La Banque Cantonale de Genève (BCGE) a su traverser les crises et assoit aujourd’hui sa légitimité sur 200 ans d’ancrage dans le tissu économique régional. Cette institution de la place financière suisse, dont l’activité rayonne par-delà les frontières, a montré sa capacité à rebondir. Rencontre avec Eric Bourgeaux (ESCP Europe 81), son N°2 et CFO, suisse d’adoption et attaché à la banque depuis 16 ans. – Par Alexandra Montfort

 

 

Pourquoi avoir choisi une carrière professionnelle en Suisse ?

Originaire de Haute-Savoie et attiré par l’international, Genève m’est apparu comme le lieu idéal pour me lancer dans l’aventure entrepreneuriale. Volontaires, travailleurs, les Suisses se prennent en charge et j’aime cet état d’esprit. J’ai d’ailleurs acquis la double nationalité. C’était le début de la « globalisation » et il y avait une vraie liberté d’innover avec moins de lourdeurs administratives qu’en France. J’ai passé de belles années à créer des banques internes à des groupes industriels comme ABB World Treasury Center, Nokia Finance… Un travail exaltant car fondé sur l’activité de multinationales, mais avec un esprit de startup fondé sur de petites équipes dynamiques et indépendantes.

 

Comment résumer votre aventure à la BCGE ?

En 2000 la banque est en grande difficulté et bénéficie d’un sauvetage initié par Micheline Calmy-Rey du Conseil d’État du canton de Genève. Blaise Goetschin, nommé au poste de CEO, et moi-même en tant que CFO, acceptons le défi de redresser la situation. Un travail de longue haleine puisqu’il a fallu redimensionner l’activité de la banque, refondre son organisation, faire preuve de compétitivité dans un environnement concurrentiel fort (Genève compte de nombreuses institutions bancaires et financières) et surtout, redonner confiance aux investisseurs. Nous y sommes parvenus après 5 ans de dur labeur. Aujourd’hui la BCGE est cotée en bourse (Six – Swiss Exchange) et notée A+ par Standard & Poor’s. Mon périmètre de responsabilités recouvre le financement, la salle des marchés, l’asset management, le contrôle des risques, le contrôle de gestion ainsi que la conformité, un domaine qui a pris une grande importance dans notre métier. La diversité des missions qui m’incombent rendent mon travail passionnant. En 16 ans je n’ai pas vu passer le temps !

©Fred Merz

©Fred Merz

Quels services y propose-t-on ?

En qualité de banque universelle, la BCGE offre toutes les prestations bancaires à tous types de clients : particuliers, entrepreneurs, investisseurs. Elle propose une large palette : services bancaires quotidiens, private banking, asset management, prévoyance, financements hypothécaires et immobiliers, crédits personnels ou aux entreprises et collectivités publiques, salle des marchés, private equity, ingénierie financière, corporate finance et global commodity finance. Nous développons également des produits innovants afin de faciliter la vie de nos clients. Nous avons par exemple été les premiers à proposer un véhicule de placement en regroupant les fleurons l’économie genevoise (certificat « Quintessence »), ainsi qu’un compte épargne en yuan chinois !

LA FORCE DE LA BCGE TIENT À SA DOUBLE DIMENSION RÉGIONALE ET INTERNATIONALE

 

Parlez-nous de l’identité de BCGE

Pour l’anecdote, la BCGE a été fondée en 1816 pour éviter aux Genevois, qui recevaient leur salaire hebdomadaire en liquide le vendredi, de le dépenser au « bistrot ». C’est une banque privée qui fonctionne comme telle, mais régie par une loi cantonale, qui lui octroie une véritable mission : soutenir l’économie régionale. Cela donne un sens à notre travail. La moitié des entreprises du canton travaillent avec nous. D’autre part, Genève constitue un centre financier important. De nombreuses organisations internationales y siègent (33 en 2016). Elle occupe également une place prépondérante dans le négoce de matière première. 1/3 du pétrole mondial s’échange ici. Nous travaillons avec une solide équipe en Global Commodity Finance en relation avec plus de 100 pays dans le domaine. Notre identité doit donc se lire à la fois dans notre patrimoine bicentenaire et nos racines profondément locales, mais aussi dans notre orientation internationale.

 

Ce qui explique votre présence au-delà du territoire suisse ?

En effet. En plus du siège, de nos 22 agences à Genève, et de nos bureaux à Lausanne et à Zurich qui traitent essentiellement de gestion de patrimoine, nous avons ouvert des bureaux de représentation à Hong Kong et Dubaï. Depuis une vingtaine d’années nous avons également créé une filiale française, dont le siège à Lyon jouit d’une belle visibilité sur la place de l’Opéra. A travers BCGE France, nous finançons les entreprises et des projets immobiliers tout en offrant notre expertise en private banking. Un partenariat de longue date nous lie à une grande famille française avec qui nous développons de l’immobilier de bureau, opérations sur lesquelles nous intervenons à la fois en tant qu’actionnaire à hauteur d’un tiers du capital et en tant que financier. Parmi nos grands chantiers, on compte la Tour Incity à Lyon haute de 220m, mais aussi de nombreux bâtiments à Paris dans le quartier de la Défense ou encore à Roissy.

 

Pourquoi s’être implanté en France ?

Genève a la particularité de partager plus de frontière avec la France qu’avec le reste de la Suisse. Dans la mesure où notre raison d’être consiste à appuyer l’économie régionale, l’axe transfrontalier et la région Rhône-Alpes en particulier, regroupant les villes de Lyon et Annecy, s’est imposé par extension comme un territoire d’ancrage naturel. Paris a suivi bien entendu, car on ne peut imaginer s’imposer en France sans être présent dans sa capitale. Nombre de nos clients genevois, des sociétés, des particuliers s’y trouvent et nous souhaitions les y accompagner. C’est pour le mieux puisque cette filiale française rencontre un franc succès !

 

Qu’est-ce qui rend cette banque unique à vos yeux ?

C’est une banque à taille humaine, qui compte 750 collaborateurs. Nous privilégions la proximité et la stabilité pour nos clients, en leur assurant un interlocuteur fiable sur le long terme. L’intérêt de la BCGE tient principalement à sa double dimension locale et internationale. Elle est suffisamment importante pour pouvoir exercer tous les métiers bancaires, mais sa taille lui permet de maintenir une grande agilité avec un cycle de décisions court et direct. L’expertise que nous développons pour notre propre compte est mise au service de nos clients. Nous mettons à disposition nos compétences en matière de gestion des risques, en cash management… plus que des produits bancaires, nous apportons du conseil. Notre ADN de banque suisse, fiable et solide, oeuvrant dans un contexte économique et politique stable, est une grande force.

 

ESCP EUROPE : L’OUVERTURE ENTREPRENEURIALE Jusqu’à l’entrée en école de commerce, on emprunte généralement une voie toute tracée. L’école, le baccalauréat, la classe préparatoire… Et tout d’un coup le champ des possibles s’ouvre et on jouit d’une liberté de choix (secteurs économiques, métiers) ! L’ESCP m’a donné un bagage utile mais surtout l’envie de me prendre en charge. Bien que mes parents aient été en mesure de payer mes études, j’ai pris le parti de travailler avec un entrepreneur pendant ma scolarité pour l’aider à développer une startup.

 

LA BCGE EN BREF UNE BANQUE :
universelle avec une mission d’appui à l’économie régionale des clients particuliers, entreprises et institutionnels solide cotée en bourse, Rating S&P A+ au rayonnement international (présence en Suisse, France, Hong Kong, Dubaï)

 

Contact : eric.bourgeaux@bcge.ch