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UN NOMBRE CROISSANT D’ÉTUDIANTS
L’enseignement supérieur compte plus de 15 000 étudiants handicapés dont 90 % sont inscrits dans les différentes filières de formations universitaires1. Leur nombre est en croissance constante depuis 1998. On estime que les effectifs se stabiliseront au-delà de 2015 quand les élèves qui étaient scolarisés en école primaire en 2005, date de vote de la loi n°2005-102 pour « l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées », seront devenus bacheliers.

 

DES ÉTUDIANTS INSCRITS DANS TOUTES LES FILIÈRES ET SURREPRÉSENTÉS EN LICENCE
Les enquêtes nationales, comme les données locales, indiquent que les étudiants concernés sont inscrits dans toutes les filières de formation. Ils sont plus souvent inscrits en Lettres (34 %) ou Droit Sciences Economiques, Gestion, AES (24 %) qu’en Sciences (17,5 %), IUT (11,7 %), Santé (9,5 %), ou qu’en STAPS (3 %)2. Le taux d’étudiants qui se déclarent handicapés, rapporté à la proportion de la population générale, est nettement moins important en master qu’en licence et DUT. Ce constat peut signifier que l’étudiant de master ne s’adresse pas aux services handicap parce qu’il n’a pas besoin de compensations comme cela lui a été nécessaire en licence. A défaut de données convaincantes en ce sens, les chiffres actuels engagent à encore améliorer les conditions d’études pour que la poursuite du cursus au-delà du premier cycle soit plus sereinement envisagée par les étudiants handicapés.

 

TOUTES LES FORMES DE DÉFICITS AVEC DES SITUATIONS NOUVELLES CRÉÉES PAR L’AUTISME
Toutes les formes de troubles sont représentées : déficits moteurs et perceptifs ; troubles du langage et de la parole, troubles psychiques,troubles cognitifs ; maladies viscérales. On constate une augmentation du taux de troubles des apprentissages (galaxie des « dys ») ainsi qu’un accès progressif des autistes Asperger aux études supérieures. Tous les cursus reçoivent l’ensemble de ces situations avec des disparités en faveur des lettres et langues pour les étudiants sourds, du droit sciences économiques gestion pour les déficients visuels. Les étudiants avec troubles du langage et de la parole sont fortement surreprésentés en IUT.

 

DE LA SPÉCIFICITÉ DES BESOINS À L’AIDE COMMUNAUTAIRE
L’accompagnement individualisé des étudiants handicapés s’appuie sur des aides techniques3 ou humaines4 qui compensent en partie les obstacles. L’enjeu actuel est d’estimer comment chacun d’entre eux fait face aux difficultés, comment il peut être aidé par des étudiants qui ont développé d’autres stratégies, et comment la communauté universitaire peut ajuster ses offres pour le plus grand nombre. Les ressources apportées par le numérique facilitent l’accès aux cours et à la documentation tout en innovant les pratiques de formation dans l’université.

 

RÉUSSIR SES ÉTUDES ET S’INSÉRER DANS LA VIE PROFESSIONNELLE
Le taux de réussite aux examens des étudiants handicapés est très satisfaisant quand on le compare à celui de la population générale des étudiants de l’université. On sait toutefois que l’insertion professionnelle est difficile malgré le niveau de qualification acquis5. Les universités, en convention avec les associations qui promeuvent la réussite des étudiants handicapés, organisent des forums annuels avec les entreprises locales, forment les étudiants aux démarches de recherche d’emploi, soutiennent les parcours de formation par des stages.

 

UNE CHARTE NATIONALE
L’accompagnement des étudiants en situation de handicap est régi par la charte Université handicap, 2012. Son objectif majeur est de rétablir l’égalité des chances entre étudiants valides et handicapés en renforçant l’autonomie de ces derniers. Cela passe par un engagement de toute la communauté universitaire.

 

1 Ils étaient 444 inscrits à l’université de Rouen en 2013- 2014 pour 25 000 étudiants
2 Les chiffres 2013-14 de l’université de Rouen indiquent ESPE (2 %)
3 ordinateur, téléagrandisseur, enregistreur, stylo numérique, logiciels
4 prise de notes, interface LSF, tutorat, soutien pédagogique
5 L’observation des inégalités déclare le 16 novembre 2013 que le taux de chômage des travailleurs handicapés s’élève à 21 % contre 9 % en moyenne pour l’ensemble de la population en âge de travailler (15-64 ans) en 2011. Plus le niveau de handicap est élevé, plus l’est aussi le taux de chômage

 

Par Daniel Mellier,
Professeur émérite, Chargé de mission handicap à l’Université de Rouen