Mouloud Behloul est diplômé de l’ESTP en 1991. Entré chez Lafarge France en 2004, il est aujourd’hui directeur Développement Systèmes constructifs. Acteur industriel incontournable en France, Lafarge France est membre du groupe LafargeHolcim, leader mondial des matériaux de construction.

 

Quelles sont les valeurs qui vous ont donné envie de rejoindre Lafarge France voilà plus de 10 ans ?

La valeur qui m’a le plus attiré dans le groupe Lafarge, aujourd’hui LafargeHolcim, c’est la culture de l’innovation. Quand j’ai rejoint Lafarge France en 2004, je venais d’un univers où l’innovation n’était pas considérée par la direction comme un facteur clé de réussite. Or Lafarge était à l’époque et l’est toujours, un acteur majeur de la construction et leader de l’innovation dans le BTP ; cela avait retenu mon attention ; cela d’autant plus que cet état d’esprit était partagé par tous, de la direction générale du Groupe jusqu’aux employés sur le terrain. Cette valeur est réellement dans les gènes du groupe et la création du nouveau groupe LafargeHolcim a conservé cet aspect. Une preuve en est que le groupe dispose du plus grand centre de recherche dans les matériaux de construction au monde qui s’est récemment illustré en mettant sur le marché une mousse minérale isolante révolutionnaire, appelée Airium.

 

L’image du secteur de la construction n’est pas forcément associée à celle d’un domaine à la fois innovant et durable, justement les deux dimensions couplées dans votre poste, pourquoi ?

Nous sommes dans un métier très conservateur. Ce que l’on construit doit durer 50 à 100 ans donc naturellement on construit durablement, c’est intrinsèque à nos activités. La difficulté demeure sur comment on peut innover dans un domaine conservateur où on doit garantir une durée de vie sans pathologies. Il est nécessaire de prendre le temps pour développer et tester une solution et en garantir la pérennité. C’est la même problématique qui se présente dans l’industrie pharmaceutique, les phases de test et de développement sont nombreuses et longues. L’innovation dans la construction est donc omniprésente mais moins visible car elle est lente. Tester la pérennité d’une solution est un processus long mais indispensable. Cette lenteur est bénéfique car elle permet de relever toutes les erreurs et pistes d’amélioration pour proposer in fine une solution de construction la plus durable possible.

 

Leader du secteur des matériaux de construction, Lafarge France se positionne au cœur des enjeux sociétaux actuels. Quelles sont vos solutions ?

Un des premiers enjeux auquel on doit faire face est la préservation de l’environnement et notamment la réduction de la consommation énergétique des constructions. Il faut rechercher le plus possible de moyens pour que la consommation énergétique des bâtiments soit minimale. Lafarge France s’inscrit dans ce chemin là et développe des solutions pour baisser cette consommation énergétique. Les offres telles que Thermedia®, notre gamme de bétons isolants structurels, Airium, ou encore les solutions mixtes bois bétons ont des performances énergétiques très bonnes. Toujours dans l’objectif de préserver l’environnement, nous proposons des offres de gestion de déchets avec les solutions aggneo® et Geocycle. C’est un réel enjeu notamment dans le cadre du Projet du Grand Paris.

Un autre enjeu majeur qui se présente est évidemment l’évolution vers le digital. Cette tendance est aussi au cœur de notre entreprise. Nous nous sommes lancés dans cette tendance en développant notamment des objets BIM (Building Information Model) pour aider nos clients à modéliser les bâtiments, ainsi que des objets spécifiques par type d’applications. Encore plus futuriste, en partenariat avec une startup, nous travaillons sur des solutions d’impression 3D.

On fait face à ces enjeux de plus en plus dans une logique d’open innovation. Dans le milieu du BTP, il y a un nombre important de métiers différents. Il est difficile d’innover dans son propre métier, on a besoin d’interagir constamment. La logique d’open innovation veut que les différents acteurs se réunissent, partagent leurs connaissances et expériences. Chacune des entreprises peut prendre ce qui l’intéresse pour développer ses solutions. Ce système a l’avantage d’être très ouvert et de moins brider les développements de solutions ; l’expérience montre en effet que la dimension juridique du partenariat classique pouvait indirectement supprimer la liberté de développer. L’open innovation est bien plus fertile pour innover. Il faut faire avec des acteurs de tout genre et de toute taille pour innover au mieux, de la PMI aux gros industriels, des startups aux entreprises générales.

 

Que recherchez-vous comme qualités chez les jeunes cadres dans ce contexte d’innovation stratégique ?

Je recherche avant tout des gens curieux et ouverts d’esprit. Comme vous l’avez compris on est dans un métier où le rythme est particulier, il faut gérer d’un côté le rythme en continu lent mais aussi de l’autre côté avancer rapidement avec le digital notamment. L’ouverture d’esprit est donc primordiale. Une autre qualité qui m’importe est la capacité de compréhension. Pour bien faire, il faut avoir bien compris. Cela se lie à la curiosité car il faut être curieux pour comprendre un problème dans son ensemble et le solutionner par la suite. C’est une valeur personnelle que je recherche chez les jeunes.

(c) LAFARGE

(c) LAFARGE

Dans quel état d’esprit vont-ils être accueillis et accompagnés dans leur évolution professionnelle ?

Chez Lafarge France les jeunes bénéficient de cursus d’intégration complets. En outre, j’ai pris pour habitude de ne pas fixer des objectifs de résultats les six premiers mois mais des objectifs et un travail de compréhension du poste et d’intégration.

 

Qu’avez-vous trouvé dans votre formation à l’ESTP et en quoi a-t-elle contribué à votre carrière jusqu’à aujourd’hui ?

A l’ESTP j’ai évidemment appris les fondamentaux de la construction que j’utilise quotidiennement. Un des éléments davantage méthodologique que je retiens de l’école est qu’on nous apprend à trouver le plus de solutions possibles pour résoudre un problème. Les élèves doivent puiser dans leur expérience et par leur réflexion, ils doivent faire appel à toutes leurs ressources pour trouver un maximum de solutions optimales à un problème. C’est cette façon de réfléchir et de solutionner les problèmes par le plus de chemins possible qui m’a permis de concevoir et de réaliser la passerelle de la Paix à Séoul par exemple.

Un dernier élément essentiel que je retiens de cette école est la culture d’équipe. Il y a un réel esprit ESTP que l’on retrouve toujours 30 ans après. Dans mes relations professionnelles, je remarque directement les anciens ESTP. Cet esprit ESTP est comme une connexion inébranlable qui relie tous les alumni.

 

Quelles passions vous permettent de garder un bon équilibre personnel ?

La course à pied et la marche dans la forêt. Ces sports me permettent de m’aérer et de couper avec le travail. Sans cette coupure, on garde la tête dans le guidon et on ne prend pas assez de recul. Celle-ci est essentielle pour se projeter et solutionner des problèmes.

Arrivé en octobre 88, je garde en mémoire le séminaire d’intégration, à Guidel en Bretagne. Je me souviens des jeux d’équipe sur la plage et cela reste pour moi le premier souvenir de cet esprit ESTP, cet esprit positivement communautaire que j’ai évoqué. Ça a été un moment fort une sorte de premier pas dans l’écosystème ESTP.

LAFARGE FRANCE : UNE CARRIÈRE EN BÉTON

Contact : Albane de La Serre, albane.delaserre@lafargeholcim.com