L’industrie musicale a renoué avec la croissance et recherche aujourd’hui ses managers de demain. Pour les jeunes diplômés passionnés de musique, quelles compétences et profils sont aujourd’hui valorisés par les labels, éditeurs, producteurs de spectacles et autres entreprises du secteur?

 

Travailler dans l’industrie musicale n’est pas un projet inaccessible ainsi que le pensent encore de nombreux jeunes gens, passionnés de musique, mais peu informés des réalités de ses professions. En effet, cette industrie et ses métiers historiques ont beaucoup changé récemment, notamment avec l’explosion du streaming (qui assure aujourd’hui 85% des revenus de la musique numérique, revenus eux-mêmes en hausse insolente de +23%).[1] De nouveaux services, de nouvelles stratégies marketing, organisations et méthodes, font aujourd’hui émerger d’autres métiers de l’industrie musicale, venant s’ajouter à ceux qui existaient déjà. À quels types de talents s’adressent-ils ?

 

Formations initiales variées et profils atypiques

Différents types de formations initiales permettent d’intégrer l’industrie musicale (commercial, marketing, communication, ingénierie, juridique, etc.). Rappelons-le, ses métiers sont extrêmement diversifiés : manager d’artiste, directeur artistique, label manager, attaché de presse, producteur, tourneur, administrateur de festival, compte clé commercial digital, responsable de communication ou des relations publiques, chef de produit marketing, responsable digital, community manager, responsable licensing, superviseur musical… pour n’en citer que quelques uns. La porte est également ouverte à qui possède un profil entrepreneurial et souhaite développer une nouvelle offre, lancer une nouvelle structure de production, un nouveau festival, un nouveau service… Mais le secteur s’intéresse aussi aux candidats issus d’autres formations (philosophie, sociologie, musicologie, composition, etc.) et aux profils atypiques. Le critère essentiel dans le choix de ces profils reste, aujourd’hui encore, le même : la passion.

 

Pour convaincre : de la passion, mais « informée »

On attend des futurs candidats une véritable passion pour le secteur, c’est à dire : une passion à la fois informée et critique Pour intégrer l’industrie musicale, il ne suffit pas d’annoncer « aimer la musique », il faut aussi pouvoir affirmer concrètement son implication en apportant des exemples, mêmes modestes. Avez-vous créé un blog ? Avez-vous monté un festival ou une association ? Intervenez-vous dans des communautés ? Connaissez-vous la presse musicale ? En France et à l’étranger ? Vous-êtes-vous intéressé aux enjeux stratégiques de la filière ? Vous-êtes-vous rendu à tel ou tel événement professionnel ? Etc. L’industrie musicale est vaste et sa culture étendue ; évoquer précisément son intérêt pour l’un ou plusieurs de ses aspects est un préalable requis.

 

Des softs skills, avant les compétences techniques

Travailler dans la musique, c’est devoir constamment s’adapter et s’ajuster à des situations et interlocuteurs différents, aussi le « savoir-être » l’emporte-t-il sur les compétences techniques. On n’hésitera pas à préférer un profil atypique passionné et convivial au diplômé d’une grande école trop sûr de ses compétences ou possédant un mauvais contact. Le sens de l’écoute, une curiosité développée, un regard neuf et une créativité sans a priori sont ce que recherche en priorité l’industrie musicale. L’intelligence émotionnelle et la capacité à travailler en équipe y sont aussi très valorisées. Les industries de la musique ont aujourd’hui besoin de digital natives, passionnés, capables de comprendre leurs métiers historiques et de s’y ajuster grâce à leur savoir-être.

 

Être à l’aise avec les chiffres

Dans tous les métiers du management de l’industrie musicale, les aspects budgétaires sont omniprésents. Il est donc nécessaire de savoir élaborer et tenir un budget, savoir piloter un compte d’exploitation, etc. Par ailleurs, le recours au big data dans les labels (mais aussi plus largement), fait que les quantités de données disponibles sont désormais colossales : plateformes de streaming, sites de vente en ligne, réseaux sociaux, fournissent une quantité d’information brute qui doit être analysée et exploitée. Les entreprises du secteur demandent aujourd’hui aux jeunes talents d’être capables d’analyser les chiffres disponibles et de les synthétiser. Le « gut feeling » ne suffit plus : ils doivent faire usage de méthodes quantitatives d’aide à la décision. Se sentir à l’aise à l’aise avec les données chiffrées est désormais indispensable.

 

Profils entrepreneurs et « intra-preneurs » bienvenus

Les entreprises du secteur qui embauchent des « millenials » attendent d’eux qu’ils se comportent en entrepreneurs au sein même de leur structure, (d’où l’emploi du terme « intra-preneur ») ;  ils doivent pouvoir être leader sur un projet et capables de travailler de façon transversale. Parallèlement, de plus en plus de jeunes gens souhaitent aujourd’hui créer leur propre business lié à la musique : nouvelle structure de production, d’édition, de booking, de production de spectacle, (voire de véritables structures à 360°). S’ils en ont la capacité, il existe aujourd’hui des écoles et différentes entités qui peuvent les accompagner sur cette voie. Enfin, près d’une centaine de dispositifs sont destinés à accompagner le développement des services innovants de la musique (accélérateurs, pépinières, fab labs, etc.)[2] Les profils de startuppers y sont donc bienvenus et l’innovation plus que jamais encouragée face à la concurrence des GAFA.

 

[1] Source : SNEP (Syndicat des Editeurs Phonographiques) – 2017

[2] 96 dispositifs recensés par l’IRMA (Centre d’information et de ressources pour les musiques actuelles) en avril 2017