Adrien Touati est l’exemple du self-made-man à la française. Encore lycéen, il commence à concevoir des logiciels et à envoyer des mails à Xavier Niel pour lui faire ses recommandations sur la toute première version de la Freebox. De fil en aiguille, il se transforme en véritable gourou de la Tech, adulé par le PDG de Free qui dit de lui : « il y a Steve Ballmer (ex-PDG de Microsoft). Au-dessus, il y a Steve Jobs (créateur d’Apple). Et encore au-dessus, il y a Adrien Touati. » Rencontre.

Adrien Touati (c) Richard Aujard

Adrien Touati (c) Richard Aujard

Comment a débuté votre histoire avec la Tech ?

À 13 ans, j’ai mon premier ordinateur personnel. Je commence à coder et développer des sites internet et des petits softwares. À 17 ans, je crée mon premier logiciel complexe qui permet de débloquer les opérateurs des téléphones portables. Il est très vite utilisé dans de nombreuses boutiques. À la fin du lycée, je choisis d’aller en médecine, mais me rends compte que ce n’est pas fait pour moi. Je rejoins donc l’EFREI Paris dont je suis diplômé. En même temps, j’accompagne la startup Ozone qui installe le tout premier réseau WiFi à l’échelle de Paris. À 18 ans, je plaçais des antennes sur les tours Olympiades à 13 mètres de hauteur !

C’est à ce moment que vous avez rencontré Xavier Niel ?

À 17 ans, je suis un des tout premiers abonnés chez Free. Les débuts de leur box étaient chaotiques : l’alimentation grillait, il n’y avait aucune information sur la date de réception du boîtier… J’ai donc commencé à écrire à Xavier Niel pour lui suggérer de mettre en place un suivi d’activation de ligne. J’étais bien reçu donc j’ai continué à faire mes remarques. Free développait toujours mes idées ou m’incitait à le faire par moi-même.

Vous avez ensuite collaboré avec Xavier Niel ?

À ma sortie de l’école, j’ai donc monté ma structure : GoProd, filiale d’Iliad, pour travailler sur l’amélioration de l’expérience utilisateur. L’invention dont je suis le plus fier ? La possibilité d’enregistrer la télévision à distance depuis son ordinateur ou son smartphone, une idée reprise par tous les opérateurs aujourd’hui. Pour moi, c’est là la quintessence de la technologie dont le but est de créer des objets qui simplifient le quotidien du plus grand nombre et dont l’utilisation est assez simple. En 2016, j’ai arrêté l’aventure GoProd pour créer une banque en ligne pour les professionnels : Manager.one.

Où se situe la France dans le paysage Tech aujourd’hui ?

Nous sommes mauvais ! Les géants du digital en France se comptent sur les doigts d’une main. Il n’y a que peu de licornes…

D’où vient le problème, selon vous ?

La source principale de notre échec, c’est l’environnement économique trop instable. La fiscalité n’est jamais la même pour les structures. La France est un bon pays pour entreprendre. J’en suis la preuve ! Mais il faut créer les conditions nécessaires pour changer l’état d’esprit des Français et leur donner envie d’entreprendre. L’autre problématique, c’est le manque de patience qu’ont les investisseurs. Beaucoup de jeunes entreprises meurent au bout de 2-3 ans. Si on leur laissait un peu plus de temps, elles pourraient prouver que leurs idées valent le coup d’être développées.

Que pensez-vous des évolutions de la Tech ?

Nous ne sommes qu’au début des vraies révolutions digitales. Tout le monde va se faire disrupter, même les géants du web. Un raz de marée arrive !

Quelle est la place de l’Afrique dans ces révolutions ?

C’est devenu le lieu de tous les possibles ! Le marché africain est beaucoup plus attractif que l’Europe. La raison est simple ! L’Afrique est beaucoup moins régulée et les législations et process sont beaucoup moins lourds. En Afrique, il y a également un regard bienveillant vis-à-vis des technologies. Quand on offre la possibilité de passer à une nouvelle solution plus moderne et connectée, les différents acteurs africains disent oui immédiatement. C’est ce qui nous a attirés au Sénégal où nous avons signé avec une banque pour déployer notre solution dans tout le pays.

Comment imaginez-vous la Tech dans 5 ans ?

Je pense que les jeunes vont se désengager des marques. Aujourd’hui, elles sont un repère. Nous y sommes attachés, car nous avons grandi avec elles. Mais les nouvelles générations vont disrupter le marché en optant pour des produits sans regarder l’entreprise qui est derrière. Cela peut être source de problèmes malgré tout, car les nouveaux acteurs ne sont pas toujours très stables. Il peut y avoir des questions de confiance dans l’entreprise. C’est pourquoi certains secteurs comme les banques ne sont pas près de se faire disrupter. Malgré les nombreuses innovations dans ce domaine, les startups n’égalent pas la confiance que les Français ont dans certains acteurs comme La Banque Populaire qui existe depuis près de 150 ans !

Des chiffres plein la Tech !

Plus que l’univers de tous les possibles, la Tech, ce sont aussi des chiffres vertigineux ! Ainsi, chaque seconde, plus de 8 438 tweets sont envoyés et près de 907 photos sont postées sur Instagram. Dans le même temps, les internautes postent près de 1 511 publications sur Tumblr, effectuent plus de 73 576 recherches sur Google et visionnent près de 78 183 vidéos sur YouTube (1).

Mais le chiffre le plus impressionnant concerne les mails : plus de 2 786 000 sont envoyés toutes les secondes (dont près de 67 % de spams)(2). Ces messages sont générateurs de pollution, plus 529,34 kg d’émissions de CO2 chaque seconde, soit près de 19 056,24 tonnes de CO2 chaque heure.

Les 7 chiffres à retenir sur la tech à travers le monde

(1)(2) Source : http://www.internetlivestats.com/one-second/
(3) Source : https://www.consoglobe.com/un-email-une-recherche-internet-cest-combien-de-co2-cg/2