Diplômée des plus grandes écoles, Aline Sylla-Walbaum s’est construit un parcours éclectique au gré d’une intarissable soif d’apprendre. Aujourd’hui, elle retrouve avec bonheur cette culture qui lui est si chère.

 

Aline Sylla-Walbaum, Directrice Générale de Christie’s France

Aline Sylla-Walbaum, Directrice Générale de Christie’s France

HEC, Sciences-Po, l’ENA, puis Inspection des Finances, Musée du Louvre, cabinet de F. Fillon, Unibail-Rodamco et, aujourd’hui, Christie’s… Quel guide intérieur sous-tend votre parcours ?
Le coup de coeur et la rencontre avec des patrons dont j’espérais apprendre. L’inspection générale des finances offrait l’avantage d’être très ouverte et j’y ai effectué une magnifique mission sur les trésors nationaux. Piloter ensuite le développement culturel du Louvre fut un authentique bonheur et comment refuser d’intégrer le cabinet d’un premier ministre, découvrir l’envers du décor ? Mais si on y arbitre tout, on n’a prise sur rien, n’est pas acteur. J’ai alors voulu voir ce que je valais vraiment, à l’opposé de mes bases, dans un groupe immobilier : 100 % d’approche entreprenariale ! J’ai beaucoup appris. Puis Christie’s : l’art de nouveau. Un job très complet : gestion, stratégie, relations, international et une super équipe…

 

Vous parlez 5 langues, addict à la culture depuis toujours, ce qu’on ne vous enseignait pas, vous l’appreniez seule. C’est si important que ça, la culture ?
Une SCI avait été baptisée « Lidice ». La consonnance, prononcée à la française, est certes musicale, mais, pour moi, ce sera toujours le nom d’un village victime de la barbarie nazie, l’ Oradour-sur-Glane thèque. Je n’aurais pas choisi ce nom. Vous faîtes affaire avec des Chinois, avez bétonné chaque mot du contrat. Pour vous, c’est la « fin », ouf ! Un peu surpris quand même que vos partenaires regardent à peine ce qu’ils signent puis… ne fassent rien comme prévu. Pour eux, le contrat marque… le début ! Ne serait-ce que pour ça : comprendre l’autre. Tout est culture. Dans la rue, l’architecture, gratuite, visible de tous, nous raconte et nous influence et ne parlons même pas de tout ce « superflu » qui seul, parfois, rend la vie supportable dans les moments difficiles : un bon livre, un grand film, une musique témoignant de ce qu’il y a d’universel dans l’humain et constituant le seul lien véritable entre tous les habitants de cette planète.

 

Certaines grandes écoles entendent diminuer la part prise par la culture générale dans leurs épreuves d’admission…
L’idée est qu’il n’est pas équitable d’opérer une sélection sur un domaine du savoir où l’inégalité des chances entre les postulants est sans doute la plus forte. Or, on sait combien, à cet âge, c’est vrai en ce qui concerne la culture générale. Je suis donc d’accord pour minimiser une discrimination privant les écoles de certains bons profils. En revanche, passé l’admission, plus il y a de culture, mieux c’est. A Science-Po, les cours de Jaffrelot sur l’Inde, de Roy sur l’Islam, la peinture, le cinéma italien, tout cela représente la partie la plus riche de l’enseignement que j’ai reçu.

 

La différenciation par le sexe sera bientôt un non-sujet
Dirigeante, femme, mère, vous semblez parfaitement heureuse. Quels conseils donner à celles qui s’apprêtent à s’élancer dans la vie professionnelle ?
L’employabilité me paraît la base ; qui sait de quoi demain sera fait ? Puis faire les choix qui vous épanouissent : si vous n’êtes pas au travail ou pas à la maison, qu’au moins vous soyez heureuse là où vous êtes. Avoir confiance en soi et ne pas se poser de barrière mentale, du genre : « oui, mais je suis une femme » ; la génération aux affaires n’a plus ce genre de barrière et les plus âgés évoluent grâce à… leurs filles ! J’en ai vu s’indigner de ce qu’elles devaient parfois subir. Mais je suis optimiste, la différenciation par le sexe sera bientôt un non-sujet.

 

JB