Il en va de l’enseignement supérieur comme du reste de la société : le numérique y change radicalement la donne. Pas seulement pour la pédagogie ou la vie étudiante : demain, le fonctionnement même et le « modèle » des universités et des grandes écoles en seront affectés.

Ces institutions produisent et détiennent d’énormes masses de données, souvent sensibles – sur les étudiants, leur parcours, leurs centres d’intérêt et même leur vie privée. Elles doivent donc en organiser au mieux la collecte, le stockage et l’utilisation. Sur ce point, l’Europe a fixé un cadre strict, le RGPD (Règlement général sur la protection des données), applicable à compter de mai 2018 – avec de lourdes amendes en cas d’infraction. Sa mise en œuvre s’annonce pourtant délicate. Le RGDP implique d’importants changements d’habitudes et de comportement. Il exige aussi des investissements non négligeables : recrutement de spécialistes de la sécurité numérique, formation des personnels (et même des étudiants), installation de pare-feu…

« Nous devons revoir nos process, mettre en place des protections, voire nous assurer que nos prestataires respectent les normes… Tout devient plus lourd, au moins dans un premier temps », constate Patrick Lévy, président de l’Université de Grenoble et du Comité numérique de la CPU. Pour l’heure, la plupart des établissements ne sont pas prêts. Or de nombreuses intrusions ont déjà été détectées sur leurs serveurs…

De nouvelles ressources potentielles grâce au big data

Se pose surtout la question du big data et des perspectives qu’il offre. Les données des écoles et des universités peuvent intéresser de nombreux acteurs : les géants du numérique, déjà très présents sur les campus. Mais aussi les cabinets de recrutement. Ou encore les « ed-tech », ces start-up spécialisées dans l’éducation. « Le suivi de la courbe d’apprentissage par les élèves figure parmi les données les plus précieuses, estime Jean-Philippe Rennard, professeur de management et technologies à Grenoble EM. Cela peut intéresser toutes les structures qui opèrent dans l’enseignement. » Ce n’est qu’un exemple parmi bien d’autres.
Ces données représentent donc une manne potentielle pour les établissements. « Les data sont une ressource. A nous de savoir l’enrichir et la gérer », estime Bernard Belletante, directeur général d’emlyon. Et de citer l’exploitation des données comme un nouvel axe de développement pour l’école. emlyon vient d’ailleurs d’annoncer un partenariat avec IBM sur les compétences et l’emploi des diplômés, avec un investissement de plusieurs dizaines de millions d’euros. Objectif : créer « le Spotify de l’employabilité. »
Ecoles et universités doivent donc se doter d’une stratégie claire : à qui ouvrir l’accès à leurs données ? Peuvent-elles en commercialiser une partie ? A quelles conditions ? A quel prix ? Il y a urgence : déjà, des entreprises frappent à leur porte pour proposer leurs services…
Le tout intervient en outre dans un contexte général de prise de conscience (bien tardive, il est vrai…), pour l’ensemble de la société française et européenne, de la valeur économique et même de l’importance géostratégique de ces données, jusqu’ici laissées gratuitement aux mains de quelques grands acteurs. La question des data n’a donc pas fini de faire cogiter sur les campus.

 

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