A l’heure où ouverture d’esprit, innovation et créativité sont devenues des valeurs phares en entreprise, l’art se révèle être un excellent professeur. En dépit du retard pris par notre pays, de plus en plus de grandes écoles et universités l’ont compris, qui lui réservent désormais une place digne de ce nom. Petit aperçu avant impression…

« Nous produisons (!) des étudiants trop formatés, certes efficients mais manquant de personnalité, voire d’originalité… » déclarait l’autre jour ce patron d’une grande entreprise. Dans un univers global au multiculturalisme triomphant où une fois franchi le cap des compétences, c’est à vos personnalité, QE et capacités créatives que l’on s’intéresse désormais, l’art, symbole absolu de la créativité est une muse à laquelle l’Académie accepte de nouveau de prêter l’oreille.

 

Le fond ET la forme
« Croyez-vous vraiment que ce soit un hasard si les 20 premières universités du classement de Shanghai sont aussi les plus belles ? interpelle Jérôme Poggi, fondateur de ces « Nouveaux Commanditaires » qui luttent pour faire entrer l’art partout où il fait défaut (voir encadré). Pourquoi croyez-vous que nos grandes écoles souffrent d’un tel déficit d’image à l’étranger ? A peine mettez-vous les pieds sur un campus américain que son ambition créative vous saute aux yeux, incarnée par des oeuvres saisissantes, diverses, complexes… comme ce monde actuel qui n’est plus à gérer mais, en cette période de mutation, à réinventer ! Apprendre à décrypter, réagir, créer n’est possible qu’à travers un enseignement transdisciplinaire, c’est tout l’intérêt du concept éducatif anglo-saxon de Design Thinking. Dans notre enseignement encore terriblement cloisonné, l’art représente donc un puissant outil non seulement pour comprendre, mais également acquérir l’agilité d’esprit et la créativité réclamée par l’époque ». Et de nous signaler l’initiative exemplaire de Renaud Gaultier, créateur du Master IDEA (Centrale Lyon + EMLyon) proposant un enseignement transversal qui rapproche sciences et commerce au moyen de… l’art.

 

En ordre dispersé
Car un certain nombre de grandes écoles et universités ont, heureusement, pris conscience de la validité de l’approche artistique du monde. Une vingtaine en tout, parmi lesquelles, avec son cursus « management dans le secteur de l’art » créé en 1995, HEC fait figure de pionnier. Un espace d’art contemporain lancé par un ancien devenu collectionneur (Paul Dini), l’ayant rejoint et les expos se déployant aujourd’hui sur l’ensemble du campus qui propose également des résidences d’artistes. C’est ainsi qu’au printemps dernier, a été inauguré une étonnante grotte imaginée par les frères Chapuisat, étoiles montantes de l’art contemporain.
A Sciences Po, c’est le philosophe Bruno Latour qui a créé le master « des arts politique » mêlant arts et sciences sociales, la pratique artistique en atelier étant d’ailleurs obligatoire, et notée ! Convertis, les étudiants ont créé en 2010 un Prix Sciences Po qui, par la qualité des premières oeuvres distinguées, fait déjà référence. A l’Université de Haute Alsace, la Kunsthalle est un espace d’exposition et d’animation dédié à l’art, tandis qu’à Paris VII, on tient salon (exactement comme le faisait Diderot avant de céder son nom à l’université) au Centre d’art contemporain Bétonsalon. Via les Nouveaux Commanditaires de Jérôme Poggi, l’université a même commandé à un artiste une nouvelle… cérémonie de remise des diplômes : rituel, mise en scène, costumes et tout le toutim !

 

Une asso à la rescousse
« Réseau national de l’action culturelle au sein des établissements d’enseignement supérieur », A + U + C (Art + Université + Culture) réunit étudiants, enseignants et chercheurs oeuvrant au service du renforcement de la présence de l’art dans l’enseignement supérieur. Son site d’information propose toute l’actualité liée à cette action. Dont acte.
http://www.auc-asso.com

 

JB