Il est de renommée publique que certaines grandes écoles imposent des frais de scolarité très élevés (35 700 € pour un Master Grande Ecole à HEC). Un montant considérable justifié par le raisonnement suivant : le retour sur investissement espéré à la sortie de l’établissement compensera largement la somme initiale engagée. « Les frais de scolarité pour l’ensemble du programme à ESCP Europe ne représentent pas plus de 6 à 7 mois de salaire moyen du premier emploi d’un étudiant diplômé », peut-on lire sur le site internet d’ESCP Europe.

Money, money, money…
L’enquête insertion des jeunes diplômés 2011 réalisée par la Conférence des Grandes Écoles sur la promotion 2010 s’avère rassurante : le salaire des ingénieurs ,tout comme celui des managers est supérieur à celui de l’année précédente. «L’enquête note une réelle embellie après deux ans de dégradation des principaux indices analysés » déclare Bernard Ramanantsoa, Président de la Commission  « Aval », en introduction du rapport. Ainsi, le salaire annuel brut hors primes est de 32 540 € en moyenne pour les ingénieurs, et de 34 270 € pour les managers. Des montants tout à fait honorables, mais qui restent loin de ceux affichés par les écoles en haut de classement :

HEC                       50 800 €
Polytechnique         50 000 €
ESSEC                  48 851 €
Centrale Paris         47 979 €
ESCP Europe         47 087 €
Sciences Po Paris   37 100 €

 

Un salaire, des profils
Cependant, derrière ce chiffre unique qu’est le salaire, la réalité des faits est complexe et hétérogène.
D’un côté, se trouve une proportion importante d’élèves qui se dirigent vers des secteurs qui offrent des rémunérations élevées, ce qui augmente nécessairement la moyenne des salaires. Ainsi, selon l’enquête de la CGE, les sociétés de conseil, réputées pour garantir des revenus confortables, constituent le premier recruteur à la fois pour les managers et les ingénieurs. 42 % des diplômés de l’ESSEC travaillent ainsi en cabinet de conseil ou en banque, et 27,90 % de ceux de Centrale Paris se trouvent dans un Bureau d’études ou une société de conseil. « Le conseil a vraiment dépassé la banque, la finance et l’assurance et c’est désormais lui qui tient le haut du panier » explique Bérangère Pagès, directeur des relations entreprises d’HEC.
D’un autre côté, les chiffres mirobolants que présente le tableau précédent ne doivent pas faire oublier ces jeunes diplômés atypiques qui choisissent délibérément des parcours plus risqués en termes de salaire (entrepreneuriat, développement durable, carrière artistique, …). Mathieu Lhoumeau, par exemple, diplômé d’une maîtrise de japonais, d’un master en relations internationale, du master Affaires Publiques de Sciences po et du Master Spécialisé Entrepreneurs d’HEC, a décidé de créer son entreprise, Contractlive. « Monter une boîte, pour moi, c’est une mission. Je ne suis pas là juste pour gagner de l’argent. On m’a proposé en janvier 2011 un poste de 60 K et j’ai refusé. Après avoir monté notre société avec mon associé, on ne s’est pas payés pendant un an et demi. Et aujourd’hui on se paye 1000 € net. »
Enfin, des disparités de salaire selon le sexe perdurent, que ce soit chez les ingénieurs comme chez les managers. L’enquête de la CGE révèle ainsi que le salaire toutes primes est de 40 940 € chez les dirigeants contre 35 740 € chez les dirigeantes. Séverine Jauffret, directrice des relations étudiants entreprises de l’ESSEC attire toutefois l’attention sur le fait que « les différences de salaire hommes/ femmes dépendent de la fonction surtout, et aussi du secteur d’activité. » Les femmes vont ainsi davantage s’auto-censurer, ayant tendance à préférer des secteurs moins rémunérateurs comme la communication ou le marketing. A HEC par exemple, 10 % des jeunes diplômées se dirigent vers le secteur de la banque, alors que chez leurs camarades du sexe masculin, ce chiffre est trois fois supérieur. Cet écart selon le sexe augmente lorsque l’on s’intéresse non plus au salaire mais à la rémunération moyenne, qui prend en compte la partie variable (primes, bonus, …). « Les filles ne savent pas négocier les variables » explique Séverine Jauffret, ajoutant qu’il faut « faire prendre conscience aux femmes qu’il y a quelque chose à faire » mais que les choses commencent déjà à changer avec l’apparition d’un débat sur les questions de diversité en entreprise, et la naissance d’associations comme Women Up. Il ne reste plus qu’à attendre les futures enquêtes emploi qui montreront si, vraiment, la situation a évolué.

 

Claire Bouleau
Twitter @ClaireBouleau