Localisé à la fois partout et nulle part, internet est une utopie au sens propre (« u-topos » en grec = « non-lieu »), un lien universel doté de qualités utopiques : ubiquité, instantanéité, égalité… qui en font le plus puissant facteur de changements ayant jamais existé. Au point de permettre aux acteurs de « bonne volonté » d’incarner – enfin ! – nombre d’utopies vieilles comm e le monde. Des doutes ?… La preuve par 10 !

1 On est tous des frères…
Et autres bisounourseries. Vous partez à Rio ; vous vous connectez sur « couchsurfing.com » (le plus connu des réseaux d’hébergement gratuit) et un inconnu vous héberge, gratuitement. 4 millions de membres, 200 pays, 300.000 Français (3e nation), 50.000 canapés (« couch ») disponibles à Paris, ville la plus hospitalière du monde ! Derrière l’intérêt économique évident, le système repose sur un état d’esprit : la rencontre. Ultime bonne surprise : les mauvais coucheurs sont l’exception (- de 0,01 %) ; chaque accueil débouchant sur une évaluation, le réseau se comporte comme un organisme qui éjecte les « corps étrangers ». Une idée inventée en… 1949 ! Mais popularisée par internet. Dont acte.

 

2 La justice et la paix régneront sur terre
Je, tu, il… signent une pétition sur Avaaz.org (20 millions de membres ou Change, Petitionspubliques, etc.) et le côté obscur de la Force recule. Déforestation au Brésil, loi anti-gay en Afrique, libération de prisonniers politiques, pratiques frauduleuses… En quelques années, l’opinion publique a fait reculer plusieurs centaines de dictateurs, présidents et multinationales. Et là encore, miracle ! Les Français sont carrément les plus investis dans ce combat contre la barbarie. Et chacun peut désormais diffuser sa propre pétition si elle obtient un nombre suffisant de supporters.

 

3 Libre et gratuit
Un même mot en anglais : « free ». 65 % d’internet tourne sur logiciels libres. Le partage EST, officiellement, le modèle dominant d’une économie numérique que ne guette pourtant pas la faillite. Initiée dans les années 80 par le programmateur Richard Stallmann qui redoutait une « fracture numérique », l’open source et la « culture du libre » sont devenus des référents incontournables, une mentalité qui sans rien avoir d’anti-mercantile a néanmoins substitué à la compétition, le modèle de la coopétition.

 

4 Les derniers seront les premiers
Incroyable mais vrai : sur internet, ce sont les « petits » qui font la Loi. On appelle ça « le principe de la longue traîne » et c’est l’exact contraire de cette loi de Pareto qui régit l’économie « physique », déterminant que 20 % des ventes (les produits vedettes ou gros clients) réalisent en moyenne 80 % du chiffre d’affaire. Pas sur la toile où la somme de tous les petits pèse – toujours – plus que les gros. Idem de la fréquentation d’un site où les mots clés « improbables » attirent davantage de connections que ceux à fort trafic (« voiture » pour une marque d’autos). Un extraordinaire gisement pour les « petits » et les niches.

 

5 Mon nom est Personne
« Nous, les petits, les sans grade » faisait dire Victor Hugo à ceux que l’Histoire et le monde ignorent. Vous n’êtes personne, Nobody et, du jour au lendemain, la planète entière vous regarde, Bowie a pris le relais : « You can be a Hero, just for one day ». 75 % du contenu du web est généré par des particuliers, 99 % de celui de Youtube, 2nd site mondial. Et il ne s’agit pas seulement de faire le clown : un artisan isolé vend ses meubles dans le monde entier et lors du tsunami de 2004, un blogueur australien, compilant des vidéos du désastre, a fédéré des millions de personnes et démultiplié l’efficacité des secours, sauvant des centaines de vies.

 

6 Sauvez la Terre !
En faisant savoir ce qui ne va pas, en relayant l’action de milliers d’associations et d’ONG et – avant toute chose – en facilitant à l’extrême le passage à l’acte, internet offre à chacun de devenir partie prenante de notre indispensable mutation écologique et transmute le cercle vicieux en spirale vertueuse. Des millions d’hectares de forêt sont ainsi préservés chaque année, on compare en direct l’empreinte carbone de deux produits entre lesquels on hésite, les éco-gestes en entreprise rapportent, etc.

 

7 Tous ensemble, tous ensemble !
« Nous pouvons ce que je ne peux pas » : parce qu’internet représente LE lien absolu entre les êtres, il a fait d’un principe vieux comme le monde, « l’union fait la force », un modus operandi qui se décline dans tous les domaines et donnera naissance, à terme, à une véritable intelligence collective. Il y a wikipedia et tous les wiki, bien sûr, les millions de « cruncheurs » qui mettent leur ordinateur au service de la Recherche (Oxford, SETI, etc.), mais aussi, à un niveau plus prosaïque, mymajorcompany, monchevalcecourse, le crowdsourcing et toute la consommation collaborative (phénomène économique n° 1 de ces dernières années). Ou quand les neurones du vaste cerveau planétaire commencent à s’interconnecter…

 

8 Le savoir en partage
On le sait depuis Rousseau, la majorité des maux dont souffrent nos sociétés s’enracinent dans l’ignorance. Or s’il est une chose qu’internet a apporté en partage aux habitants de cette planète, c’est bien le savoir. Sous toutes ses formes : sites d’information, encyclopédies, bibliothèques, forums et, désormais, universités en ligne (Oxford, Harvard, MIT)… « l’infosphère » met à la disposition de chacun la quasi entièreté du savoir humain. OSE, par exemple, c’est la mise en ligne par des ingénieurs de tous les plans, matériaux et process de fabrication des 100 machines les plus utiles. Avec hotline, s’il vous plaît.

 

9 On dirait qu’on serait solidaires !
C’est la crise, les temps sont moroses, ok, mais dans le même temps, cela fait des années que l’on n’entend plus parler de ces terribles famines quituaient des milliers de personne. Depuis quand ? Internet ?… étonnant « hasard ». Des programmes solidaires comme Freerice nourrissent des millions de personnes et suite aux catastrophes naturelles, des milliards, issus de la bourse de chacun, sont mobilisés en quelques heures. Bien plus localement, le crowdfounding révolutionne la finance et permet à des milliers de petits entrepreneurs de lancer leur boîte, réaliser leur projet, etc.

 

10 « Qu’est-ce que je ferai si j’étais moins con ? »
Réplique culte du film « Le Coeur des hommes ». Si j’étais moins con ? Je ferais du covoiturage, j’échangerai mon appart’ pendant les vacances, je donnerai mes vieux skis au lieu de les jeter, toute chose que fait naturellement la génération Y qui a grandi en jouant en réseau, sur les réseaux, n’éprouvant donc aucune difficulté à appliquer le modèle économique horizontal, collaboratif, celui-là même de cette «Troisième Révolution Industrielle née de l’internet et si chère à Jérémy Rifkin. Parce qu’internet ne change pas uniquement nos modes de vie, il nous change nous, empathie naturelle » génétiquement inscrite dans les neurones miroirs de l’humain. CQFD

 

JB