveau modèle financier

« Le vrai débat national qu’il faudra(it) engager est de savoir quelles dépenses publiques la France veut consacrer à l’enseignement supérieur. Une fois d’accord sur le montant, la seconde question est de savoir qui paye et selon quelles modalités. » Trois acteurs financent l’enseignement supérieur : les pouvoirs publics ; les étudiants et leurs familles et l’étudiant devenu diplômé ; les entreprises. L’Etat ne peut manifestement plus être sollicité d’avantage, restent donc les étudiants/diplômés « pour lesquels il faut une évolution culturelle qui les amèneraient à considérer qu’ils doivent redonner à l’institution qui leur a permis de réussir leur carrière » ; et les entreprises « à l’égard desquelles les écoles doivent être plus à l’écoute, mieux valoriser (au plan financier) ce que nous pouvons faire ensemble et la qualité de nos formations, leur adéquation avec leurs besoins. Reste une grande question, est-ce que la communauté académique est prête à assumer ce soutien, à considérer que leurs préoccupations de création de savoirs sont proches de celles de l’entreprise ? »

http://www.cdefi.fr/

A. D-F

Arrivé à la fin de son mandat de directeur de l’UTT, Christian Lerminiaux quitte logiquement la présidence de la CDEFI, réservée à un directeur en exercice. C’est son premier VP Jean-Marie Chesneaux, directeur de Polytech Paris-UPMC, qui prend la présidence jusqu’à l‘organisation d’élections d’ici à mai 2015. De son côté, Christian Lerminiaux s’est porté candidat pour la présidence de l’Université Paris-Saclay. Le processus de sélection parmi les 5 candidats déclarés est en cours.