Les développements récents au niveau de l’intelligence artificielle (IA) pourraient nous amener à penser qu’un jour les robots supplanteront l’humain dans tous les domaines d’activités, y compris le management. Mais si l’IA est aujourd’hui capable d’égaler, voire parfois de dépasser le cerveau humain pour réaliser des taches modélisables par des algorithmes, l’intelligence humaine garde une longueur d’avance pour aborder des problèmes complexes. Décodage.

  Intelligence artificielle VS intelligence humaine L’intelligence humaine (IH) est une capacité générale de raisonnement, de gestion d’idées abstraites, de résolution de problèmes, d’adaptation, d’apprentissage expérientiel et de capacité à changer son environnement en utilisant les connaissances acquises. Elle intègre des fonctions cognitives (perception, attention, mémoire, langage, etc.). L’intelligence artificielle consiste en des systèmes intelligents capables d’analyser les environnements et de produire des actions en reproduisant des systèmes cognitifs humains caractéristiques de l’intelligence humaine. L’IA a aujourd’hui parfois l’avantage: collecte directe et recherche de l’information (ex : moteurs de recherche internet), capacité de stockage de données, traitement de volume de données à la seconde. Si le recours à la perception (5 sens) et aux émotions n’est pas essentiel, l’IA est une solution plus rapide, précise et fiable. Il n’y a pas de biais cognitifs ni de saturation, la répétition à l’identique peut être infinie, etc. Dans les autres cas, c’est l’intelligence humaine qui se révèle supérieure, particulièrement dans un environnement vaste et complexe, où différents types d’intelligences doivent être mobilisés. Cela nécessite d’identifier les informations pertinentes, d’établir des liens entre différentes problématiques, de faire des analogies et de transposer des concepts, et aussi d’apprendre des expériences qu’il s’agisse de réussites ou d’échecs.

C’est le cerveau qui fait la différence

La supériorité de l’intelligence humaine est liée à la nature et au fonctionnement du cerveau. Indissociable de notre corps, de nos cinq sens et de nos émotions, ce tout fait de nous des champions de l’adaptation face à la nouveauté ou un problème, qui sont le lot quotidien des managers !! Cela nous permet de mobiliser plusieurs formes d’intelligence qui nous caractérisent : logico-mathématique, visuelle-spatiale, kinesthésique, relationnelle…. C’est aussi pour cela qu’on apprend mieux en bougeant et que certaines réunions en entreprise se font désormais debout, ou en faisant du vélo d’appartement ! L’intelligence humaine nous procure de ce fait de nombreux avantages et une forte créativité, qui s’associent à notre capacité distinctive de pouvoir nous fixer des objectifs supérieurs, imaginer par exemple un plan stratégique ou une réponse à une situation de crise. Ces éléments ne sont pas reproductibles par une intelligence artificielle. D’ailleurs, on ne connaît à ce jour pas plus de 10 % du fonctionnement du cerveau. Le management relève plus de l’art que d’une science, ce qui le rend difficilement imitable par des systèmes experts. L’un des rôles clés du manager est de prendre des décisions dont beaucoup sont complexes. Ainsi, l’IA ne peut se substituer aux managers mais peut leur apporter une aide précieuse, par exemple en support d’aide à la décision sur des actions marketing par exemple, ou à l’encadrement, la motivation de ses équipes. Par exemple, des systèmes sont déjà capables d’analyser un état mental comme la dépression ou des signes d’insatisfaction sur la base de l’analyse de micro-expressions faciales ou d’un ton de voix, etc. Si l’on imagine que l’entreprise laissera rentrer ce type d’outils en son sein, l’IH associée à l’IA permettrait de décupler son potentiel, dans la mesure où ces systèmes sont bien développés à cette fin et non comme une fin en soi dans une tentative de pâle imitation ou d’innovation washing.

Céline Legrand © F. Sénard / Audencia

Céline Legrand est Professeure à Audencia Business School