Dans nos sociétés individualistes et mondialisées, comment expliquer le besoin de célébrité qui touche de plus en plus d’individus ? Et si Andy Warhol avait vu juste ? Enquête.

On connaît tous la célèbre phrase de l’artiste américain Andy Warhol en 1968 : « Dans le futur, chacun aura droit à 15 minutes de célébrité mondiale ». Aujourd’hui cette maxime, prend un relief particulier à l’heure d’Internet et des chaînes d’information en continue. Sa prophétie se serait-elle réalisée ? Il semble que oui à en croire le nombre d’anonymes qui souhaitent passer à la postérité et qui utilisent les nouveaux canaux de communication (Internet, réseaux sociaux) pour atteindre le Graal suprême. Un phénomène qui touche toutes les classes d’âge, mais que l’on observe particulièrement chez les adolescents à en croire le psychanalyste J.-D. Nasio, auteur de Mon corps et ses images (Payot, 2007) : « Ce désir se manifeste plus facilement chez eux, car il est souvent alimenté par la quête d’identité. Le jeune a besoin de la reconnaissance des autres pour savoir qui il est, tandis que les personnes mûres ont moins besoin d’être reconnu pour se sentir valables. »

 

Télé-réalité : ange ou démon ?
Depuis l’arrivée de « Loft Story » sur M6 en 2001, les émissions où l’on braque des caméras sur des anonymes, avec ou sans talents, ont envahi nos écrans. Star Academy, Koh Lanta, Secret Story, Carré VIP, autant de programmes où… il ne se passe rien ou presque ! Des milliers de candidats y postulent en espérant gagner le gros lot et la célébrité qui va avec. « Les jeunes d’aujourd’hui ont grandi avec la télé-réalité, indique Virginie Spies, Spécialiste des médias et Maître de Conférences à l’université d’Avignon. Ils y sont habitués et veulent devenir célèbres, très vite. Ils s’attachent donc à ces personnes qui vivent des histoires comme eux. Tout le monde ne veut pas être célèbre, mais tout le monde veut être aimé. » Marie Haddou, psychothérapeute à Sainte-Anne, a participé au premier Loft Story en 2001 et a pu mesurer l’évolution des émissions et l’attente des candidats : « Aujourd’hui, la célébrité a changé de nature. Une star émerge en une seule émission. C’est le nec plus ultra de l’intégration sociale ! Désormais, les candidats veulent être connus, riches, puissants et influents. Cela correspond bien à notre société de consommation narcissique où il faut paraître plutôt qu’être et restaurer sans cesse son estime de soi et son image. »

 

Réseaux sociaux et identité
Pour autant, les candidats à ces émissions sont tous volontaires et font la démarche de s’exposer face aux caméras. À l’inverse des réseaux sociaux où la vie privée peut passer dans le domaine public et créer des dommages collatéraux. C’est d’ailleurs le cheval de bataille d’Alex Türk qui a longtemps dirigé la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) : « Je ne condamne pas les réseaux sociaux qui peuvent apporter énormément à la démocratie. Mais il faut cadrer les choses pour que les aspects négatifs soient réduits comme la perte de l’anonymat et la divulgation de notre vie privée à tous. Je préfèrerais même que l’on renonce à l’idée du réseau social, si c’est au prix de la vie privée. » Plutôt que de verser dans le pessimisme ambiant, Virginie Spies nous encourage à réfléchir à notre identité numérique pour ne rien laisser au hasard sur la toile. « Nous assistons peut-être à la fin de l’anonymat, mais notre identité numérique donne une image de ce que l’on est. C’est un fait. Chacun doit donc maîtriser sa marque personnelle coûte que coûte. »

 

F.B