ENTREPRENEUSE INFATIGABLE ET TOUT AUSSI INFATIGABLE HÉRAUT DE L’ESPRIT D’ENTREPRISE QUI ANIME NOTRE PAYS, AUDE DE THUIN A ORGANISÉ EN DÉCEMBRE DERNIER AU GRAND PALAIS UNE EXPOSITION DÉMONTRANT PAR L’EXEMPLE COMBIEN LES « BÂTISSEURS FRANÇAIS » ÉTAIENT UNE FORCE SUR LAQUELLE ON POUVAIT COMPTER. ENTRETIEN AVEC UNE ENTHOUSIASTE CONCRÈTE…

Qu’est-ce qui vous a donné envie de créer cet évènement ?
Tout simplement le succès rencontré par les 5 forums « Osons » que nous avions organisés, en province, au cours des deux années précédentes. Je souhaitais démontrer que la France n’est pas dans l’état affligeant dont le qualifient certains ; montrer qu’il se passe dans notre pays beaucoup de choses extrêmement positives que les gens ignorent souvent. La perception collective que nous avons de notre pays est par trop négative alors que la création et l’innovation y sont au contraire à l’oeuvre, produisant des résultats économiques remarquables. Et pas seulement nos start-ups. De la green-économie au luxe, j’ai souhaité exposer toute la transversalité (comme on dit aujourd’hui) de notre savoir-faire, depuis ces étudiants-chercheurs en fac de médecine de Paris, leaders en télétransmission sur les opérations médicales, jusqu’à l’avion électrique d’Airbus. Car les talents de nos compatriotes sont innombrables et portent bien des fruits.

 

Comment votre idée a-t-elle été reçue ? Avez-vous reçu de l’aide et quand avezvous senti que cela « prenait » ?
Il est intéressant d’observer que les patrons des grandes entreprises telles que L’Oréal, Adecco, Orange ou Malakoff Mederic y ont tout de suite cru et on investit dans l’événement. Pour le reste, en dehors d’un patronage officiel du gouvernement et celui du ministre des Affaires Etrangères, je n’ai reçu aucune aide. Certaines personnes, en revanche, se demandaient quel parti politique pouvait bien se cacher derrière l’événement ! Aucun, naturellement, juste ma petite personne et des convictions qui se sont vues légitimées lorsque nous avons lancé l’appel à candidature pour sélectionner les 200 entreprises bâtisseuses qui représenteraient la créativité innovante dans notre pays et avons reçu plus de 1 200 réponses ! Nous avons alors recouru à des « têtes chercheuses » dans des établissements tels que Normale Sup, HEC, Paris Sciences & Lettres et bien d’autres pour nous aider à effectuer la sélection.

 

Quel fut le public de l’évènement ?
Nous avons parfaitement atteint notre but sur l’aspect BtoB : un public professionnel qui s’est immédiatement reconnu dans l’événement. En revanche, nous avons nettement moins bien su attirer le grand public et c’est une vraie déception. Peut-être aurait-il fallu communiquer de ce côté sur un message différent ?… Sans doute également n’avons-nous pas suffisamment joué la carte des réseaux sociaux. Nous réfléchissons donc à un modèle différent pour la prochaine édition, début 2016. Où l’entrée serait gratuite ?…

 

Qu’est-ce qui vous a le plus marquée ?
Cette magnifique créativité en ébullition. Comme si on fêtait la fin du french-bashing et la naissance du french-celebrating. Sans gloriole pays sans vision. On sentait vraiment une fabuleuse énergie en marche ; d’où mon regret de n’avoir pas attiré une assistance plus large côté grand public.

 

Quels enseignements majeurs les jeunes entrepreneurs de notre pays peuvent-ils retirer de cet événement ?
Qu’il existe bien plus de possibilités de créer son entreprise et de réussir qu’on ne le croit, ne le dit : il y a de l’argent, des soutiens, un tissu collaboratif solide et une lente, mais réelle, prise de conscience que la créativité française est excellente. Parmi les exposants et les visiteurs, plusieurs entrepreneurs avaient quitté notre pays il y a quelques années et y étaient revenus récemment. Dont acte.

 

Existe-t-il un « génie français » particulier qui nous distinguerait et qu’il faut cultiver ?
C’est un ensemble de choses, formant un terroir favorable : cette seule année, nous avons eu deux prix Nobel et un médaillé Fields de mathématiques, nombre de nos créateurs sont très demandés, dans divers secteurs, comme le designer Matthieu Lehanneur pour ne faire référence qu’à l’actualité. La qualité de notre enseignement est excellente, nos grandes entreprises sont performantes, nos PME extraordinaires et des start-ups comme Blablacar ou Criteo font rêver. Tout cela dans un pays cultivant un Art de vivre unique que nous envie le monde et dont la beauté est pratiquement un business model à elle seule !

 

Les Français semblent réconciliés avec l’entreprise. 89 % d’entre l’un de ceux, en Europe, où la création d’entreprise est la plus dynamique. C’est nouveau. A quoi ce « grand virage » est-il dû, selon vous ?
Il s’opère, c’est vrai – enfin ! – une évolution des mentalités. D’abord parce que trop de french-bashing c’est tout simplement trop. On a beau être l’une des nations les plus pessimistes, on a fini par se poser des questions sur le bien-fondé de ce dénigrement systématique. Cela vient beaucoup également de l’évolution de l’enseignement supérieur où l’on parle de plus en plus de l’entreprise, collabore avec ces entreprises et enseigne que l’entrepreneuriat est un des avenirs possibles. Et puis il y a toutes ces success-stories qui ne laissent pas indifférent et le fait, il faut le reconnaître, que créer son entreprise n’est plus si compliqué que cela, aussi aisé que dans bien d’autres pays.

 

Vous vous êtes « interdite de politique ». Néanmoins : quelques mesures simples ne pourraient-elles pas être prises pour accompagner ce mouvement et faciliter l’essor de la vague entrepreneuriale ?
Je me suis interdite de politique pour une raison simple : je suis trop sensible aux attaques. Mais c’est peut-être mieux ainsi. De la même manière que je me suis engagée à soutenir la cause des femmes*, je nourris un engagement fort pour soutenir le pays dans lequel je vis, une autre manière de faire de la politique. Je crois par ailleurs beaucoup au pouvoir de la société civile, à sa capacité de mettre en marche sa dynamique propre pour changer les choses. Les gens se prennent de plus en plus en main et l’évolution des mentalités comme des chiffres concernant l’entrepreneuriat témoignent de ce changement. Les entreprises font également bouger les choses ; de nombreuses manières. Voyez Michelin qui, depuis un an, libère du temps de travail à ses salariés pour qu’ils s’engagent dans la vie publique. 5 autres multinationales françaises ont décidé de suivre l’exemple et les jeunes créateurs d’aujourd’hui sont nombreux à tenir compte du rôle sociétal que doit aussi jouer leur entreprise.

 

Allez-vous donner une suite à Osons la France ?
C’est déjà fait. Nous avons lancé une série de « Osons » en entreprises dans lesquels nous faisons intervenir un pool unique de speakers : 420 personnes enthousiasmantes : bâtisseurs, économistes (Le Cercle des Economistes était aussi un de nos grands partenaires), jeunes créateurs inventant le monde de demain, des profils plus atypiques aussi, autant de gens que l’on n’a pas l’habitude d’entendre mais qui portent cette exemplarité avec force. Jusque dans les banlieues ! Le premier « Osons la France » en banlieue aura lieu en juin et deux ou trois autres suivront d’ici la fin de l’année. Parce qu’en banlieue on crée et réussit comme ailleurs et qu’il faut le faire savoir. Avec l’Institut Télémaque et « Mon Quotidien » nous allons également organiser « Mon premier forum économique » dans les collèges et avons déjà donné une conférence sur les métiers de demain. Saviez-vous qu’un jeune, de nos jours, aura en moyenne 13 métiers dans sa vie ?!… Et puis, bien sûr, il y aura le second Osons la France, au premier semestre 2016, revu et corrigé. Un programme chargé, mais passionnant !

 

* Aude de Thuin est la créatrice du Women’s Forum for the Economy & Society et l’auteur du livre « Femmes si vous osiez… le monde s’en porterait mieux » paru chez Robert Laffont

 

« OSONS LA FRANCE »
S’est tenu du 4 au 7 décembre 2014 au Grand Palais sur 13.000 m²
4 grands programmes de conférences
227 intervenants de haut niveau
200 bâtisseurs exposés
300 journalistes accrédités
18 000 visiteurs

 

JB