L’arrivée du numérique a bousculé les pratiques des particuliers usagers comme celles des professionnels de la banque. De nouveaux acteurs se déploient : les FinTech. Qui sont-elles ? Comment challengent-elles les banques traditionnelles ? Explications de Claire Souvigné et Guillaume Lefebvre de l’INSEEC et d’Anaïs Raoux de Wake Up.

 

(c) Nicolas Lartigue

La FinTech est une société innovante et indépendante, dont l’innovation peut porter sur des aspects technologiques, le business model ou des aspects réglementaires. C’est sur ces terrains qu’elle entend challenger la banque traditionnelle. « Les FinTech sont à la banque, ce qu’AirBnb est à l’hôtellerie. Ce sont des startups qui sont plutôt en avance par rapport aux grandes entreprises verticales », résume Guillaume Lefebvre, responsable d’un programme finance d’entreprise à l’INSEEC.

 

 

Digitalisation, accessibilité et transparence : piliers des FinTech

Crédits Pierre Gautheron

Avec le numérique, de nouvelles habitudes ont émergé chez les consommateurs. Pour Anaïs Raoux, fondatrice du centre de formation Wake Up, les FinTech gagnent en puissance car elles répondent parfaitement à ces nouveaux besoins. « Ces entreprises sont transparentes, accessibles et leurs produits sont simples d’utilisation. La technologie démocratise l’accès à la banque pour tous les Français. Par exemple, le robo-advisor simplifie la gestion de l’épargne. Alors que dans une banque traditionnelle, les consommateurs n’ont pas accès à un conseiller en gestion de patrimoine en dessous d’un certain montant et que leur argent ne fructifie pas. De plus, les FinTech proposent des services clients capables de répondre aux demandes 7j/7, 24h/24. » L’accessibilité des services est même l’un des points forts des FinTech, selon Guillaume Lefebvre. « Les FinTech favorisent la digitalisation. Elles nous donnent accès à nos comptes sur nos appareils électroniques. Tout peut se faire depuis le smartphone. »

Bousculer les codes

Au-delà de proposer des innovations aux clients, les FinTech bousculent les institutions historiques de la banque. « Les acteurs traditionnels ont commencé à investir ce secteur en 2016, alors que le mouvement des FinTech a débuté en 2008. Elles grignotent des parts de marché et risquent de réduire de manière drastique les revenus des banques d’ici 2030. La banque telle qu’on l’a connue n’existera bientôt plus. Il y a une réelle transformation de la société, les gens veulent comprendre comment est géré leur argent », explique Anaïs Raoux.

Un secteur très challengeant

(c) Nicolas Lartigue

Les FinTech grandissent à une vitesse fulgurante. C’est pourquoi il faut être le plus performant possible. « Nous proposons tout un volet sur le développement personnel : comment gérer l’incertitude ou utiliser son intuition pour prendre des décisions par exemple, car c’est un milieu parfois difficile. Nous favorisons également la rencontre avec les professionnels. Ils témoignent sur leurs succès, mais également leurs doutes et leurs échecs. C’est très inspirant pour les élèves. » Il existe encore peu de formations dans les FinTech. Pour Claire Souvigné, directrice des programmes Bachelor à l’INSEEC, le secteur est challengeant car il impose de proposer une formation insufflant une double culture bancaire et digitale. « Il ne sert à rien de former uniquement des opérateurs du digital qui seront ostracisés dans leur travail quand on sera au tout numérique. Les élèves se doivent d’avoir les codes de l’audit, du prêt, mais aussi du numérique. Il est encore difficile d’arriver à lier cette double compétence dans les formations. » Le secteur des FinTech recherche toujours plus de nouveaux talents. « L’offre dépasse la demande, explique Guillaume Lefebvre. Une entreprise souhaite d’ailleurs réaliser, avec nous, une alternance avec des CDI à la clé. » Avis donc aux passionnés de technologie et de finances.

Qui sont les nouveaux acteurs de la banque ?

Nous nous sommes intéressés aux FinTech qui façonnent aujourd’hui nos habitudes bancaires de demain. Rencontre avec ces acteurs grandissants.

Rencontre avec Cyril Chiche, cofondateur et CEO de Lydia, spécialisée dans les solutions de paiement mobile et de transferts d’argent entre particuliers.

(c) Géraldine Aresteanu

Lydia, qu’est-ce que c’est ? C’est une application de paiement mobile qui permet à tous les Européens de pouvoir sortir de chez eux sans portefeuille et de payer facilement avec son mobile. Nous facilitons également les échanges d’argent entre particuliers.
Pourquoi se lancer dans la FinTech ? Je n’y connaissais rien en FinTech. Je vendais des systèmes de stockage et d’archivage des données à des banques. Grâce à mon métier, j’ai beaucoup voyagé notamment en Asie et en Afrique et cela m’a ouvert les yeux. Depuis plusieurs années, on nous promet l’arrivée du paiement mobile, mais rien ne se passe. Quand j’ai vu qu’au Kenya, 80 % de la population utilise son smartphone pour payer, je me suis rendu compte que le problème ne venait pas de la technologie, mais des usages. En parallèle je me suis aussi intéressé aux virements entre particuliers et comment l’accélérer. J’ai donc voulu offrir ces solutions au grand public.
Comment collaborez-vous avec les banques ? Sans les banques, les FinTech ne peuvent pas travailler. Nous avons la possibilité et l’amplitude de faire des expérimentations qui plaisent aux banques et qu’elles reprennent par la suite. Dans certains cas, les banques rachètent même les startups.
Quelles sont les prochaines innovations au service des clients ?
Plusieurs tendances se dessinent :
L’arrivée massive d’outils technologiques plus profonds : machine learning, intelligence artificielle, etc.
L’internationalisation des FinTech qui étaient auparavant sur des modèles plutôt nationaux
La consolidation et la maturation du modèle des FinTech
Chez Lydia, notre ambition pour 2018 est de terminer l’année avec deux millions d’utilisateurs, nous imposer comme un acteur incontournable à l’international.

Rencontre avec Jérémie Rosselli, General Manager France de N26, banque en ligne en plein essor.

Qu’est-ce que N26 ? N26 est une banque 100 % mobile. Il est possible de faire toutes les opérations avec son smartphone (virement, prélèvements, etc.) et même d’ouvrir son compte un dimanche.

La FinTech est-elle l’avenir de la banque ? Les FinTech bousculent à l’évidence les banques traditionnelles. Grâce aux dernières technologies et en digitalisant certains process, elles arrivent souvent à fournir de meilleurs services, plus innovants et même plus compétitifs. Pour s’adapter, les banques devront soit s’y associer, soit les racheter, soit innover.

Comment N26 collabore-t-elle avec les banques ? N26 est une banque à part entière comme les banques traditionnelles. Nous sommes souvent approchés par ces acteurs qui souhaitent collaborer avec nous. Il reste pour le moment beaucoup plus facile pour nous de travailler avec d’autres FinTech qui sont plus agiles et plus innovantes. Par exemple, il ne nous a fallu que 2 mois de négociations et 4 mois de développement avec Younited Credit pour être capable de proposer du crédit à la consommation aux clients de N26. À l’opposé, il fallait plus de 6 semaines pour organiser un premier rendez-vous téléphonique avec des acteurs traditionnels.

Quelles seront vos prochaines innovations au service des clients ? Motus et bouche cousue, mais c’est promis, nous allons continuer à innover à construire la banque que les clients rêvent d’avoir. C’est notre engagement.