Décideurs publics et privés, jeunes, médias, diasporas, entrepreneurs, startupers, entreprises, réseaux d’éducation/formation, patronats africains : tous les acteurs majeurs d’Afrique et de France étaient réunis lors du premier Forum de la Jeunesse et de l’Entrepreneuriat entre l’Afrique et la France organisé par le Medef les 6 et 7 décembre derniers. Au programme : potentiels et talents de la jeunesse, force des réseaux de la diaspora, numérisation du continent, diversification de l’économie, infrastructures, éducation, formation , entrepreneuriat, féminisation, développement des territoires… Morceaux choisis – Par Clarisse Watine

Se former à l’Afrique, apprendre de l’Afrique

C’est le moment de l’Afrique

Diversité, jeunesse et métissage sont indéniablement devenus aujourd’hui les meilleurs atouts de l’Afrique. Mais comment les appréhender et apprendre d’eux ? Pour Jean-Joseph Boillot, conseiller au Centre de recherche français dans le domaine de l’économie internationale (CEPII), le constat est clair « C’est le moment de l’Afrique, elle est prête pour construire le monde du 21e siècle. »

 

Mais pour le construire, il faut avant tout sortir des clichés liés à l’Afrique. Pour Mamadou Sinsy Coulibaly, président du CNPM et du groupe Klédu, « on lie toujours Afrique et alternatives. Mais des solutions alternatives il n’y en n’a pas ! Pour être compétitifs, les Africains doivent être capables de produire comme tout le monde avec des outils ultra technologiques. Et ils ont l’énergie pour le faire. »

 

« Si une bombe atomique explose, le dernier survivant sera Africain ! » – Mamadou Sinsy Coulibaly, président du CNPM et du groupe Klédu

 

Comprendre les réalités des Afriques

 

Mais qui dit construction du monde du 21e siècle dit forcément entreprise et entrepreneuriat. C’est d’ailleurs ce qu’encourage Thami Ghorfi, Président d’ESCA Ecole de Management. « Nous sommes une school for business for society, pas juste une business school. » Une société dont la complexité liée notamment à son Histoire, doit évidemment être prise en compte. « Il est essentiel de comprendre que même si les opportunités y sont immenses, en Afrique, un jeune entrepreneur est un combattant désarmé face à toutes les hostilités. C’est pour cela qu’il faut apprendre à saisir les opportunités qui s’y présentent dans une autre posture. On met souvent l’entrepreneuriat en Afrique sous le signe de l’entrepreneuriat social mais les plus belles des énergies doivent aussi s’exprimer dans l’entrepreneuriat d’opportunités », ajoute-t-il.

Une diversité sur laquelle insiste également Firmin Edouard Matoko, sous-directeur général pour l’Afrique à l’UNESCO. « Il y a différentes Afriques, avec des réalités positives et d’autres qui n’avancent pas. C’est pour cela qu’il faut investir dans la formation, créer des pôles de croissance, voir ce continent dans la multiplicité de ses cultures. »

 

C’est en Afrique que les choses se passent. En 2030, 80% de la jeunesse mondiale sera africaine. Si l’Afrique a besoin de l’Europe, l’Europe ne pourra pas faire sans l’Afrique.

 

Africa 2030 : ambitions pour l’Afrique

 

Un continent en pleine transformation

 

« Construire l’Afrique de demain requiert un environnement sûr, du travail, un bon système de santé et d’éducation. » Reprenant les mots de Nelson Mandela, Khaled Igue, président du Club Afrique 2030 insiste sur les changements à opérer pour que l’Afrique de demain puisse assumer haut et fort ses ambitions.

 

En effet, le continent a changé : il compte aujourd’hui 50 % de jeunes de moins de 18 ans, rassemble 60 % des terres cultivables mondiales et présente un taux de pénétration du mobile dépassant les 70 %. « L’Afrique comptera 2 milliards d’habitants en 2050 et on ne peut ignorer sa transition rapide et urbaine. » Une dynamique dans laquelle un entrepreneuriat porté par la jeunesse s’illustre comme la solution à l’innovation, à la compétitivité mondiale et donc à la croissance. « La jeunesse et la diaspora africaines sont nos forces ! », conclut-il.

Le réveil de l’esprit d’entreprise comme nouvelle dimension de la citoyenneté

 

Pour Léonidas Kalogeropoulos, auteur du Manifeste de l’Entreprenalisme, PDG de Médiation & Arguments et VP d’Ethic, si « en France, l’entrepreneuriat connait un certain essor grâce à une conjonction de facteurs favorables (autoentreprise, numérique…), le même mouvement est possible en Afrique grâce à sa jeunesse. »

 

« C’est l’esprit d’entreprise qui créera l’élan pour mettre en place des passerelles toujours plus fructueuses entre Afrique et France » – Léonidas Kalogeropoulos, auteur du Manifeste de l’Entreprenalisme, PDG de Médiation & Arguments et VP d’Ethic

 

Jeunes : préparez l’avenir, formez-vous, osez, tous entrepreneurs !

 

Et pour satisfaire ses ambitions pour 2030, l’Afrique peut compter sur les femmes ! Ce Forum a d’ailleurs été l’occasion de donner la parole à deux entrepreneuses dont les idées innovantes, la ténacité et l’attachement profond à ce continent de tous les possibles ont su porter leurs fruits.

Une culture locale devenue business mondial

 

Premier coup de projecteur sur Diabaté Massogbè Toure, PDG du groupe industriel SITA. « Née dans une région pauvre de Côte d’Ivoire, j’ai quitté mon village pour faire mes études. Si une fois diplômée je suis entrée dans une multinationale, je gardais au fond de moi cette envie de revenir sur les terres qui m’ont vues naitre. C’est alors que j’ai découvert que la noix de cajou que nous cultivions près de chez moi pour repousser le désert était très prisée en Inde. J’ai tout quitté pour développer cette culture dans un but lucratif mais au bout de 5 ans je n’avais pas vendu 1 kg. J’ai alors décidé de faire de l’échantillonnage de semences en expliquant à mes partenaires comment faire croitre cette filière d’avenir. »

 

Une stratégie gagnante : aujourd’hui, la Côte d’Ivoire est le premier producteur mondial de noix de cajou, un produit désormais dans le top 3 des exportations du pays. Une expérience riche mais difficile qui la pousse aujourd’hui cette entrepreneuse à s’adresser aux jeunes africains tentés par l’aventure. « Sachez apprécier le temps et avoir des ambitions mesurées. Ayez de l’audace car c’est au bout de l’effort que se trouve le succès. »

« Notre avenir s’écrit chez nous en Afrique et y compris dans le milieu rural et dans l’industrie qui peuvent soulever le monde. Ensemble, on peut le faire ! On peut écrire la belle page industrielle de l’Afrique qui gagne » – Diabaté Massogbè Toure, PDG du groupe industriel SITA

La réussite de l’entrepreneuriat social

 

Autre femme au parcours remarquable, Mieja Vola, DG de Nutrizaz, une entreprise malgache proposant aux plus démunis du pays des céréales fortifiées de qualité à des prix accessibles. « Si je suis d’abord un entrepreneur social, je suis à la tête d’une véritable entreprise. Pour preuve, lors de sa première année d’existence, Nutrizaz a distribué 11 millions de repas. Aujourd’hui, nous avons créé 120 emplois et nos produits sont réalisés quasi à 100 % à base de productions locales. Femme et entrepreneur, j’ai les mêmes chances qu’un homme ! », insiste-t-elle, tordant ainsi encore un peu plus le cou aux clichés.

Chiffres clés

Cette 1e édition du Forum à Paris s’inscrit dans la perspective du 27e sommet Afrique-France de Bamako de janvier 2017. 50 pays y ont été représentés via ses 1 500 participants, 60 partenaires, 50 décideurs et 40 startups.

Photos (c) Romuald Meigneux