A quelques mois des Présidentielles, la Conférence des Grandes Ecoles (CGE) a dévoilé aujourd’hui ses 24 propositions pour l’Enseignement Supérieur et la Recherche. Objectif affiché : placer les questions d’éducation et d’ESR au cœur des débats afin de faire réussir la jeunesse. Retour sur les 5 leviers proposés par la CGE – Par Clarisse Watine

Remettre l’ESR au cœur du débat public

 Parce qu’elle est synonyme d’emploi, la performance du système d’enseignement supérieur et de recherche est une question d’intérêt général qui se doit d’avoir une place centrale dans le débat public. C’est dans cette optique que la CGE a lancé début 2016 une grande consultation nationale visant à mesurer la perception et les attentes des Français vis-à-vis de l’ESR.

Un constat qui a nourri les 24 propositions formulées par la Conférence des Grandes Ecoles à l’attention des présidentiables aujourd’hui. « Un tel débat sur les changements à opérer pour que tout le système éducatif vise à l’amélioration du niveau de qualification pour le plus grand nombre, tout en favorisant l’épanouissement des apprenants » a d’ailleurs indiqué la Sénatrice du Val d’Oise Dominique Gillot, en introduction.

 

(c) Christian Jacquet

Améliorer la réussite en 1e cycle des études supérieures

 Trois mots-clés s’imposent. L’orientation d’abord, afin d’éclairer et de responsabiliser les étudiants dans leurs choix. Mettre en place plus de formations professionnalisantes ensuite, avec l’objectif de toucher 400 000 étudiants à l’horizon 2025 (soit 2 fois plus qu’aujourd’hui). Développer l’apprentissage enfin. « Ce qui implique bien sûr un changement de paradigme et de culture », indique Anne-Lucie Wack, Présidente de la CGE.

Faire de l’ouverture sociale de l’Enseignement supérieur une grande cause nationale

 Elle ajoute, « L’ouverture sociale doit devenir une grande cause nationale, c’est un enjeu d’équité et d’efficacité. » Une démarche qui passe selon la CGE par le lancement d’un programme national d’égalité des chances, la mise en place d’un fonds dédié à l’ouverture sociale, la création d’un observatoire national de l’ouverture sociale dans l’Enseignement supérieur, l’augmentation du montant et du nombre de bourses et la généralisation de la responsabilité citoyenne dans les cours.

Renforcer les dynamiques d’innovation dans les territoires et l’attractivité internationale du pays

 Par ailleurs, dans un contexte où 24% des moins de 25 ans sont au chômage, le lien entre l’ESR et le milieu économique s’avère plus qu’indispensable pour la CGE. Si une alliance forte avec les entreprises (passant notamment par leur plus grande implication la gouvernance des établissements) est nécessaire, une alliance forte avec leur territoire l’est tout autant. « Il faut améliorer la transformation de startups brillantes en entreprises facteurs de croissance », indique le Vice-président Hervé Biausser. Une croissance qui passe aussi par l’international. En effet, « alors même qu’on devrait compter plus de 265 millions d’étudiants dans le monde en 2025, 2/3 des étudiants français terminent aujourd’hui leur cursus sans expérience à l’international », ajoute-t-il.

 

(c) Christian Jacquet

Doter tous les établissements d’enseignement et de recherche d’une gouvernance et d’une organisation agiles

 Mais tout cela ne peut se réaliser sans plus d’agilité. C’est elle en effet qui permettra de renforcer l’autonomie des établissements (en leur laissant la possibilité de décider de leur stratégie, de leurs alliances et de maîtriser leurs flux d’étudiants par exemple), de simplifier la gouvernance des regroupements de site et des ComUE, d’insérer leur pédagogie dans la modernité et d’encourager la mobilité des étudiants et des enseignants. Un objectif d’agilité qui devrait être renforcé par la création d’une agence d’accréditation des établissements indépendante et paritaire. Sans jamais perdre de vue le but poursuivi par la CGE : non pas forcément emmener tous les étudiants vers le Master ou le Doctorat mais bien vers la meilleure voie de professionnalisation.

Développer un nouveau modèle de financement de l’enseignement supérieur

Mais quid du financement ? Afin de mener à bien ces objectifs, la CGE préconise d’abord la mise en place d’une loi de programmation de l’ESR. Elle appelle aussi de ses vœux un investissement de 200 milliards € supplémentaires sur les 10 prochaines années ainsi qu’une révision du modèle d’allocation des ressources aux établissements publics d’enseignement supérieur. La prise en compte du coût complet de l’apprentissage, la modulation des droits de scolarité en fonction des revenus et la mise en place de frais d’inscription différenciés pour les étudiants étrangers extra-communautaires sont aussi des axes de réflexions à creuser.

Zoom sur…

La question de la sélection ? « C’est un mot qui ne nous fait pas peur car c’est aussi un gage de succès. Mener chacun au maximum de sa formation n’est pas incompatible avec la sélection mais bien une démarche au service de l’intérêt général » indique Jean-Michel Blanquer, Président de la commission Formation. « Ce n’est pas pour autant un but en soi. L’objectif de la CGE est d’être le plus inclusif possible et d’aider chaque jeune à trouver la voie qui lui permettra de réussir », ajoute Anne-Lucie Wack.

(c) Christian Jacquet

(c) Christian Jacquet

 

Pédagogie & modernité ? « Il faut replacer la pédagogie au cœur de l’ESR et lui donner les moyens d’évoluer avec les nouvelles générations d’étudiants et le digital. Cela implique bien sûr d’encourager les enseignants chercheurs à une certaine réflexivité sur les pratiques », affirme la présidente de la CGE. Une dynamique où le lien entre la formation initiale et la formation continue s’avère plus que jamais indispensable.

(c) Christian Jacquet

(c) Christian Jacquet

La réaction des présidentiables ? « On a le sentiment d’une grande différence entre 2017 et 2012 : aujourd’hui, les politiques se saisissent résolument de cette question de l’ESR », affirme Anne-Lucie Wack.

Le saviez-vous ?

Ces 24 propositions collectives émanent des 222 écoles membres de la CGE qui représentent à elles seules 40% des diplômés de grade Master du pays.

Ces propositions vous interpellent ? Réagissez sur la plateforme https://fairereussirlajeunesse.wordpress.com