La santé d’une économie dépend en grande partie de la santé des institutions financières qui financent son activité. De ce fait, un traitement tout particulier est réservé aux banques en matière de réglementation financière. Il leur est demandé, entre autre, de maintenir un montant de capital minimum afin d’augmenter leur résilience, ou capacité à survivre à un choc économique majeur.

 

Christophe Pérignon

Christophe Pérignon, professeur associé de finance HEC Paris

 

La question centrale est donc celle de la détermination de ce capital réglementaire. La difficulté pour les autorités de supervision bancaire d’un pays est de maintenir un juste équilibre entre des exigences de capital trop faibles qui fragiliseraient le système bancaire et des exigences de capital trop élevées qui pénaliseraient la compétitivité des banques locales.

 

Risques bancaires : diviser pour mieux gérer ?
La solution retenue depuis les années 90 est d’harmoniser au niveau international la réglementation bancaire afin de réduire les risques d’arbitrage réglementaire entre pays (opérer depuis les pays disposant des règles les plus clémentes). L’approche standard est basée sur les principes suivants :
(1) Le capital requis augmente avec le risque total actuel de chaque banque. La mesure de risque privilégiée est la Value-at-Risk (VaR), définie par un niveau de perte qui ne devrait en pratique n’être dépasséque 1 % du temps.
(2) L’analyse de risque suit une approche en silo distinguant les risques de défaut (risque de pertes dues aunon-remboursement de prêts accordés par la banque), de marché (risque de pertes dues aux fluctuations de marché), et opérationnels (erreurs humaines, fraudes et défaillances des systèmes d’information).
(3) Les expositions aux risques de défaut, de marché et opérationnels sont quantifiées à l’aide de modèles statistiques et de données internes à la banque.

 

Cercle vicieux et externalités
Cette approche a fait l’objet de nombreuses critiques de la part du monde académique, et ces critiques se sont faites plus pressantes depuis la récente crise financière. Un premier problème est le fait que le capital exigé augmente avec la volatilité des marchés, lors d’une crise financière par exemple, ce qui pousse les banques à vendreleurs actifs risqués en toute hâte. Cette action accroît à son tour la volatilité et forme un cercle vicieux.Une deuxième limite du système actuel est qu’il néglige les relations interbancaires : le fait qu’une faillite bancaire fragilise toutes les banques qui entretiennent des relations commerciales avec la banque en faillite.

 

Taxer le risque comme une émission polluante
Une solution innovante consisterait à mesurer la contribution de chaque banque au risque global du système et d’utiliser cette mesure (appelée CoVaR) pour déterminer le capital réglementaire de cette banque. Conformément au principe du « pollueur-payeur », le but serait de taxer plus lourdement les entreprises qui contribuent le plus au risque du système. La particularité de ce système est de pénaliser de manière exante et de ne pas attendre la matérialisation du risque avant d’intervenir. L’approche de la CoVaR offre plusieurs avantages. Elle tient explicitement compte des externalités générées par une banque sur le système. De plus, il est possible de prévoir la CoVaR future à partir du prix des actions et de variables macro-économiques. Cette prévisibilité permet aux autorités de supervision d’augmenter le capital réglementaire avant la survenance d’une crise financière, et non pas pendant comme c’est le cas aujourd’hui.

 

Pour en savoir plus
“CoMargin: A System to Enhance Financial Stability”, Jorge Cruz Lopez, Christophe Hurlin, Jeff Harris et Christophe Pérignon, 2011  (disponible sur www.hec.fr/perignon)

 

Christophe Pérignon, professeur associé de finance HEC Paris

 

Contact : perignon@hec.fr