Jeudi 8 décembre, le Théâtre des Variétés accueillait Arcade, une journée de trois conférences successives co-organisées par plusieurs associations étudiantes : Istec conférence, Dauphine Dicussion Débat, Tribunes ESCP et Politix. Pour le troisième et dernier débat de la journée, les organisateurs avaient fait venir les représentants des mouvements politiques jeunes (PC, PS, EE, MODEM, UMP et FN) ainsi que Maxime Verner, le plus jeune candidat aux élections présidentielles. Deux étudiants de l’ISTEC et de POLYTECHNIQUE animaient la rencontre.

 


Marine Le Pen interdite de conférence

Deux jours avant Arcade, Dauphine Discussion Débat avait vu l’intervention qu’elle organisait avec Marine Le Pen annulée après l’action de plus d’une centaine de manifestants. Le président de DDD Grégoire de Rugy, également co-organisateur d’Arcade, a donc profité de cette actualité encore toute fraîche pour faire intervenir les 6 représentants jeunes sur la question.
–> D’un côté, Rama Sall, qui représentait le MJS, s’est déclarée favorable à l’action des manifestants. « On considère qu’il ne faut pas banaliser la parole de l’extrême droite » expliquait-elle. Avant d’ajouter que « c’était un mouvement non violent », contredisant ainsi les propos de Grégoire de Rugy qui avait justement quelques minutes plus tôt déploré la violence des protestants, racontant que certains de ses camarades avaient été blessés.
–> De l’autre côté, tous les jeunes politiques se sont accordés pour décrier cette attitude antidémocratique. « Ces gens-là se comportent comme des antidémocrates (…) Nous, on n’arrête pas de nous traiter d’antidémocrates » remarquait Julien Rochedy du FN. Les représentants du PC, d’EE, du MODEM et de l’UMP ont tous les quatre insisté sur la nécessité de combattre le message de Marine Le Pen, certes, mais par les idées et non par les actes. « La démocratie au sens du mouvement démocrate c’est élever à son plus haut niveau la responsabilité et la conscience politique » déclarait François-Xavier Pénicaud du Mouvement des Jeunes Démocrates, faisant d’ailleurs remarquer que laisser la parole au FN permet de faire entendre l’absence de solution qu’il propose.

 

Le rôle des jeunes représentants dans les partis

Les étudiants interviewers ont ensuite questionné les intervenants sur leur rôle vis-à-vis des partis, leur demandant s’ils se sentaient réellement écoutés par leurs aînés. Pierric Annot du PC a évité la langue de bois, lâchant un «  Ca serait mentir de dire que les partis politiques sont au taquet sur toutes les questions de jeunesse ». Personne n’a démentit et d’ailleurs, Wandrille Jumeaux d’Europe Ecologie, avait expliqué quelques minutes auparavant que les jeunes se sentent « parfois écoutés par Europe Ecologie, parfois moins », l’essentiel étant que certaines idées soient reprises. De son côté, Julien Rochedy du FN disait penser que « c’est bien que chaque parti ait un mouvement jeune » avant de positionner le FN comme « le premier parti rebelle » , parce que face aux messages anti FN des parents, des professeurs «  être rebelle aujourd’hui c’est être un petit peu avec Marine Le Pen « .
Enfin, Maxime Verner, le plus jeune candidat à la présidentielle, sans aucune étiquette politique, voyait quant à lui la question d’un œil différent. Ayant fait remarquer aux autres intervenants que seulement 2% des jeunes Français sont encartés, il a ainsi voulu mettre en évidence les limites d’un système partisan, qui réduit les possibilités d’engagement pour les jeunes à seulement deux alternatives : « Soit tu veux devenir élu, soit tu vas coller des affiches, ben il y a un truc entre les deux ».


Le pourquoi de l’engagement

S’en est suivit une question sur la raison du choix de chacun des jeunes engagés pour son parti, les deux élèves journalistes se demandant si cette décision était « fortuite », adjectif qui a quelque peu fait bondir les invités. « Quand on prend des responsabilités dans les partis jeunes, ce n’est pas fortuit » s’est exclamée Rama Sall. « J’ai choisi le PS parce que c’est le parti qui a permis des avancées pour les salariés. (…) Je pense sincèrement que c’est le parti qui aujourd’hui peut modifier la société là où les autres partis ne le peuvent pas. » Wandrille Jumeaux d’ Europe Ecologie  a confié de son côté qu’il avait « l’impression que les préoccupations des autres partis politiques étaient décalées », eux qui se focalisent, qui sur la peur de perdre la grandeur de la France, qui sur la question de la dette ou de la compétitivité. « Notre système économique va droit dans le mur. (…) J’ai eu l’impression que c’était les écologistes qui apportaient des réponses ».
Pierric Annoot a expiqué son choix par son adhérence aux valeurs du PC (« Compétition contre coopération, concurrence contre solidarité ») tandis que Julien Rochedy du FN a déclaré, solennel et presque la larme à l’oeil « Je suis tombé amoureux de mon pays » avant de continuer avec davantage de sérieux : «  C’est une maladie honteuse, surtout en France. Aux Etats-Unis c’est très bien. (…) Il n’y a qu’un parti qui a tenu un drapeau entre ses mains c’est le FN ».
Benjamin Lancar a ensuite pris la parole, résumant le choix de l’UMP par le fait d’avoir assisté à la réussite de ses parents partis d’en bas, ce qui lui « a donné beaucoup confiance en l’individu ». Maxime Verner enfin, légèrement mis de côté par la question qui se focalisait sur le lien entre les jeunes et les partis, a tout de même donné son avis : « Au delà des partis un engagement peut compter, peut valoir ».

 

Un débat mouvementé

Tout au long de la soirée, les candidats se sont laissés prendre au jeu des boutades et des accusations, donnant au débat un ton parfois acide, mais souvent comique. Alors que Julien Rochedy du FN, évoquant les questions de la pauvreté ou encore des banlieues se plaignait que « quand la gauche dit ça, c’est génial, quand le FN dit ça, c’est mal », François-Xavier Pénicaud du Mouvement Démocrate lui lançait, un peu plus tard : « Tu as dit que votre programme économique tenait la route ce qui est une belle bêtise », tandis que Wandrille Jumeaux, d’Europe Ecologie, s’attaquait également au responsable du FN : « Je vois pas trop l’intérêt de montrer son drapeau ».
Pendant ce temps, PS et UMP se livrait une bataille, la première accusant Nicolas Sarkozy d’avoir causé un chômage tel qu’il y a désormais un chômeur toutes les trois minutes pendant que le deuxième évoquait Martine Aubry comme celle « qui, je crois, s’y connaît bien dans les dispositifs qui ne fonctionnent pas vu que c’est la maman des 35 heures ».
Les attaques ne se sont cependant bien entendu pas cantonnées au clivage gauche-droite, Pierric Annoot du PC ne se gênant pas pour déclarer :  « Que le PS ne s’accapare pas les avancées sociales du XXème siècle !»

 

Claire Bouleau
@ClaireBouleau

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