« Du moment que j’écoute, ce que je regarde est secondaire… »

 

Augustin Deney

Augustin Deney

C’est simple, limpide, et dans la bouche d’Augustin, cela semble tout d’un coup comme une évidence. Nul besoin d’être un œil de lynx pour s’en sortir dans la vie, voilà le message implicite que cachent ces lignes et à ceux qui en douteraient encore, l’étudiant peut rétorquer que son handicap ne l’a en aucun cas empêché d’intégrer l’une des plus prestigieuses écoles de France, Sciences Po Paris. Quel handicap justement ? Augustin est malvoyant, c’est-à-dire, pour faire simple – mais bien évidemment, c’est tout sauf simple -, que son champ de vision est réduit. Au primaire, loupe en verre et cahier à grosses lignes ont été ses alliés pour apprendre à lire et à écrire. Sans guère plus de difficultés que les autres. Différemment, c’est tout. Dès le CM1, il travaillait sur ordinateur et aujourd’hui, il se félicite d’être né dans l’ère du numérique, utilisant aux quotidien logiciel de synthèse vocale, liseuse et autres ustensiles aux noms barbares certes, mais qui l’ont aidé à accomplir une scolarité brillante.

Né dans une famille de quatre enfants dont il est le « p’tit dernier », le jeune homme se dit très entouré par ses proches, qui ne sont sans aucun doute pas étrangers à la naissance de cet enthousiasme et de cette fraîcheur de vivre qui ne le quittent jamais. Optimiste, fonceur, déterminé, il aimerait bien d’ailleurs qu’on se focalise davantage sur ses atouts que sur son talon d’Achille. Augustin décrit ainsi ce sentiment permanent qui découle de la simple présence des autres, le fait d’avoir « sans cesse l’obsession qu’on ne te prenne pas en pitié ». « Pour être considéré comme une personne normale, je vais devoir sans doute fournir plus d’efforts qu’elle pour arriver au même résultat. (…) J’ai toujours besoin de prouver, de combler le handicap entre les autres et moi ».

Conséquence : il essaye d’éviter les situations de faiblesse et, sans surprise, il « n’aime pas être différencié ». Sa philosophie : « Montrer aux personnes que tu peux t’en sortir quand tu es handicapé et montrer aux handicapés que tu peux t’en sortir ». Une jolie formule en miroir, comme pour renvoyer aux autres non seulement le reflet de ce qu’il est, lui (un jeune homme qui s’en sort très bien), mais aussi le reflet de ce qu’ils sont, eux (des individus qui le jugent sans savoir).

Et s’ils savaient justement, ils verraient qu’Augustin est comme tous ses camarades de Sciences Po, balancé entre le stress des examens et les sorties entre amis, les moments passés en famille et les voyages, les loisirs et les expériences professionnelles, comme celle qu’il a vécue l’année dernière aux JMJ, à Madrid. Ils verraient enfin et surtout un étudiant qui se plaint bien plus du regard des autres sur lui que de son regard à lui, qui pourtant souvent lui fait défaut. « Le gros problème que j’ai avec les lieux, c’est que lorsque je ne les connais pas, je ne sais pas me déplacer. Mais une fois que je les connais, je peux courir de partout. Sauf s’il y a des personnes qui arrivent en sens inverse », me dit-il en riant. Son handicap, il en parle donc sans complexe, avec humour. Aux autres désormais d’apprendre à aborder la différence avec rire et simplicité. Sans jugement, tout simplement.

 

1 personnalité qu’il admire :
Sa sœur, avec qui, plus jeune, on le comparait souvent, parce qu’il la trouve « trop forte », elle qui possède une déficience visuelle tout comme lui. Augustin raconte qu’elle s’est toujours beaucoup débrouillée, qu’elle a intégré une grande école et qu’elle s’est « pointée un jour à la maison en disant « Je pars au Canada » alors qu’elle « avait déjà tout préparé. »

 

2 expériences marquantes
La première expérience, « c’était pour mes 18 ans, mes parents avaient décidé de m’offrir un saut en parachute » raconte Augustin. Il se souvient que pendant la phase de chute libre « tu as une sensation de vitesse vertigineuse, c’est génial et flippant car la terre se rapproche à toute allure ! Puis le parachute s’ouvre. »
La deuxième, c’était un tour en tant que passager dans une F1. « C’était avec un groupe de personnes malvoyantes et aveugles. On a été invités par Total et Renault à aller vivre une journée de découverte sur le circuit de Budapest. On a fait des ateliers de découverte de plusieurs aspects des à-côtés du circuit et des tours sur le circuit avec des voitures de plus en plus rapides. J’ai trouvé toutes les premières voitures assez lentes, la F1 par contre c’était génial, ça tournait dans tous les sens, on allait à fond, on ressentait les virages, les vibrations, les sensations du pilotage. »

 

3 livres qu’il a aimés
• Le comte de Monte Christo d’Alexandre Dumas, avant tout, parce qu’il « aime bien les romans historiques en règle générale »
• Les piliers de la terre de Ken Follet, pour son intrigue politico-historique
• Harry Potter de J.K Rolling

 

4 valeurs auxquelles il tient
L’amitié, l’humour, le partage et l’engagement

 

5traits de caractère qui le définissent
Buté, fonceur, dynamique, optimiste et extraverti

 

Claire Bouleau
Twitter @ClaireBouleau