Nationalisations, privatisations, crises mondiales… Les banques connaissent une histoire houleuse. Suite à ces nombreuses transformations, la question de la structure de ces institutions peut se poser. Les banques sont-elles des entreprises comme les autres ? La réponse d’Abdoulkarim Idi Cheffou, enseignant-chercheur à EDC Paris Business School.

 

En observant les banques d’un point de vue micro-économique, elles apparaissent similaires à des entreprises comme les autres. D’un point de vue organisationnel, nous retrouvons toutes les fonctions les plus classiques : finance, ressources humaines, marketing… Comme dans une société classique, la ligne directrice est établie par la gouvernance et on peut retrouver des actionnaires. Mais selon Abdoulkarim Idi Cheffou, ce qui fait la différence, c’est leur fonctionnement d’un point de vue macro-économique. « Le périmètre d’activité de la banque peut avoir un impact sur l’économie dans sa globalité, c’est pourquoi le secteur est beaucoup plus réglementé que les autres. »

Un univers très contrôlé

Pour bien comprendre pourquoi les banques sont aussi réglementées, il faut remonter à 1945. Après la Seconde Guerre mondiale, l’État nationalise les plus grands acteurs du secteur. Il faudra attendre les lois Debré entre 1966 et 1967 pour relancer la concurrence et le gouvernement Jacques Chirac en 1986 pour voir la privatisation de ces institutions. Dans les années 90, les restructurations et le contexte économique difficile – dû à la crise de 1993 – oblige le gouvernement à créer le Code Monétaire et Financier afin de réguler ces activités.

Ainsi, même si les actionnaires et dirigeants fixent un cap stratégique, les banques sont très contrôlées. « L’impact des banques sur l’économie pousse les acteurs à limiter la prise de risque. Ces institutions prêtent de l’argent aux entreprises et aux particuliers, elles réalisent également des opérations de trading haute fréquence. Il est important que ces démarches soient encadrées. Si une banque s’effondre, cela peut créer un effet domino dans l’économie. C’est pourquoi le gouvernement garde un œil sur leurs activités. » La banque reste le partenaire n°1 de l’économie, que ce soit un particulier, une entreprise, voire même un État.

Mais cette réglementation qui assaille les banques plus que d’autres secteurs n’est pas que nationale. En effet, la chute d’une institution au sein d’un pays peut avoir un impact dévastateur sur l’économie mondiale. Un exemple récent est la crise de 2008, qui a vu la faillite de Lehman Brother mettre à mal toutes les bourses de la planète. C’est pourquoi le contrôle s’organise également à l’échelle mondiale. Avec les Accords de Bâle, signés entre les pays du G10, l’activité des banques est plus réglementée que jamais. En effet, celles-ci sont désormais encadrées par les Banques Centrales de chaque pays. Mais ce n’est pas tout ! « Pour lutter contre le blanchiment d’argent, le concept KYC (pour Know Your Customer) a émergé. Il s’agit d’un processus qui permet de vérifier l’identité des entreprises. Cela oblige les banques, quelle que soit leur taille, à se conformer aux réglementations contre la fraude. »

Innover pour mieux régner

Cette lourde réglementation pousse les acteurs du monde de la banque à innover pour se démarquer de leurs concurrents. « L’industrie bancaire est le secteur le plus innovant. Il embrasse actuellement pleinement la digitalisation. L’intelligence artificielle est de plus en plus intégrée. Nous voyons même débarquer la reconnaissance faciale. Les banques investissent également le mobile. Désormais, il ne faut plus parler de e-banking, mais de m-banking. »

Comme dans une entreprise classique, l’expérience client est placée au cœur des préoccupations. Mais pour la banque, paralysée par les réglementations, l’enjeu est plus important. « Les acteurs misent sur le CEM, Customer Experience Management. C’est un changement de philosophie complet. Aujourd’hui, les banques sont toujours à l’écoute des consommateurs et les suivent à chaque étape. »

Une autre révolution challenge les acteurs traditionnels du monde bancaire : le développement des FinTech. Grâce à la directive DSP2 : Directive Européenne sur les Services de Paiement, les grandes institutions doivent donner l’accès de leurs données aux FinTech. De plus, ces startups sont beaucoup plus agiles que les grandes banques. Leur émergence récente et l’absence de loi à leur sujet leur permettent de ne pas être autant réglementées. Ainsi, ces Néobanques, comme Ditto, Lydia, ou N26 offrent à leurs clients plus de liberté et les grands acteurs perdent du terrain.

 

Tiraillées entre une réglementation complexe et des acteurs plus innovants, les banques évoluent dans un environnement à part. Elles sont ainsi un terrain de jeu très challengeant pour tout jeune diplômé avide de défis !