Le 14 juin, le CESE a adopté en Assemblée Plénière avec 161 votes pour et 2 abstentions, son rapport annuel sur l’état de la France.

Prévu par la loi organique qui régit le CESE, le rapport sur l’état de la France a fait l’objet cette année d’une profonde refonte. Le CESE a fait, en effet, le choix de s’appuyer sur les dix nouveaux indicateurs de richesse retenus par le gouvernement. Complémentaires du PIB, ces indicateurs ont été choisis de manière concertée par France Stratégie et le CESE.
Ils traitent de trois enjeux essentiels, perçus comme tels par les Français : la cohésion sociale, la préparation de l’avenir et la qualité de vie.

Dans un contexte marqué par la persistance d’un climat de pessimisme et de défiance au sein de la société française, les rapporteurs MM. Pierre-Antoine Gailly (groupe des entreprises) et Benedict Donnelly (personnalité associée) au nom de la section de l’économie et des finances, ont choisi de donner à leur rapport, intitulé « Croire toujours en la France », une dimension résolument volontariste.

« Si on aimait la France » : en écho à cette injonction affectueuse de Bernard Maris, assassiné en janvier 2015 pendant la conférence de rédaction de Charlie Hebdo, c’est un regard sans complaisance et passionné sur la France que portent le diagnostic et les préconisations du rapport du Cese.

Les grandes lignes du diagnostic

Repère traditionnel pour établir la santé économique d’un pays, le PIB a progressé en France de 1,3% en volume en 2015, en progression par rapport à 2014 (0,7 %) : un résultat qui pourrait être qualifié d’honorable si la société dans son ensemble en ressentait les effets et en partageait les fruits.

Les dix indicateurs analysés par le CESE obligent à nuancer ce point de vue. Des signes de résistance et d’amélioration sont perceptibles mais leur fragilité ne peut être occultée.

Le sentiment de perte de cohésion sociale est aujourd’hui de plus en plus partagé, en lien principalement avec l’évolution de l’emploi mais aussi avec l’accessibilité aux services publics et l’impact de la révolution numérique.

La manière dont notre pays prépare l’avenir ne porte pas à l’enthousiasme, qu’il s’agisse de son effort de recherche, de la réduction de son empreinte carbone, de la préservation de sa « ressource sol ».

L’importance de notre dette globale et la défiance dans l’avenir contribuent aussi à freiner les volontés d’investissements indispensables.

Au-delà des perceptions individuelles, principalement liées à des facteurs objectifs (emploi, niveau de vie, santé), l’analyse montre la persistance d’un pessimisme spécifiquement français, qui est d’abord l’expression d’une inquiétude sur le présent et sur l’avenir de leur pays.

Les préconisations sur la base du diagnostic

Retrouver le chemin de la confiance

Dans un pays qui doute de son avenir et additionne les peurs (déclassement individuel, relégation collective), où la défiance des acteurs économiques reste élevée, c’est à ces doutes et à ces peurs que doit répondre l’action publique.
Les priorités sont connues :

– la réduction du chômage de masse qui met en cause les équilibres économiques et sociaux de la France ;
– la réduction du décrochage scolaire, une défaillance majeure de la société française.
Pour le CESE, il est impératif de mettre en place un suivi personnalisé de tous ceux qui sont impactés par ces défaillances françaises.

Mais le rétablissement de la confiance implique aussi de préserver les « bonnes singularités françaises » :

– En luttant contre l’accroissement des inégalités et de la disparité des conditions de vie.
Dans les comparaisons internationales, la France apparait comme un pays ayant une distribution globalement moins inégalitaire que la moyenne, après effet des politiques redistributives.Cette singularité, expression d’un choix collectif, doit être préservée, ce qui ne dispense pas de s’interroger sur l’efficience des politiques de redistribution mises en oeuvre, de lutter contre le dumping social et fiscal, et de renforcer la protection des publics les plus fragiles.

– En engageant une politique très volontariste, en matière d’habitat et d’urbanisme commercial, contre le mitage du territoire.
– En limitant l’instabilité des dispositifs législatifs et réglementaires, source d’incompréhension et d’incertitude qui pénalise la consommation et l’investissement.
Reconstruire une communauté de destin
En investissant massivement dans la préparation de l’avenir .

– Par un effort de recherche public et privé à la hauteur des enjeux et des défis à relever : atteindre l’objectif assigné de 3% du PIB nécessiterait dès à présent un effort supplémentaire de 16 millards d’euros par an.
– Par un soutien renforcé et ciblé aux investissements qui développent l’emploi et la valeur ajoutée, et par un meilleur fléchage de l‘épargne française vers des investissements de long terme.
– Par une mise en avant des atouts traditionnels de la France : notamment, l’esprit d’entreprendre, la créativité et l’universalisme français.

En renforçant les politiques d’égalité des chances

À l’école : alors que les inégalités socio-économiques impactent fortement les chances de réussite scolaire, il est essentiel d’agir dès l’enseignement primaire pour lutter contre les discriminations et de mieux former les équipes éducatives à l’approche des publics concernés.

– Dans le monde du travail : les ruptures technologiques, les transitions numériques et écologiques doivent être davantage anticipées et accompagnées, notamment par une montée en qualification de l’appareil de formation professionnelle, pour prévenir les risques de déclassement et d’exclusion du marché du travail.

« Pour confimer les signes d’embellie et lever les interrogations sur son caractère durable, notre pays doit assumer ses contradictions et développer ses atouts… Il faut aller vite et résolument s’engager… au risque, sinon, de décrocher », Pierre-Antoine Gailly et Benedict Donnelly, co-rapporteurs du Rapport 2016 du CESE sur l’état de la France.

Pour plus d’informations :
www.lecese.fr
twitter @lecese