Le secteur du numérique ne cesse de générer de l’emploi et permet de trouver sa voie dans de nombreux domaines d’activités. Après une sombre année 2009, une reprise entrevue en 2010, l’embellie se confirme en 2011. Tour d’horizon auprès des écoles qui forment les ingénieurs innovants du monde numérique.

 

L’informatique est la fonction qui devrait connaître la plus forte progression de recrutements en 2011. Selon les intentions d’embauche des entreprises recueillies par l’APEC, les informaticiens pourraient se voir proposer entre 29 000 et 32 000 postes de cadres d’ici à la fin de l’année, soit de 9 à 21 % de plus qu’en 2010. A d’expérience, principalement dans les SSII, ce qui explique que le secteur des TIC soit le principal pourvoyeur d’emplois d’ingénieurs en France. Jean-Pascal Jullien, Directeur de la Formation Initiale à Télécom ParisTech, confirme que les débouchés en informatique sont extrêmement variés. « Les compétences de l’ingénieur informatique sont finalement très généralistes dans la mesure où elles sont de plus en plus importantes et deviennent centrales dans tous les secteurs d’activitésdes entreprises. Cela n’est pas vrai de toutes les disciplines de l’ingénieur. La mécanique, par exemple, ne conduit qu’à certains secteurs d‘activité avec une correspondance assez forte entre la discipline et le périmètre du secteur d’activités. Quand on parle d’informatique et de numérique, on n’a plus du tout cette bijection. » Cette pluralité des secteurs d’activités se retrouve au sortir de l’école. 27 % des diplômés Télécom ParisTech débutent en cabinets de conseil, 10 % en SSII et ingénierie, 10 % chez les opérateurs télécom. Ensuite le panel est très varié et les créations d’entreprise se font plutôt après 3-5 ans d’expérience.

 

Une nouvelle embellie !
C’est donc de nouveau l’eldorado pour les jeunes diplômés et certaines entreprises n’arrivent pas à trouver les profils dont elles ont besoin. L’EPITA a vu réapparaitre une demande extrêmement forte, réunissant plus de 5 000 offres pour plus de 250 étudiants sortants. Cela donne une idée une idée du décalage entre l’offre et la demande sur le secteur. « J’ai déjà reçu 4 appels de recruteurs qui me téléphonent directement, surenchérit Gérard Padiou, le Directeur du Département Informatique de l’ENSEEIHT. C’est une première car d’habitude ces demandes sont gérées par l’Association des Anciens… Idem pour les stages dont un dixième à peine sont satisfaits parmi les demandes enregistrées auprès de l’école. » Pour les salaires à l’embauche, à Toulouse, les « N7 » ont désormais des prétentions à 36-38 KF/an alors que les salaires juniors s’établissaient auparavant autour de 32-34 KF tous secteurs confondus. L’environnement est favorable avec la présence d’acteurs de l’aéronautique et du spatial et de l’aéronautique (EADS, Thales Alenia Space, Astrium, la CNES, la division Aérospatiale & Défense de Cap Gemini, etc.) pour des débouchés dans l’informatique embarquée et la modélisation. « La durée moyenne de recherche d’emploi de nos diplômés en informatique est de 15 jours, précise Youssef Amghar, Directeur du département informatique de l’Insa Lyon, sachant que la moyenne à l’Insa est autours de 3 ou 4 semaines. »

 

Des filières plébiscitées, d’autres délaissées !
De son côté, l’ISEN suit de très près le nombre d’étudiants qui trouvent directement un poste dès la fin de leurs études, sans passer par une période de recherche d’emploi. L’indicateur annuel de l’école est en moyenne entre 85 et 88 %. Ce chiffre était tombé à 70 % au haut de la crise en 2009 mais revient cette année à ces taux les plus élevés. Les débouchés « classiques » de l’ISEN reviennent à l’instar des sociétés de service type Altran, Akka Technology qui font aussi du développement hardware, les grands opérateurs espace-aéronautique et le secteur des transports dont l’automobile avec des recherches de profils spécifiques pour ce qui touche à l’électronique de puissance, les moteurs hybrides et les conceptions de véhicules électriques, spécialités d’ailleurs peu prisés par les étudiants. Car en informatique comme ailleurs, certaines filières comme la finance ou l’internet sont très prisées alors que d’autres sont délaissées. Les domaines de l’internet et de l’informatique décisionnelle par exemple intéressent les jeunes et recrutent en ce moment. Fort de ce constat, l’ESIEA a lancé un module de programmation mobile qui forme les élèves à réaliser des applications sous Androïd et autres. De son côté, l’ESIEE a réussi à améliorer l’attractivité et la formation des étudiants dans les domaines des grands systèmes, sur les problèmes de virtualisation ou de traitement de grandes données grâce à un partenariat avec IBM. « Il s’agissait de métiers vers lesquels les étudiants ne se tournaient pas de façon spontanée, explique Dominique Perrin, Directeur de l’ESIEE. La chaire créée, en liaison avec le club d’utilisateurs de systèmes IBM, fonctionne comme une option ouverte aux étudiants de dernière année. » « Au niveau des signaux faibles, rajoute Pierre Giorgini, Directeur général du groupe ISEN, l’école voit émerger des étudiants qui dès la sortie de l’école se retrouvent rapidement sur des jobs d’avant-vente de grands comptes, de conduite de projets, de marketing et de développement d’affaires. C’est pourquoi nous avons monté la nouvelle majeure PMBD (Project Management & Business Development) qui connait un vif succès, y compris à la sortie. » L’école voit également poindre une demande en ingénieurs d’intégration dans des secteurs un peu étonnants comme la grande distribution qui cherche à capter les gisements d’innovation au plus près des usages. L’ISEN a d’ailleurs lancé avec HEI, l’ISA et la Faculté Libre des Sciences et Technologies (FLST) un centre de co-design unique en Europe, primé fin 2010 dans la catégorie Innovation Pédagogique par L’Express et l’Etudiant.

 

La prime à l’international
« La demande s’est fortement accentuée sur les systèmes d’information et les télécoms, secteurs plutôt en recul ces dernières années, précise Isabelle Koehl, chargée des Relations avec les Entreprises & Apprentissage à l’ESME-Sudria. Beaucoup d’élèves veulent débuter leur carrière à l’étranger, en particulier dans l’informatique financière, « une trop forte demande d’ailleurs par rapport aux nombre de VIE disponibles ». Les Etats-Unis représentent toujours la première cible des jeunes diplômés Epita. Cette ruée vers la Mecque de l’informatique s’explique en partie par le différentiel de salaire. « Les derniers embauchés que j’ai rencontrés à New York démarrent entre 80 000 et 90 000 dollars pour leur premier job », concède Joël Courtois, le Directeur d’Epita. Avec 30 % d’emploi, ce sont les industries des technologies de l’information, et en particulier les sociétés de services, qui attirent le plus les diplômés ESME-Sudria ! Suivent de très près les secteurs de industries automobiles, aéronautiques ou ferroviaires l’énergie et du génie électrique, le BTP étant un peu en retrait. Des intégrateurs comme Vinci, Ineo ou Spie vont se positionner de plus en plus sur du traitement de signal, de la fibre optique et de l’informatique, mais aussi sur des domaines très transverses. « Je compte à près 6 à 10 offres d’emplois par étudiant et ceux qui sont actuellement en stage sont souvent en stage de pré-embauche », conclut Isabelle Koehl.

 

Entreprendre, intraprendre…
L’ENSIEE se positionne sur le triptyque informatique- mathématiques de la décision – connaissance de l’entreprise. « Outre les compétences informatiques, beaucoup d’élèves ont une solide formation autour des mathématiques financières et des mathématiques décisionnelles, remarque Menad Sidahmed, le Directeur de l’école. Cette double casquette leur permet de développer et implémenter des méthodes sophistiquées, monter un SI lié aux banques, etc. » L’école cherche aussi à optimiser les chances de succès de ses élèves dans leur projet de création, comme innovateur en entreprise ou en tant qu’entrepreneur. Elle offre la possibilité aux étudiants qui ont un projet la possibilité de consacrer leur troisième année uniquement autour de la création de leur entreprise et d’être dispensé des autres enseignements. « En France, on a de très bons ingénieurs, mais ceux-ci sont beaucoup trop timides en termes de création d’entreprise TIC, constate Menad Sidahmed. Les TIC prêtent à innover et il convient de laisser la possibilité aux élèves de s‘exprimer. C’est pourquoi un master commun a été créé avec Télécom Sud Paris et Télécom Ecole de Management sur le Management de l’Innovation Intrapreneuriat et Entrepreneuriat car il est important que les ingénieurs soient force de proposition dans l’entreprise. » Dans l’informatique, tout peut partir d’une idée, de moyens extrêmement réduits. C’est un domaine où on peut encore facilement créer puis générer du business. L’entreprise MakeMe- Reach, dirigée par Pierre-Francois Chiron (Epita 06) a été lancée en septembre 2009. C’est aujourd’hui la première régie publicitaire destinée aux réseaux sociaux, accréditée par Facebook en janvier dernier, et elle a levé cette année 3 millions d’euros pour attaquer les marchés italien, espagnol et allemand. L’EISTI avec ses deux campus de Cergy etPau, se positionne beaucoup sur les métiers du numérique pur qui envahissent des domaines d’activités très diversifiés. « Nous avons lancé cette année une nouvelle option en troisième année : “ Image, interaction, immersion “, destinée aux futurs ingénieurs en développement ou en recherche dans les domaines de la synthèse d’image, l’imagerie médicale, les systèmes d’informations géographiques, la réalité virtuelle augmentée, etc., explique Nesim FINTZ, son fondateur et Directeur Général. Une autre option est « la simulation numérique haute performance » qui permet de modéliser les phénomènes physiques, économiques, biologiques. connaissances dans les métiers de conception, en particulier des systèmes embarqués. L’option Info mécatronique forme des ingénieurs capables d’analyser et de concevoir des systèmes mécatroniques qui intègrent différentes technologies (informatique, électronique, mécanique, automatique etc.) extrêmement importantes dans le monde du transport. »

 

L’attaque TIC Epita !
L’Epita a été créée autour des TIC. L’école a, au coeur de son projet de formation, la maitrise des fondamentaux, à savoir les quatre piliers (langage, système, réseaux, bases de données). « Nous avons gardé une composante pratique et technique forte là où beaucoup ont donné la priorité au management et à la gestion de projet, insiste Joêl Courtois son Directeur. L’informatique ,est comme même une science un peu particulière. S’il n’y a pas une maitrise forte de la technique, le management peut poser des difficultés importantes. On forme des architectes dont on souhaite avoir vérifié qu’ils savaient monter des murs avant de construire desgratte-ciels. Ils ont à la fois la capacité managériale et la compétence technique qui leur permet d’intervenir au coeur des projets. C’est un point très apprécié des entreprises.» A l’Insa Lyon, l’informatique n’est qu’une spécialité de l’Insa et l’école diplôme des « ingénieurs multimétiers en informatique ». En évitant une forte spécialisation, le département IF sensibilise ses futurs ingénieurs à la diversité des secteurs professionnels et des métiers de l’informatique. Certains sont assez proches du technico-fonctionnel en relation avec la production et l’exploitation comme l’architecte technique ou l’expert, d’autres de l’assistance à maitrise d’ouvrage comme les urbanistes de SI, les consultants, les architectes fonctionnels, d’autres du technico-commercial bien sur, les ingénieurs d’étude et de développement. L’enquête menée auprès de 2 000 anciens montre que 20 % des ingénieurs IF finissent dans des fonctions à haute valeur ajoutée. « Si l’on se nomme école du numérique, c’est parce que nous ne sommes pas seulement une école d’informatique, explique Brigitte Plateau, Directrice de l’Ensimag. L’école s’intéresse à deux problématiques : celle du monde numérique dans tous les objets avec des interfaces très diverses et un aspect télécommunications important et celle du monde numérisé, en modélisant le climat, la conception d’une voiture, des produits financiers, etc. Le numérique est ubiquitaire et pervasif. Ce sésame permet d’aller travailler dans tous les secteurs d’activité. Il faut donc que les étudiants soit rompus à travailler avec les autres métiers. »Le fait de trouver IEA pour informatique-électronique- automatique dans le sigle de l’ESIEA montre la transversalité de ces disciplines. Dans son pôle de recherche Acquisition et Traitement de l’Image et du Signal, les élèves s’intéressent bien aux techniques d’acquisition qu’il s’agisse de concevoir et développer un robot sous-marin ou de récupérer des images satellite météo et les traiter pour anticiper des phénomènes naturels. L’école est très avancée en termes de pédagogie par projets, avec une trèsforte proximité des laboratoires de recherche et des étudiants. Dès les deuxième et troisième années, les sujets sont souvent proposés par les laboratoires de recherche, donc à la pointe des technologies. « L’imprégnation de la recherche dans les enseignements, avec un pôle de recherche en réalité virtuelle, un autre en cryptologie et virologie par exemple, a une double composante, précise Gérard Sanpité, Directeur Général de l’ESIEA. Ces laboratoires permettent de développer la capacité et l’envie d’innover des étudiants tout en contribuant au maintien au niveau le plus récent des compétences technologiques. »

 

Cherche filles désespérément !
Les jeunes filles boudent les filières scientifiques et techniques ! Si elles représentent 40 % des effectifs en lycée, elles ne sont que 20 % à s’orienter vers les métiers scientifiques en enseignement supérieur et le nombre des femmes ingénieures est en diminution (17 % en 2009). En cause un manque d’informations sur les accès à ces filières et une image stéréotypée de l’ingénieure pointées par l’association Pasc@line qui regroupe le Syntec Informatique et une cinquantaine d’établissements d’enseignement supérieur formant aux métiers des TIC. « Il est très difficile de faire passer le message sur ces métiers qui sont perçus comme essentiellement techniques, donc peu glamours, remarque Jean-Louis Bernardin, Délégué Général de Pasc@line. « Il y a une confusion de langage sur le geek qui a une addiction à l’utilisation d’un outil ce qui est complètement différent d’un métier de conception, inséré dans des activités humaines et tourné vers l’utilisateur final, loin du stéréotype de l’ingénieur isolé dans sa tour d’ivoire », constate Brigitte Plateau, Directrice de l’Ensimag.
Des entreprises en quête de mixité

« Il n’y a pas assez de filles sur ces métiers et c’est dramatique, confirme Caroline Popon, Responsable des Relations Entreprises à l’ISEP. Si je regarde le salaire de nos diplômés de l’an passé, l’informatique est un des seuls secteurs d’activité – écoles d’ingénieurs et écoles de commerce confondues – où il n’y a pas de différence de salaire à la sortie de l’école entre les diplômés hommes et femmes, ces dernières sont parfois mieux payées car les entreprises veulent de la mixité ». « On nous propose des salaires d’embauche ou des rémunérations de stages supérieurs pour les filles, rajoute Joël Courtois, Directeur de l’Epita. Les entreprises ne font pas du « politiquement correct », amis ont bien compris qu’il était nécessaire d’avoir des équipes mixtes dans l’analyse des problèmes. Etant l’importance des TIC dans tous les domaines de la vie courante, si on laisse des hommes seuls concevoir ces outils et travailler sur l’informatique de demain, nous continuerons à nous priver de la moitié d’un cerveau et d’une population. Il y a besoin d’une action dès le niveau collèges et lycées pour changer cet état de fait pour les sciences en général et les métiers de l’ingénieur, en particulier les TIC. »

 

B.B.