« Je souhaite emmener toute mon université vers encore plus de qualité en l’insérant dans un grand ensemble confédéral franco-suisse ouvert sur le monde francophone. »
Denis Varaschin Président de l’Université de Savoie

 

Denis Varaschin

Denis Varaschin

L’université versus Fioraso

Dans le cadre de l’internationalisation des enseignements, comment concevez-vous l’université française du 21e siècle ?
L’université française du 21e siècle sera internationale avec le développement d’un certain nombre de nouvelles technologies, ce qui suppose de revoir l’internationalisation des enseignements. Pour une université comme la nôtre, frontalière avec l’Italie et la Suisse, la question de l’internationalisation se pose au quotidien. En effet, à Genève, Lausanne et Turin, il existe de très grands établissements ayant une forte visibilité internationale. Nous avons signé un partenariat avec 27 établissements suisses regroupés au sein des Hautes Ecoles Spécialisées de la Suisse Occidentale (HESSO) ainsi qu’avec la canadienne UQTR, en avance sur nous dans ce domaine, pour développer ensemble l’enseignement à distance.

 

Quelle est la philosophie qui sous-tend les axes de votre stratégie pour les années à venir et quels sont-ils ?
Nous sommes placés sur un territoire dynamique démographiquement et économiquement, où se développent l’esprit d’entreprise et la volonté d’ innovat ion. Par ailleurs, nous n’oublions pas que nous sommes une université pluridisciplinaire, ce qui suppose de trouver un équilibre entre la préservation d’un savoir large et la nécessaire spécialisation que renforce la nouvelle loi Fioraso. Nous nous efforçons donc de mettre en oeuvre le triptyque « enseignements, recherche et valorisation » en respectant les différentes sensibi l i tés internes. Mais, tous, nous suivons attentivement nos étudiants et fondons notre enseignement de proximité sur une recherche de qualité dans la mesure où nous possédons des laboratoires de très haut niveau.

 

Les communautés d’établissement instituées par la loi Fioraso commencent à se mettre en place. Dans quelle structure locale allezvous vous intégrer ?
La loi Fioraso nous pose problème car elle s’inscrit dans des cadres nationaux, alors que nous sommes situés dans la région d’Europe potentiellement la plus importante en matière d’enseignement supérieur et de recherche. Notre souhait est double. Nous ne voulons pas appauvrir notre relation avec Lyon et Grenoble, tout en développant celle avec Genève. A Annemasse, au coeur du Grand Genève, la deuxième agglomération de Rhône-Alpes, le Préfet de Région et le Président de la Région Rhône-Alpes nous ont demandé de porter un projet universitaire rhônalpin et transfrontalier. Nous avons aussi proposé de restructurer l’Institut de la Montagne pour en faire un institut AURA L’université versus Fioraso (Alliance des Universités Rhône- Alpes) au sein duquel d’autres établissements sont appelés à nous rejoindre, en commençant par l’Ecole centrale de Lyon. D’un point de vue organisationnel, avant le 22 juillet 2014, nous devrons choisir entre la fusion, la communauté ou l’association. Cette dernière nous apparaît comme une formule souple et attrayante car elle permet d’établir des relations fortes entre les établissements sans aboutir à leur dilution. En effet, nous souhaitons conserver le nom « Savoie » dans notre signature et sur nos thèses, ce que nos amis grenoblois nous refusent dans le cadre d’une communauté, pour l’heure.

 

Les implantations de l’Université de Savoie

De quelle manière parvenez-vous à mettre en synergie vos trois campus en matière pédagogique ?
Nous disposons de trois sites qui ne développent pas les mêmes types d’enseignement mais dans lesquels s’insèrent des composantes bilocalisées. hôtellerie et loisirs à Jacob-Bellecombette et les domaines relatifs à la gestion, finance et marketing à Annecy. Polytech, notre école d’ingénieurs, est implantée à Annecy (mécatronique) et au Bourget (énergie- bâtiment) deux campus. Nos deux IUT d’Annecy et de Chambéry travaillent de façon complémentaire. Notre faculté de droit et notre UFR LLSH vont prendre pied sur le campus d’Annecy dans le cadre d’une « Maison de l’international ». Et certaines disciplines sont transversales aux composantes et aux sites, à commencer par les langues.

 

L’Université de Savoie privilégie les partenariats avec les acteurs de la région et des pays limitrophes (Italie, Suisse). La dimension européenne, voire mondiale, fait-elle partie de vos projets de développement ?
Nous devons préserver les contacts individuels tous azimuts qui permettent le développement des relations internationales, tout en identifiant des partenariats forts au niveau de l’université. En effet, en matière d’enseignement de recherche et de valorisation, nous avons défini les cibles bien précises que sont la Russie (chaire UNESCO de l’Eau avec Irkoutsk), la Chine (avec l’université du Sichuan et Guilin, ainsi qu’une demande d’Institut Confucius), le Canada (Université de Trois-Rivières). Notre chaire Senghor de la Francophonie nous conduit à envisager des formations et de la recherche dans le domaine de l’humanitaire et du développement durable avec des partenaires africains.

 

La formation continue débouchant sur des diplômes nationaux tient une grande place dans vos activités. Allez-vous également développer le sur-mesure pour les entreprises ?
Nous avons créé un « Club des entreprises » qui compte une centaine de membres fondateurs, auquel participe un millier d’entreprises qui nous apportent des moyens (argent, offres de stage, emplois…). Quand nous créons une formation, nos enseignants peuvent la présenter devant ce club dont les membres donnent leur point de vue sur l’intérêt qu’elle présente. Un dialogue s’instaure conduisant à une évolution du projet qui tient compte de l’ensemble des avis. Notre organisation Altus vise à développer la formation continue dans l’ensemble de nos composantes car, à mes yeux, elles sont toutes professionnalisantes. Chaque étudiant trouvera sa place dans la société en s’insérant dans le marché du travail. Chaque année, nous organisons une semaine complète consacrée à l’entreprise et à l’emploi. En matière de sur-mesure, nous formons des collaborateurs d’Alsthom pour ses sites africains. Enfin, nos laboratoires qui privilégient la recherche appliquée ont noué des liens fructueux avec bien des entreprises (Air liquide, EDF…) ou des ensembles structurés comme Arve Industries.

 

Les universités, les grandes écoles sont donc en train de transformer leurs cours en ajoutant des composants e-Learning pour répondre au mieux aux besoins des nouveaux objectifs fixés à leurs étudiants. Vous situez-vous dans cette tendance ?
Le e-Learning ne constitue pas une révolution éducative. Il a été dépassé par les MOOCs, qui proposent des éléments intéressants et quelques faiblesses. Les taux d’abandon sont élevés et les taux de réussite très faibles. Toutes ces nouvelles technologies participent d’un mix pédagogique dont s’occupe l’organisation « Apprendre » que nous avons mise en place afin d’accompagner les enseignants dans leur pratique pédagogique, notamment numérique.

 

Recherche et professionnalisation
Pour quelles raisons avez-vous choisi d’organiser votre recherche autour de trois thèmes transversaux ? Nous devons nécessairement regrouper nos forces et renouveler nos axes de recherche pour obtenir plus de visibilité. Dans cet esprit, ces dernières années, deux axes avaient été définis : montagnesolaire et physique-mécatronique. Une enquête interne récente a montré les limites de cette approche. Par ailleurs, les nouvelles modalités d’évaluation nous demandent de définir des « domaines ». Nous avons engagé un débat interne : Eau, Energie, Environnement ; Montagne, Sport , Tourisme ; Usage, Organisation, Technologie, et d’autres propositions, sont en train d’émerger.
Classée numéro 1 en France pour les mobilités internationales ERASMUS, comment les stages à l’international permettent-ils une meilleure insertion de vos diplômés ? Outre l’évidente maîtrise de la langue et les apprentissages techniques, ces stages apportent à nos étudiants le sens du groupe, l’ouverture d’esprit et donc une formation plus humaniste qui prépare pleinement à l’avenir.

 

Patrick Simon