Ces dernières années, la répartition des recettes des universités évolue peu : 80 % dotation de l’Etat, 20 % de recettes propres. Pour les écoles et instituts, la dotation représente 69 % des recettes, et les ressources propres 31 %. Les enjeux sont-ils communs aux établissements ? Quelles stratégies déploient-ils pour financer leurs développements ? Trois dirigeants nous répondent. Par Ariane Despierres-Féry

 

« Faire reconnaître nos atouts pour les valoriser » Thierry Rolendo, VP du CA en charge des finances, du pilotage et de la qualité de l’université Savoie Mont Blanc

(c) USMB

Les enjeux : L’université publique dépend des ressources de l’Etat, elles-mêmes sous contrainte budgétaire. Nous sommes dotés d’outils de pilotage pour gérer au plus près nos finances et être efficaces dans l’allocation de nos ressources. La dotation du ministère (85,5 M€) représente 80 % de nos produits (107 M€). Le Conseil régional Savoie Mont Blanc nous alloue 1,4 M€ par an. Nous sommes contraints, mais pas en déficit (résultats 700 000 €).

La stratégie : Le défi est d’obtenir une augmentation de la dotation. Alors que nos indicateurs sont au vert en formation, recherche, taux de réussite, placement ; l’USMB reste mal dotée. Etre reconnu à notre juste valeur et de manière équitable conduirait à une augmentation de 30 M€ pour la masse salariale. Nous devons innover et cela nécessite des ressources humaines et financières.

Les ressources propres : Nous n’avons pas de marge de manœuvre sur les droits d’inscription (2 % de nos produits + 1M€ de compensation du ministère pour les boursiers). A l’international nous ne pouvons facturer qu’au coût de revient pour un diplôme national. 6 % de nos revenus (moyenne nationale 2,8 %) proviennent de la taxe d’apprentissage et de la formation continue (6,6 M€). Notre Fondation créée il y a un an a collecté 1,5 M€. Nous misons sur autre atout : des relations de qualité avec la sphère économique. Notre Club Entreprises a déjà 25 ans !

 

« Pas de ressources sans grandes ambitions ! »  Jacques Biot, président de l’Ecole polytechnique

© Jérémy Barande – École polytechnique

Les enjeux : Polytechnique est particulièrement exposée à la compétition internationale. Pour la soutenir, nous devons trouver des ressources au-delà de la dotation de l’Etat dans le cadre de notre contrat d’objectifs et de moyens qui nous engage à développer nos ressources propres.

La stratégie : Notre ambition est de contribuer à relever les enjeux du 21e siècle par nos enseignements, notre recherche, notre innovation. Les équipes sont motivées, nos projets sont engagés et innovants. Le ministère finance notre budget à hauteur de 65 %. L’objectif à 5 ans est que cet effort stable de l’Etat ne représente plus que 50 % de nos moyens. Cela suppose une augmentation drastique de nos ressources propres.

Les ressources propres : Nos ressources propres proviennent d’une variété de sources :
Recherche partenariale, filiale FX (commercialisation des équipements de nos laboratoires et plateformes technologiques), 21 chaires, mécénat pour la recherche fondamentale, valorisation sous forme de brevets, startups, et 6 ERC remportés cette année. Enseignement : executive education, programmes certifiants, graduate degrees, Bachelor pour la rentrée 2017.
Entrepreneuriat : parts au sein de startups en échange de leur accélération dans notre structure, recettes générées par nos services d’incubation.
Notre seconde campagne de levée de fonds a pour objectif 80 M€ en 5 ans (30 % déjà collectés) pour financer des bourses, de la recherche, nos actions en entrepreneuriat, de l’innovation…

 

Établissements d’enseignement supérieur en quête de ressources propres

« Être proactif et innovant dans son modèle économique » Pascal Brouaye, DG du pôle Léonard de Vinci

(c) Crédit Letitbe

Les enjeux : J’ai pris les rênes du Pôle en 2012, au moment où son modèle économique devait évoluer car le Conseil régional décidait de se désengager. A la clé, une baisse brutale de nos subventions d’exploitation : de 7 M€ par an à 0 en 3 ans ! En tant qu’établissement privé et association, nous bénéficions d’une subvention du ministère de 600€/étudiant/an en DNM ; en baisse de 15 %. Nous cherchons à pérenniser ce soutien par l’obtention du label ESPIG. 70 % de nos ressources émanent des frais de scolarité.

La stratégie : Nous avons restructuré nos services et optimisé nos dépenses, mais aussi misé sur la digitalisation comme vecteur d’économies. Résultat : depuis 2 ans les comptes de l’association sont à l’équilibre.

Les ressources propres : J’ai activé notre premier levier de croissance : l’augmentation des effectifs étudiants. Encore fallait-il la générer, être attractif sur un marché très concurrentiel ; et bien entendu préserver la qualité de nos cursus et promotions. Nous avions 2 400 étudiants en 2012, ils sont 4 000 en 2017. Nos excellentes relations avec les entreprises nous permettent aussi de générer des ressources via des chaires. Certains de nos projets de recherche bénéficient de fonds unifiés ministériels ou de la région ; d’autres menés en consortiums sont labellisés par des pôles de compétitivité. Nous avons enfin un institut dédié pour la formation continue et nous nous battons pour développer encore l’apprentissage malgré la réforme de la taxe.