Notre petit groupe ayant sympathisé sur un forum* dédié au phénomène envoûtant des aurores boréales, nous décidâmes de tenter notre chance en Laponie en janvier dernier. Nous voici donc rendus, plein d’espoir, au Centre de Montagne de Kiilopää, dans l’extrême nord de la Finlande…
*« aurores polaires » sur Yahoogroupes

Alerte aux aurores…
Il est une heure du matin et dans le chalet en rondins n° 18, une dizaine de personnes jouent au tarot entre piles de vêtements chauds et sacs à dos éventrés. Dehors, il fait -15°C, mais à l’intérieur, boostée par l’élixir local, l’ambiance est nettement plus chaleureuse. Soudain, un mobile résonne. Serait-ce une alerte ?… « Camille : Aurore !!! » hurle quelqu’un. On se jette sur combinaisons, gants et sacs d’appareils photo et court jusqu’à l’endroit où l’horizon est dégagé au Nord, la seule direction qui, ces derniers temps, retienne notre attention.

 

Naissance d’un e Communauté
Quelques jour auparavant, personne ne se connaissait. On avait bien échangé quelques mails pour l’achat d’un billet de groupe, mais on ne s’est vraiment découvert qu’à l’aéroport d’Helsinki en attendant la connexion pour Ivalo, ville la plus nord du pays. Et la première chose que l’on a faite, donc, fut d’échanger nos numéros pour pouvoir se donner l’alerte, au cas où… Ainsi naquit notre « Communauté de l’Aurore » dont le second réflexe, en arrivant, fut de se jeter sur les membres de la Société Astronomique de France arrivés quelques jours plus tôt : « Alors, vous en avez vues ?!!! »

 

Le terrible secret…
« Une petite, oui », répond Philippe, le président de cette illustre institution en nous montrant un montage de photos prises à intervalle régulier et permettant de voir danser l’aurore. Et là, en discutant avec ces spécialistes, nous découvrons le terrible secret des aurores boréales ! Car ces magnifiques draperies vertes et rouges qui enluminent brochures et cartes postales, ne sont pas ce que voit l’oeil humain, mais… ce qu’enregistrent les appareils photos, bien plus sensibles au spectre lumineux. Déception ! Heureusement, quand une aurore atteint une certaine intensité, elle devient, également, visible à l’oeil nu. Tel fut le cas de celle que nous avions aperçu ici même, trois ans auparavant, déployant ses voiles de lumière en un spectacle féérique et vivant qui nous avait renversés dans la neige comme des mômes, glacés, tremblants, heu-reux !

 

En attendant les aurores…
Nous sommes là pour une semaine, avons donc six nuits devant nous et toutes les chances de notre côté puisque le cycle de douze ans régissant l’activité solaire culmine. « Mais… » nous expliquent encore nos ainés, il existe au sein de ce grand cycle de plus petits cycles… aléatoires ! Or, justement, l’activité solaire, en ce moment, est du genre… raplapla. Chacun scrute donc en continu sur son mobile activité solaire ET météo. Parce que même s’il y a une aurore, encore faut-il pour la voir que le ciel soit dégagé ! Et de ce côté-là, c’est nuages, neige et brouillard toutes les nuits…

 

Magie lapone
Heureusement, il n’y a pas que les aurores boréales dans la vie et la Laponie est devenue en quelques années la championne des « activités blanches » : raquettes, ski de fond, motoneige et traîneau à chiens sont proposés partout. On fait donc des ballades en raquettes dans des paysages sublimes d’arbrespieuvres congelés, de lumières de bout du monde où le lever/coucher de soleil dure… 3 heures (impossible de rater sa photo !). Et puis il y a le sauna à fumée à 70 °C d’où l’on saute dans la rivière à 4°C. « Cap ou pas cap ? »… Le traîneau à chiens ? Fabuleux ; le traîneau à rennes relevant davantage du « promène-couillons ». Puis apéro-tarot et longue veille nocturne dehors. Tous ensemble si le ciel promet, juste les équipes de quart (comme sur un bateau), les nuits couvertes.

 

L’année prochaine en Islande
Dans le principe (mais on a vu ce que valaient les principes côté aurores), la saison hivernale 2013/2014 sera encore excellente. Aussi la Communauté de l’Aurore a-t-elle décidé de renouveler l’expérience… en Islande. Parce que même si c’est rare, même si on ne peut rien prévoir, même si et rere-si… quand ça advient, là, sous vos yeux, c’est trop bô !

 

Pour voir des aurores, il faut…
Se trouver au-delà du cercle polaire… Qu’il fasse nuit. Donc le printemps et l’été, c’est râpé (le fameux soleil de minuit)… Que la lune soit aussi discrète (nouvelle) que possible… Eviter la pollution lumineuse (les villes)… Qu’il y ait une aurore ! C’est-à-dire un afflux de particules émises par une éruption solaire.

 

Aurore en vue !!!
Or, le mercredi soir, justement, le ciel promet. On dirait qu’il veut se dégager par le sud et emporter avec lui toute la brouillasse. Et, pour une fois, c’est ce qui se passe. Nos amis astronomes de commenter en direct-live : « Cette grande arche gris-verte qui se forme, là, c’est l’arc auroral » (l’endroit où les particules solaires pénètrent l’atmosphère). En choeur, on répond : « Oohhh !! ». C’est comme un arc en ciel monochrome, verdâtre, mais, sur les appareils photos : d’un vert somptueux ! Avec des voiles qui dansent sur les bords. « Et voici que l’arc se double ». Re « Oohh !! ». Comme ça une grosse demi-heure de partage et mitraillage photos avant qu’une fois de plus les nuages ne gagnent la partie. Il n’y aura pas, hélas, d’autre « fenêtre de tir ».

 

Où ki faut aller ?!…
Cap au Nord sur la Laponie norvégienne ou finlandaise, mais on peut également envisager l’Islande et le Canada. Si vous retenez la Finlande, avion jusqu’à Ivalo, ville sans charme, mais un peu plus bas se trouve donc Kiilopää : décor sauvage et hébergements allant de l’auberge de jeunesse au chalet individuel. (www.suomenlatu.fi). Le top (si on a les moyens), c’est le Kakslautanen, à 6 km, un petit paradis tenu par un mécène : igloos de verre (aurores dans son lit !), chalets et cuisine extras… (www.kakslauttanen.fi)
NB : Aucun souci pour se déplacer en voiture (pneus neige). Etre juste vigilant, les rennes traversent la route à tout moment et… toujours en dehors des clous !